Trop tard !

– Est-il vraiment trop tard ?

 

(Quichottine avait, ce matin-là, une toute petite voix, celle d’un élève qui a oublié de rendre sa copie en temps et heure et qui demande l’indulgence du jury, sans vraiment y croire.)

– Trop tard, mais pour quoi faire ?

 

(Le lutin bleu boudait dans son coin, saurait-elle comprendre l’importance que prenait son silence ?)

Il se recroquevilla, près de l’âtre bien trop froid pour le réchauffer. Mais il finit par lâcher les quelques mots qu’elle attendait.

 

– Pour retrouver la joie d’écrire, de raconter, de bavarder pour seulement exister auprès des autres, ceux qui t’ont dit qu’ils t’attendraient… d’ailleurs, tu ne leur a même pas souhaité la bonne année !

– Si !

– Ah ?

– Enfin… à quelques-un…

–  Si peu… Tu n’as pas honte ?

– Euh…

 

(C’est vrai, elle avait honte, mais…)

Le lutin bleu se renfrogna, sa voix se fit plus sèche… pourtant, ce n’était pas son style, autrefois…

 

(Quichottine se tut, inquiète, comme elle l’était désormais le plus souvent. Saurait-elle lui faire admettre une réalité désespérante ?)

 

– Le temps…

– Le temps évidemment, tu n’as que cela à la bouche, le temps, ce n’est pas une excuse pour ceux qui attendent, qui te le disent, ou soupirent en ne voyant rien venir !

– Le temps raccourcit, il me manque le plus souvent, même pour rêver qu’il ralentisse un peu, rien qu’un peu…

– Le temps ne change pas, c’est toi qui n’a plus celui de le voir passer sans rien faire d’autre que regretter de ne plus avoir le temps… Tu es incroyable, sais-tu ? Le temps, c’est vrai, il file de plus en plus vite, mais il suffit parfois de le prendre, de le saisir à pleines mains pour qu’il ne puisse pas s’échapper, de le prendre pour faire ce que tu aimes, à défaut de pouvoir tout faire de ce que tu devrais… Tu vieillis, tu manques parfois d’énergie, tu n’oses plus dévoiler ce que tu as décidé de taire, ce n’est pas ça, la vie. Il faut avoir le courage de parler, même derrière un masque un peu usé, derrière un rideau que tu voudrais plus épais.

 

(Quichottine ne répondit rien. Il lui fallait encore un peu de temps, et elle en manquait tant !)

 

– Allez, vide ton sac, tes amis comprendraient, ils comprendront tes peurs, tes regrets aussi, car tu en as des tonnes, ils pèsent de plus en plus et, au lieu de redresser la tête et le dos, tu les laisses t’envahir, te briser, ce n’est pas bien !

– Le bien, le mal… il est souvent difficile de ne pas les confondre, je vieillis, il y a tant de choses que je ne comprends plus, que j’ai du mal à admettre…

– Tu rêves trop à ce qui pourrait être et tu ne tiens pas compte de ce qui est, qui pèse, qui lies tes mains et mêle tes mots, brouille tes pensées. Reprends-toi, souris, il n’y a finalement rien d’aussi grave que tu ne puisses partager !

– Et toi, tu es trop optimiste, tu souris même quand tu devrais pleurer !

– Un sourire éclaire les visages, un sourire donne de l’espoir à ceux qui en manquent, c’est important, ne le penses-tu donc plus ?

 

Quichottine regarda son ami, il avait raison, évidemment. Comme toujours, il lui ouvrait des portes et, comme trop souvent désormais, elle les referma, par peur de ne plus reconnaître le chemin qui la ramènerait là où elle se sentait en sécurité.

 

C’était une maison un peu délabrée, mais qui avait abrité ses meilleures années malgré tout. Il y avait des jours heureux qui effaçaient les pires, peu à peu, même si ces derniers refaisaient parfois surface, au hasard d’un mot, d’une image. 

 

Il fallait seulement… Ah, si elle pouvait se brancher quelque part, telle une batterie déchargée ! Retrouver l’ancienne énergie qui lui aurait permis d’être partout à la fois…

 

Rêver d’un temps où il n’y aurait plus de regrets… juste l’espoir, avec un énorme E si possible. Un espoir majuscule… Est-ce que ça existe ?

 

Allez, qu’il y ait dans nos vies plus de sourires que de larmes, c’est mon souhait du jour.

Prenez bien soin de vous et de ceux qui vous sont chers, nous n’avons qu’une vie, nous n’avons pas l’éternité.

 

© Quichottine, 1er février 2026

27 commentaires à propos de “Trop tard !”

    • C’est vrai, le temps pèse sur nos épaules, il passe plus vite qu’avant et on en fait de moins en moins… Je connais ça, alors Quichottine comment te le reprocher, nous ne sommes pas responsables de ce temps qui nous bouscule.
      Je ne t’oublie pas, d’ailleurs on m’ a fait penser à toi et à ton colocataire, en m’offrant un lutin mais pas bleu, chaussé et coiffé de rouge et blanc et de vert, que tu pourras voir
      au Jardin de Titi, et je l’aime beaucoup. J’espère qu’il m’encouragera, car je ne suis pas très vaillante !
      https://marinezou.blogspot.com
      Je t’embrasse, merci pour ces nouvelles !

  1. Coucou Quichottine
    Je suis très heureux d’avoir de tes nouvelles. Oui le temps continue de passer, à sa vitesse, sans que nous puissions lui demander de ralentir même un peu. Ça n’arrange pas nos affaires, mais il faut l’accepter. Comme je dis toujours chaque année: « bonne santé et le reste on f’ra comme d’hab, on s’en demerdera » . Hum, c’est vrai que ma formule s’ecule un peu plus chaque année, ne commencerai-je pas à radoter ?
    Bisous Quichottine… et belle année à toi.

  2. Contente de te lire … Même si ce texte est empreint de beaucoup de mélancolie. Je te souhaite de retrouver le sourire et le chemin de l’écriture avec le lutin bleu. Bonne journée Quichottine !

  3. Coucou Quichottine,
    Tout d’abord bonne année, et surtout pas de honte.
    Ravie de te revoir par ici.
    J’ai envie de dire que rien n’est trop tard tant qu’on respire. La vie passe bien trop vite pour se poser des questions inutiles.
    Et puis un proverbe Tibétain dit « Si le problème à une solution, il ne sert à rien de s’inquiéter, et s’il n’a pas de solution, s’inquiéter ne changera rien ».
    Gros bisous et à bientôt j’espère.

  4. Est-il besoin de te dire combien je suis heureuse de te lire enfin !
    Ah le temps! Ce temps qui file si vite, comme des gouttes d’eau entre nos doigts ! La vie est courte, si courte, et tu peux croire une arrière grand-mère de presque 90 ans ! Ma montre connectée , éh oui :-), me rappelle sans arrêt que je devrais avoir un peu plus d’energie ! elle à tort, j’ai celle qui me convient pour passer et vivre le mieux possible et à ma façon, la journée qui ne reviendra plus. Chaque réveil, et malgré nos douleurs, doit être un moment pour apprécier ce qui nous est donné. Pas de regret, pas d’amertume, pas penser à ce qui pourrait être autrement, juste faire avec….L’écriture est un très bon médicament à tous nos mots, en nous permettant de vivre d’autres moments que ceux qui nous sont imposés….et la peiture aussi 🙂 Je reviens vite , reviens NOUS vite. Je t’embrasse

  5. Il n’est jamais trop tard pour un mot, un sourire…Il n’est jamais trop tard pour retrouver les liens du temps qui restent au fond du cœur…Il n’est jamais trop tard
    « Le temps ne s’apprend pas!
    C’est un bouquet d’instants
    Recueilli ça et là
    par la main qui se tend »
    **********
    « Alors au-delà des possibles
    Avec des bouquets de papier
    Je fleurirai ce vide horrible
    Qui déchire mes ciels d’été »
    ***************
    une rencontre ne s’oublie jamais car il n’est jamais trop tard

  6. Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
    Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
    Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. » Baudelaire

    Bonne année Quichottine, ne pas perdre son temps à pleurer au coin du feu surtout, de toute façon, je n’ai jamais eu le bonheur d’ avoir une cheminée alors je vis au grand air et cela suffit à mon bonheur! La nature est un remède à la vieillesse et même si je ne publie plus elle m’inspire au quotidien.
    Je t’embrasse

  7. Coucou Quichottine contente de te lire.. le temps on ne peut l’arrêter ..On va à notre rythme, on arrête de se poser des questions qui nous font tourner en rond.. A bientôt de te lire de nouveau.. Gros bisous et douce année..

  8. Non Quichottine, nous n’avons pas l’éternité ici bas, après…. !? Les calendriers défilent, la vieillesse vient à s’installer, ne pas baisser les bras et aimer encore…. bonne année 2026, bises jill

  9. Bonjour Quichottine,

    Merci pour tes mots qui ont trouvé le temps et le chemin pour arriver jusqu’à moi, malgré les kilomètres, malgré les années qui nous séparent.

    Ils ont mis peut-être un peu de temps, mais faut-il tant t’en faire pour autant ? Que nenni comme on dit par ici.

    Ils sont là, ils sont lus, ils sont vivants, et ils vivent à présent une nouvelle vie vers d’autres regards, d’autres yeux, d’autres pensées.

    Le Temps et la Vie cheminent côte à côte, ils respirent, ils passent, ils soufflent de temps en temps, ils sont bien vivants et sont ivres de tant et de tant de partage. Des partages, des projets, des idées, des chemins. Ainsi avancent-ils main dans la main. Et c’est tant mieux ! (référence au dernier titre du livre d’Amélie Nothomb :-))

    Merci pour tes souhaits que je te retourne, non en temps et en heure, mais en tant de bonheur 😉

  10. Que cela fait du bien de retrouver ce dialogue avec le lutin bleu, même s’il est teinté d’une certaine mélancolie. Il n’est pas trop tard sois en assurée , le rythme change et nous pousse à changer de braquet .
    Bonne année 2026
    Gros bisous

  11. Quichottine, aimer toujours en s’adaptant au jour le jour pour faire de cette St Valentin qui pointe son nez un grand et beau retour.
    Je t’attends.

  12. le temps j’en ai , trop parfois ce qui permet de ruminé , de penser ce sont les voeux mais de repousser parce que parfois on s’isole sans oublier pourtant

    Chouette année 2026

  13. Il n est jamais trop tard quand on pense avec le cœur… Et la joie de te retrouver est grande Quichottine…
    À bientôt?
    Je t embrasse

  14. Il n’est jamais trop tard pour bien faire surtout pour faire un signe amical à ceux avec lesquels on a créé des liens. Même le 1er février, il est toujours possible de se souhaiter confiance et sérénité pour aborder positivement l’année 2026…
    Le lutin bleu est un sage qui vient nous bousculer dans nos retranchements… Nous vieillissons tous et nous savons tous que tout est plus lent, parfois plus difficile mais tant que nous sommes présents même occasionnellement, cela fait du bien de se faire un petit coucou.
    Je ne suis pas près d’oublier tout ce que nous avons pu réaliser par l’intermédiaire de nos blogs grâce à toi, et même si notre présence sur les blogs est moins régulière, les liens reste gravés dans nos cœur.
    Prends soin de toi Quichottine, et merci pour ce top tard qui ne l’est pas. Bises

  15. Pssstt ! Montre au Lutin Bleu tous les jolis mots laissés par tes aminautes dès qu’ils ont lu les tiens ! Essaie de retrouver l’envie d’avoir envie, elle ne doit pas être cachée bien loin, et ne laisse pas ta conscience t’envahir de regrets, pour le coup ce serait du temps perdu ! Je suis heureuse pour toi de voir comme tous nous t’attendons, et je t’embrasse très fort.

  16. Bonjour Quichottine. Contente de te lire. Tu évoques le Temps, ce Temps qui passe et ne revient pas. Et oui je le ressens aussi beaucoup depuis l’été dernier. Le temps souvent je le regarde par la fenêtre. Nous avons quasiment le même âge et les années pèsent beaucoup aussi. Je te souhaite une bonne bonne année 2026. J’ai souvent pensé à toi et t’envoyer un mail mais je n’ai pas osé t’embêter. Si tu ne publies plus ici c’est qu’il y a une raison écrite entre les lignes et ton lutin le raconte bien. Je t’embrasse. Marie Francette lg…

  17. Heureuse de te lire ici Quichottine. Je n’osais pas prendre de tes nouvelles. Le lutin bleu est un sage
    et pour souhaiter le mieux plutôt que le moins il n’est jamais trop tard
    bien amicalement

  18. Coucou ma Quichottine.
    Belle introspection ma belle, et tu sais, il n’est jamais trop tard.
    Écoute-le ton lutin bleu, il a raison.
    Nous vieillissons tous, avec nos mots et nos maux, Des situations difficiles à vivre avec une santé vacillante… Et pourtant haut les cœurs… Il faut avancer malgré tout contre vents et marées.
    De très gros bisous ma Quichottine, et pour cette année 2016, le meilleur que tu puisses espérer pour toi et tes proches.
    Zaza

  19. Il est vrai que nous courrons tous après un temps qui ne nous appartient pas, et le voir défiler aussi vite , nous es difficile voir impossible à arrêter .
    Alors il faut vivre pour soit et pour les siens sans se poser de questions.
    Gros

  20. Comme je suis heureuse d’avoir de vos nouvelles chère Quichottine , même en demi teinte .
    Je me suis reconnue aussi dans vos mots …maux ! Oui, le temps raccourcit, les années pèsent lourd et il faut beaucoup de volonté pour avancer à contre courant et écouter le lutin bleu.
    Il le faut pourtant !
    Toute mon amitié et mes meilleurs vœux.

Répondre à annemarieguillardAnnuler la réponse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.