Douay & Leroux

Voilà donc la dernière des bandes dessinées annoncées.

Il y en aura d’autres, mais comme je n’ai rien dit, j’aurai un peu plus de temps pour vous mijoter quelque chose.

Une bande dessinée, un roman, ce peut être un régal. Et je dois dire que celle-ci en est un.

Douay & Leroux

Douay & Leroux, Don Quichotte dans la Manche, Vent d’Ouest, 2004 (23 x 32 cm) 

4e de couverture :

– Je suis Don Quichotte, et je tiens à ce que les gens de mon entourage en prennent note.
– Mais ce nom n’est pas à vous…
– Il est à tous ceux qui le veulent, Maître François, et jusqu’à ce que mes exploits mettent un peu de couleurs à mes armoiries et me fassent surnommer autrement, je n’en choisirai pas d’autre…

La seule image colorée de cette bande dessinée apparaît en couverture, avec ce don Quichotte famélique qui chevauche un cheval cagneux sur une route goudronnée de la Manche… en France. La carte routière qui en constitue le fond pourrait se rencontrer sur nos pages « itinéraires » dans l’un ou l’autre de nos navigateurs Internet.

 
Une épigraphe nous attend, sur la première page :

* « Composer le Quichotte au début du XVIIe siècle était une entreprise raisonnable, nécessaire, peut-être fatale ; au début du XXe, elle est presque impossible. Ce n’est pas en vain que se sont écoulées trois cents années pleines de faits très complexes. Parmi lesquels, pour n’en citer qu’un : le Quichotte lui-même. »
(Pierre Ménard, auteur du Quichotte, J.L. Borgès dans «Fictions»)

* « Loco soy, loco he de ser »
(Don Quichotte, livre I, chapitre XXV, Cervantès)

Ici le roman de Cervantès a été recomposé, déplacé à la fois dans le temps et dans l’espace. Les auteurs vont, par leur épigraphe, se mettre à la fois sous la protection des deux géants de la littérature que sont Borgès et Cervantès, ou plutôt de leurs héros.

 

Devant l’impossibilité de récrire l’aventure au XXe siècle soulignée dans la citation qu’ils font de Borgès, ils brandissent une obligation de folie quichottesque « Je suis fou et je dois l’être », fou sans doute d’avoir trop lu…

Dans la Manche  

Douay & Leroux, Don Quichotte dans la Manche, p. 38

L’histoire se situe en France, aujourd’hui, ce qui fait que dans la bibliothèque du héros, il y aura même des bandes dessinées.

 
Le roman de Cervantès échappe à l’autodafé nécessaire, parce que François « ne l’a pas lu ». Mais nous ne saurons cela qu’après avoir fait connaissance avec le héros.

Dans un village de la Manche dont je ne veux me  rappeler le nom…
… vivait un homme ayant choisi de quitter le monde du travail pour jouir du silence de sa demeure. Un vieil héritage le lui avait permis.
Malgré cela, les trois quarts de ses revenus partaient dans son alimentation. Le reste allait aux factures, au salaire de sa bonne et au fourrage de sa veille carne.
Il passait l’essentiel de son temps à la lecture…
Des lectures dites d’évasion, avec un goût prononcé pour les romans de chevalerie et un faible pour les produits féeriques ou trollesques qui abondent à l’aube du XXIe siècle.
Il y consacra d’abord ses journées, puis ses nuits… dormir ne le concernait plus.
À force, son cerveau s’étiolait.
Les histoires d’enchantements, de tournois, de batailles, d’amours et de tourments finissaient par devenir aussi réels que les gros titres de journaux qui, du reste, ne l’intéressaient plus.
Notre homme péta les plombs, si bien qu’un jour il eut une bien curieuse idée… (p. 5-7)

L’histoire ensuite peut commencer, les aventures que le héros va dédier à Dulcinée, « C’est important une dame pour un chevalier… » (p. 9).

La première étape, dans un relai-château qui accueille une noce ce jour-là lui permet d’être armé chevalier, par l’aubergiste ravi de pouvoir compter un « supplément animation » à sa clientèle.

– L’est fêlé, ce type… ce truc est en carton.
– Je sais. Mais la clientèle est ravie, c’est le principal. Et on va leur compter un supplément « animation ». C’est net d’impôt et ça remboursera largement mon bouclier… (p. 24)

Don Quichotte a en effet quitté l’auberge en oubliant la visière en carton qu’il s’était fabriquée et en emportant en échange un bouclier arraché à l’une des armures du logis.

C’est une petite fille qu’il va sauver – provisoirement – de la vindicte de son père au lieu du jeune André de la version originale. La scène se passe sur un parking.

Les marchands rencontrés seront ici les voyageurs pris dans le monstrueux embouteillage d’un départ en vacances. Le héros va être littéralement écrasé par le nombre d’adversaires et c’est l’une des conductrices qui appelle le SAMU à son secours. Reconduit chez lui par les ambulanciers, nous découvrons Mathilde (sa bonne), le coiffeur (François) et le curé.

Ils feront tous trois une incursion fatale à la bibliothèque de celui qui a pris le nom de don Quichotte puisque « il est à tous ceux qui le veulent » (p.46).

De nombreuses surprises nous attendent dans l’histoire revisitée.

Sancho, sera féminine, rencontrée chez le marchand de journaux, elle va quitter un mari désagréable qui regrette de l’avoir épousée.

Quand je pinse que je suis alleu te marier jusqu’en Seine-Maritime… Si j’avais su que là-bas vous aviez la gène de la fainiantise… (Sic, p. 50)

Sancho a un œil au beurre noir quand elle rejoint le héros… parce qu’elle a rencontré « une porte », ce qui explique aisément son départ.

Les moulins qui se déhanchent devant les aventuriers ne sont pas moins que tout un champ de pylônes supportant des lignes à haute tension…

Dans la Manche   Douay & Leroux, Don Quichotte dans la Manch
e, p. 57

J’ai adoré cette BD en noir et blanc… à dévorer sans crainte !

J’ai dit que je pensais que Cervantès n’aurait pas désavoué cette version s’il avait vécu aujourd’hui… et même si je me suis fait tirer les oreilles par d’éminents spécialistes, je maintiens !

Je dois toute ma reconnaissance à celle qui me l’a offerte !

Douay & Leroux, Don Quichotte dans la Manche
Vent d’Ouest, 2004

16 réponses à “Douay & Leroux

  1. En tout cas, ça a l’air d’être un beau morceau…

  2. Cela a l’air pas mal du tout. je pense que je ne vais pas tarder à l’ajouter à mes étagères de BD.

  3. Même si je préfère la couleur en Bd, le récit détaillé que tu fais donne envie d’en découvrir un peu plus… j’irai donc regarder de plus près… bonne journée Quichott’

    • C’est la première BD en noir et blanc de ma bibliothèque… mais elle est vraiment bien. J’espère qu’elle te plaira.

  4. ca a l’air bien ce truc… faudra que je m’y interesse mais est ce qu’ils vont reprendre zorro parceque c’est mon hero preferé…

    • Je ne sais pas… Zorro ? Pourquoi ne le ferais-tu pas, toi ? Quand on aime vraiment quelque chose, je crois qu’on peut le transmettre à d’autres. Ce serait chouette et je t’en crois capable Gry.

  5. Cette « transposition » m’a l’air fort intéressante…..j’adore ce dessin des pylones et les traits des personnages…..as-tu lu « ma » transposition du Livre de l’Apocalypse ????????

    • Ben non, Chris… pas encore. Enfin, il faut que je vérifie ! tu sais qu’il y a beaucoup d’articles sur ton blog, pour l’instant je n’ai pas encore eu le temps de tout lire !

  6. C’est le tome 1, il est paru en 2004. J’ignore quand nous pourrons lire la suite…

  7. Merci encore une fois de nous faire partager ta passion et le fruit de tes recherches .

    • Je pense qu’il va falloir que j’arrête un peu de vous parler de don Quichotte… parce que vous finiriez par vous lasser !

  8. La guerre des bisous est déclarée sur la blogosphère ! Pleins de bisous pour toi ! et retour à l’envoyeur (moi) bisous !

    ……………….. …ღbisous
    ……………….. ……ღbisous
    ……………….. ………..ღbisous
    ……………….. ………….ღbisous
    ……………….. ………….ღbisous
    ……………….. ……….ღbisous
    ……………….. …..ღbisous
    ………………ღbisous
    ………….ღbisous
    ………ღbisous
    …..ღbisous
    …ღbisous
    .ღ……………… ………..ღ….ღbisous
    ღ………………. …….ღ………..ღbisous
    .ღ……………… ….ღ…………… .ღbisous
    ..ღ…………….. ..ღ…………….. .ღbisous
    …ღ……………. ……………….. ღbisous
    …..ღ………….. ………………ღbisous
    ……..ღ……….. …………..ღbisous
    ………..ღ…….. ………..ღbisous
    …………..ღ….. ………ღbisous
    ………………ღ. ……ღbisous
    ……………….. .ღ..ღbisous
    ……………….. …ღ__bisous