Charles Gir, 1932.

Un article a été publié par Martine, dans Cergyrama

Vous pourrez  y voir une autre image… celle qui a inspiré l’histoire que j’ai trouvée au fond de mon tiroir aux secrets.

Elle était toute déchirée, mais j’en ai maintenant les grandes lignes. Il faudrait récrire l’histoire, lui redonner un peu de vérité, ce sera pour une autre fois !


Rencontre

Dans le parc de la préfecture, un chevalier attend.

Je marche, les larmes dans les yeux, en les essuyant parfois d’un revers de la main, pour ne pas avoir l’air de pleurer.

Si je sortais mon mouchoir, ce serait une façon d’abdiquer, de reconnaître qu’il faut me calmer, me moucher un grand coup comme lorsque j’étais enfant. « Arrête de pleurer, mouche-toi. »… et tout se terminait bruyamment au fond d’un mouchoir salvateur.

Il est à la maison, ce mouchoir, en compagnie de mes tourments.

Je marche.
Les passants m’indiffèrent. Je me moque de leurs regards moqueurs ou compassés.

Je marche et j’ai dans la tête trois mots « marche ou crève ».
C’est la devise de la Légion.
Je ne veux pas encore mourir, alors je marche.

J’ai suivi les voies piétonnes qui sillonnent ma ville.
J’ai franchi les obstacles infimes que des enfants avaient laissé traîner, comme s’il s’était agi de montagnes.

Je me repais d’images.

Parfois, un tag attire l’œil, coloré, hardi, il dessine sur le mur le geste de celui qui en est responsable.
L’énergie qui me manque est là, dans ce reflet d’une jeunesse perdue.

Les haies se succèdent avec leurs buissons multicolores.
Un rare gazon survit là où les animaux et les hommes n’ont pas voulu faire de détour.
Le béton laisse soudain place à la nature : le parc s’ouvre devant moi, comme un havre de paix.

J’erre… mais peut-on errer ici ?

J’ai retrouvé le chevalier, je me suis assise pas loin.
Comme le renard du Petit Prince, il fait semblant de ne pas me regarder. Mais il m’attend, je le sais. Il m’a attendue depuis que j’habite à Cergy, il savait que je le trouverais.

Tout n’était qu’une question de temps. Il est là. Moi, je le regarde et j’en oublie de pleurer. Comment peut-il se trouver ici, aujourd’hui ? Comment ma fuite inutile a-t-elle croisé son chemin ?

Il a compris depuis plus de quatre siècles qu’il suffit de mettre en mots les incertitudes pour les briser et en tirer sa force.

Jouer avec sa langue pour reconstruire le monde, sans se laisser dominer par lui, le vaincre en le modelant selon son propre rêve.

Là-bas, très loin, il y a l’Espagne qu’il ne rejoindra pas. Mais désormais, je peux rentrer chez moi.

L’Ingénieux Hidalgo, le Don Quichotte cergyssois, m’a redonné des raisons d’espérer.

Cergy, 11 février 2007

Cet article a eu une suite car certains se sont mépris sur l’auteur de ce texte. Bien sûr, si l’image était de Martine, que je remercie, le texte était de moi. Il faut lire (clic).

34 réponses à “Charles Gir, 1932.

  1. très beau texte…

  2. coucou quichottine , super ce petit texte

  3. C’est une très belle statue… d’où l’inspiration d’un si beau texte… quelque peu nostalgique !!!

  4. Je pensais que tu le traquais partout où il avait été. Je me demande finalement si ce n’est pas plutôt le contraire 😉 Et ayant fièrement accompli cette mission (la première qu’il ait jamais réussie), il se repose enfin d’une vie aventureuse faite d’échecs et de rêves… dans un parc de préfecture 😉

    • En fait… je n’en sais rien ! je me demande lequel de nous deux est à la recherche de l’autre. Cette semaine encore… Je te raconterai !

  5. Ce texte est très beau Quichottine, je ne me souviens pas l’avoir lu mais tu l’as publié en août 2007 et en août j’étais en vacances. Est ce une excuse ? Bisous et j’espère avoir un jour l’occasion de te rencontrer.

    • Tu n’as pas besoin d’excuse, Martine… et il est sûr qu’en tant qu’habitantes de Cergy nous finirons bien par nous rencontrer un jour ! En 2008 ?

  6. Elle est belle cette statue mais jeme demande ce qu’elle fait en plein CERGY … Mais ! bon pourquoi pas ?

    LIZAGRECE

    • Elle devait être envoyée en Espagne… mais il y a eu un contretemps. Alors, elle reste là, et il ne lui manque que Sancho, crois-moi. Elle est merveilleuse. j’aime autant qu’elle soit là.

      Passe une belle journée, Liza. Merci d’être passée.

  7. Merci de cette explication parce que oui je me demandais … Ceci étant je comprends que tu ne sis pas pressée qu’elle parte en Espagne !

    LIZAGRECE

    • Je ne suis pas pressée du tout et je suis quasiment certaine qu’elle ne partira plus.

      Pauvre chevalier qui s’ennuie, là, tout seul… ou presque !

      Tu vois, ce qui est ennuyeux pour ces statues, c’est que beaucoup passent devant elles, mais qui les regarde vraiment ?

      Je t’embrasse, Liza. J’espère maintenant que nous aurons l’occasion de nous rencontrer !

  8. un bien joli texte

    big bisous

  9. non seulement tu sais raconter…tu sais aussi écrire…ah ah ah

    besos

    tilk

  10. Ce texte de Martine (que je suis allée visiter, merci !)est très beau .Je ne m’étonne pas que tu l’aies trouvé, il t’attendait sur les blogs comme t’attendaient les livres anciens sur leur rayonnage .

    • J’aime bien les articles de Cergyrama. Ils parlent de ma ville. Ce texte-ci, qui l’a écrit ? Il est dans mon tiroir aux secrets. J’hésite encore sur qui l’y a mis.

  11. J’ai dû mal comprendre . Le texte est de toi ….quoi qu’il en soit, il est très beau .Pardon pour ma comprennette déficiente…

  12. Quel plaisir de revenir de vacances et de retrouver le blog avec toujours de si beaux textes!

  13. Je l’ai trouvé ce tiroir qui ne s’ouvrait pas… mystères de l’informatique. Et tu as bien fait de me dire « dommage », cette rencontre vaut son pesant d’espoir.

    • Merci, Polly. Pesant d’espoir ? ça, ça me plaît !

      … c’est bien plus important que de l’or, tu ne crois pas ?

      Je suis contente que mon billet t’ait plu.

  14. Quichottine de retour

    Clerval s’était trompée ce jour-là, Martine non. Elle savait bien que c’était moi qui l’avais écrit.

    Peu l’ont visité… alors, je l’ai renvoyé aujourd’hui, après avoir ajouté deux lignes, qui devraient ôter tous les doutes.

    Merci à ceux qui viendront lire…

    • Eh oui… mais Clerval avait vu son erreur… et l’avait réparé très vite.

      Elle me manque !

      Pourquoi ne vient-elle plus ? Comment va-t-elle ? Comment vont ceux qui ne sont plus jamais là, dans les allées de la bibliothèque ?

      Est-ce que c’est si difficile d’ouvrir une fenêtre et d’y laisser un mot « Bonjour, je vais bien… » ? Ce serait suffisant.

      Clerval, si un jour tu reviens par ici…

  15. Michka/Le Pirate

    je t’envoie plein de bisous Quichottine (c’est ça un com pas fûté )

  16. Hélène, le-calame-et-la-plume.

    A mon avis, ce Chevalier-ci parle toujours l’espagnol, même à Cergy… Parce que je crois bien…Qu’il s’y trouve pour toi…

    • Il est certain qu’il n’a pas oublié… mais il a appris tant de langues qu’il arrive qu’il se mélange un peu.

      Un sourire du jeudi pour toi ici. Merci.