Dépoussiérages (7)

Hier, j’ai fêté les neuf mois de la bibliothèque… j’aurais pu laisser le billet en première page…
J’aurais pu…

Mais, j’ai décidé de vous montrer un dépoussiérage supplémentaire, un dont je suis contente… parce que je lui ai rajouté une image, que je trouve très belle : l’affiche du film…

Voilà, je vous le montre à nouveau, il était dans mon « tiroir aux secrets »… publié pour la première fois le 11 août 2007 à minuit et trois minutes !
Vous voyez comme c’est précis sur OB ???

Qu’est ce que vous en pensez, de mon « dépoussiérage » ?


Le renoncement…

Tel serait le titre qu’il faudrait donner à l’image qu’il y a là, sur l’écran. Là, se détache un homme dont je ne savais rien auparavant : je ne suis pas cinéphile.

Même lorsque je me rends dans ces salles obscures qui sont conçues et exploitées par des gens qui pensent que tout le monde est sourd, j’ai tendance à me conduire en enfant : je regarde une histoire, j’y entre, j’oublie volontiers qu’il y a des acteurs, et pas seulement. Ils sont accompagnés par toute une armée d’êtres plus ou moins obscurs qui font qu’un film existe, qu’il peut susciter des émotions.

Je suis incapable de retenir les noms qui figurent au générique, même si je suis restée assise jusqu’à la fin, guettant le dernier gag, le dernier clin d’œil au spectateur attentif, le salut de l’équipe à ceux qui n’ont pas encore quitté la salle.

L’homme renonce à lutter : il a déjà tourné la page. Cela fait plus de dix ans qu’il travaille à ce film. Ce devait être le chef d’œuvre du plus fou des réalisateurs.

Il faut être fou pour s’attaquer au Don Quichotte.

Terry Gilliam, c’est lui, vient de comprendre qu’il ne le tournera pas, ce film qui devait être l’aboutissement de dix ans d’efforts.

Il vient de réaliser que les moulins sont trop forts, trop nombreux. En fait, il y a trop de trop dans cette histoire.

Les spectateurs ont pu suivre, calés dans des sièges plus ou moins confortables, la lente agonie d’un film qui ne devrait plus voir le jour.

Dans un monde où les média jouent à montrer des êtres ordinaires starisés, des stars hors de leur contexte (projecteurs et paillettes), des politiques dans l’intimité, dans un monde où la normalité est de bousculer l’ordre établi afin de pouvoir contempler les effets obtenus, chacun s’attribue le rôle du chercheur qui scrute, note et modifie éventuellement ses hypothèses en fonction de l’avancement de ses travaux, mettant à profit ses échecs comme ses succès. Mais pour le spectateur, il n’est pas d’enjeu. Il devient voyeur en se prenant pour Dieu.

Le spectateur des téléréalités qui envahissent depuis quelque temps nos écrans prend la place du tout puissant écrivain.
Ce dernier peut à loisirs exiler de son roman les personnages qui lui échappent ou qui ont interprété le rôle pour lequel il les avait créés. Ici, le vote permet d’évacuer les indésirables, sans aucun état d’âme : le juré est anonyme. Sûr d’une totale impunité, pourquoi se priverait-on de la douce satisfaction d’avoir accompli un crime parfait ?

Lost in La Mancha, c’est cela : un spectacle où les acteurs jouent leur propre rôle et où les spectateurs savent que tout est vrai.

En quittant la salle de cinéma, j’avais en moi cette vision insupportable de l’accablement ressenti par tous ceux qui s’étaient investis dans ce film, et l’impression que là-bas, dans cette contrée aride qui avait abrité les aventures du Chevalier à la Triste Figure, j’avais, moi aussi, égaré une partie de moi-même et qu’il me faudrait la retrouver.


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