Italo Calvino

Aujourd’hui, je n’avais pas beaucoup de temps… alors je vais vous parler de ce temps, justement. Du temps que j’ai tant de mal à prendre, parce que parfois il me semble que je le vole à d’autres.

J’ai repris un livre que j’avais lu, il y a longtemps.

Vous connaissez Italo Calvino ? Moi, je le connaissais surtout pour les textes qu’il écrivit pour les enfants… Il a écrit beaucoup de choses… en fait, il a pris son temps, lui aussi, pour nous le donner.

Aujourd’hui, je vais vous donner un passage d’un livre plus « sérieux« , d’un recueil de « leçons » qu’il donna en Amérique, à des étudiants de là-bas et dans lequel chacun d’entre nous peut trouver des pensées à méditer.

Dans la vie courante, le temps est un bien dont nous sommes avares ; en littérature, le temps est un bien dont on peut disposer tout à loisir, avec détachement : il ne s’agit pas de franchir en tête une ligne d’arrivée fixée d’avance ; au contraire, si l’économie de temps est une bonne chose, c’est que plus nous gagnons du temps, plus il nous sera donné d’en perdre. La rapidité du style et de la pensée signifie au premier chef l’agilité, la mobilité, la désinvolture ; autant de qualités qui vont de pair avec une écriture prête à vagabonder, à sauter d’un sujet à l’autre, à perdre cent fois le fil et à le retrouver après cent virevoltes.

(deuxième leçon : « Rapidité », p.82)

Le temps, prenons-le aujourd’hui pour faire ce qui nous plaît, pour aller nous promener ou pour paresser au soleil en contemplant les fleurs de notre jardin…

…Tout en méditant sur une courte histoire qu’il nous raconte, à la fin de sa leçon sur la « rapidité » :

Voici une histoire chinoise.
Entre autres nombreuses qualités, Tchouang-tseu avait une grande sûreté de main. Le roi lui demanda de dessiner un crabe. Tchouang-tseu dit qu’il lui fallait un délai de cinq ans, ainsi qu’une villa avec douze serviteurs. Au bout de cinq ans, le dessin n’était pas commencé. « Il me faut cinq autres années », dit Tchouang-tseu. Le roi les lui accorda. Quand s’acheva la dixième année, Tchouang-tseu prit son pinceau et en un instant, d’un seul trait, il dessina un crabe, le crabe le plus parfait qu’on eût jamais vu.

(p.93)

Italo Calvino, Leçons américaines,
Aide-mémoire pour le prochain millénaire,
traduit de l’italien par Yves Hersant, « Point », Seuil, Paris, 2001.

57 réponses à “Italo Calvino

  1. C’est ce que je vais faire Quichott’ profiter de cette belle journée ensoleillée, prendre mon temps, car ne dit-on pas que "le temps perdu ne se rattrape plus" Bon dimanche à toi

  2. Le temps d’un long week-end de bonheur a pris fin…Je n’ai ton talent pour le raconter.
    Ton invitation à méditer sur la valeur du temps tombe à pic ! J’aimerais
    dessiner un crabe comme Tchouang-tseu !
    Gros bisous 

  3. quichotine, ça sonne comme cachotière!!!!! lol !!!
    on a habité à qq encablures l"un de l"autre……moi, je suis à 10 km de mortemart, aux pieds des monts de blond…..

    et maintenant, dans quelle région es-tu???

  4. LA  HONTE  !!!!…..je connais très bien le nom , mais je ne l’ai jamais lu !!!!!!!….ni traduit ni en italien !!!!
    Vous pouvez tous me siffler !!!!
    Il est vrai que, du temps, je n’en ai jamais assez !
    Mais j’ai beaucouo apprécié sa théorie sur l’écriture qui doit etre rapide et désinvolte  !!!!!….sans le savoir, je l’ai mis en pratique…..ça se voit, hein !
    Heureuse d’apprendre que Clerval connait l’italien….elle pourra mieux comprendre mon sabir quand je parle de Rourou !!!

    • Tu as entendu mes sifflets j’espère ?
      Je crois que tu ne le sais pas encore mais tu as dû être nourrie avec ses théories sans le savoir… (après tout, on ne sait pas trop ce que nos mères ont mit dans nos biberons…)
      Tout le monde comprend quand tu parles… (et je suis MDR !!!)

  5. Mdr!
    J’aime la citation de Zhuangzi ^__-
    Il faudrait aussi préciser tout de même pour les béotiens qui ne connaissent pas Zhuangzi qu’il fut un grand caligraphe et homme à penser chinois…

    En Chine on raconte aussi que Zhuangzi était la percévérence même, depuis l’enfance. Et pour devenir le plus adroit caligraphe, il s’entraîna tant et tant que la rivière devant chez lui devint noire comme l’encre… Encore une fois, une personne qui n’était pas avare de son temps pour se perferctionner! ^__-

    Bon dimanche et profite… du temps, du beau temps!

    • C’est vrai que j’aurais pu faire appel à toi pour m’aider à rédiger mon article… tu es une pro !!! Merci Chen Jie

  6. Tchouang-tseu est un petit malin, qui sait profiter du roi, quant au roi, il est d’une tres grande patience…
    Bonne journée
    ;o)

  7. calvino c’est un grand
    tilk

  8. Simplement deux choses me viennent à l’esprit:

    Il faut laisser du temps au temps,

    et la deuxième sur la rapidité:
    De la réflexion naît l’action.

    Le dessin a été d’autant plus rapide que la réflexion était longue.

    Bonne semaine

  9. L’histoire du "Baron perché" d’Italo Calvino est sublime !

  10. tu me donnes vraiment envie de le lire celui là… j’aime prendre le temps de plus en plus et le temps se rallonge vraiment… d’en prendre puis d’aller vite pour pourvoir perdre de son temps ! quelle riche idée !

  11. c’est pour lire ton blog qu’il faut bcp de temps… et donc il faut revenir souvent, petite maline!!
    Bonne année encore

    • MDR… J’adore qu’on me traite de « petite maline »… Je t’assure que je n’y ai pas du tout pensé !

      Re-Bonne année à toi aussi…

      (Si tu veux tout lire, effectivement, il te faudra du temps !)

  12. Le temps est un luxe … Je l’ai à présent … Mais que d’embûches et un long parcours avant d’y arriver …
    LIZAGRECE

  13. Et bien, ça alors, quelle histoire de temps … tu m’as pris de court, je voulais parler dans le courant de la semaine d’Italo Calvino sur mon blog….parce qu’il a aussi écrit « Le chateau des destins croisés ». L’avez-vous lu ?
    « Une table d’hôte – chateau ou taverne – c’est une des lieux de la tradition romanesque : chacun n’y va-t-il pas, après souper de son récit ? Mais pour peu qu’un enchantement ait rendu tous les convives muets, que faire ?
    Sinon prendre un jeu de tarots et raconter son histoire à coups d’images : en alignant toutes les figures avec lesquelles un récit peut se construire. »
    Dans ces histoires, il est aussi question du temps.
    Il ne me reste plus qu’à étaler mes cartes sur la table pour vous conter à mon tour avec mes maigres possibilités, des hsitoires.
    En tout cas, merci pour cette lecture du temps qui a filé à toute vitesse grâce à toi, 
    Carie

  14. Ma chère Quichottine, je prends le temps de venir déguster un ancien et bel article.  le « Baron perché » c’est tout ce que je connais.. j’ai adoré.
    Aujourd’hui j’ai suivi ces délicieux conseils de prendre le temps. j’ai dormi, flané, visité mon jardin avec mon appareil photo et fais de jolies découvertes, une promenade dans les bois avec les chiens… mais je regrette tellement que le temps passe si vite et que jamais on ne le rattrape… ni notre enfance, ni notre jeunesse, ni le bonheur.. et tous les jours je me dis, oh je n’ai pas encore eu le temps….
    bisous tous pleine (j’adore!!) de haute savoie et à bientôt
    (promis je me suis essuyée les pieds et j’ai remis un peu d’eau dans les fleurs..)
    chantal

    • Merci d’avoir pris soin de mes fleurs… et merci pour ce commentaire chaleureux, comme toujours !

      Je ris… et je suis heureuse de te croiser au fil de mes pages. Merci, Chantal d’être toi !

  15. Tu nous gâtes Quichottine avec ce document si riche

  16. On glane au fil du temps…Quand le moment arrive, c’est le bon moment, tout est évident  😉
    Ces leçons illustrent bien la maturation d’une oeuvre. J’imagine facilement l’écrivain prêt à coucher sur le papier « son » livre d’une main alerte. N’est-ce pas, Amielle ?
    Gros bisous

    • Oui, sans aucun doute…

      Tu peux l’imaginer, moi aussi… et je crois que tu as bien raison de le faire !

      Gros bisous à toi aussi, Amielle

  17. quichotine, ça sonne comme cachotière!!!!! lol !!!
    on a habité à qq encablures l"un de l"autre……moi, je suis à 10 km de mortemart, aux pieds des monts de blond…..

    et maintenant, dans quelle région es-tu???

  18. Il avait pris son temps, mais l’idée avait fait son chemin , à son rythme .Et la réalisation de ce qu’il avait projetté de faire n’était alors qu’un simple et rapide geste , mais nourri amplement en amont .

    Je connais Italo Calvino pour avoir lu ses Contes (en version bilingue ): Fiabe italiane … J’ai pris des cours d’italien à l’UTL .
    Bon dimanche Quichottine ! Bisous !

    • Ah… moi je ne connais pas l’italien… je le devine seulement, parfois, lorsque quelqu’un parle à côté de moi.
      Bon dimanche à toi aussi

  19. diche tribill

    non seulement l’histoire est belle, mais j’adore les crabes…dormeur…surtout quand les pinces sont trés grosses…miam,miam.

  20. Je vais encore essayer de m’en tirer avec une pirouette, par … manque de temps justement.
    "Le temps nous égare
    Le temps nous étreint
    Le temps nous est gare
    Le temps nous est train. "
    -Jacques Prévert.-

     

     

  21. belle fleur de milpertuis

  22. belle fleur de milpertuis

  23. lucile et lucien

    Bonjour Quichottine, Italo Calvino on adore….mais la chose qui nous intrigue aujourd’hui c’est: où est la photo du crabe parfait? Cette histoire de Tchouang Tseu nous rappelle un récit de François Cheng sur la fabrication d’un bol mais nous ne souvenons plus du titre, peut-etre, Quichottine, avec votre phénoménale connaissance, le savez-vous…bonne journée

    • Pour la photo… elle doit être chez Siratus 😉
      Pour François Cheng… il va falloir que je le mette sur l’étagère des livres « à lire »… Merci pour votre visite.

  24. Savoir perdre du temps…..pour en gagner……Le temps apparemment perdu qui permet la plénitude du geste, de l’ame, ou du projet…..
  25. cristalline

    Je viens de me promener dans votre bibliotheque. c’est tres interessant. Je ne connais Italo Calvino que pour avoir lu le Baron perche; Une amie a meme appele son fils Come et je lui ai offert ce livre! A bientot!

  26. Quichottine

    Pour aller voir Cristalline dans l’Orangeraie…

    http://blogsperso.orange.fr/web/jsp/blog.jsp?blogID=244453

  27. Muad' Dib

    Coucou Quichottine, quelle notion merveilleuse que celle du temps.
    On peut lui courir après, chercher à le prendre, lutter contre ses effets … mais on ne le maîtrisera jamais.
    Gros bisous d’un dimanche après-midi ordinaire,

    • Je pense qu’on ne peut rien contre le temps qui passe… si ce n’est déguster chaque moment, le mieux possible. Bonne soirée, Muad

  28. jackline

    Coucou…je suis rentrée, mais assez débordée pour le moment..donc, excusez-moi du copié-collé, c’est pas habituel..mais là, je n’ai pas d’autre solution…ça ira mieux dans quelques jours..Merci à tous de vos visites régulières pendant mon absence….j’ai du retard à rattraper sur vos articles dans vos blogs..bisous à tous…

  29. jackline

    Coucou…je suis rentrée, mais assez débordée pour le moment..donc, excusez-moi du copié-collé, c’est pas habituel..mais là, je n’ai pas d’autre solution…ça ira mieux dans quelques jours..Merci à tous de vos visites régulières pendant mon absence….j’ai du retard à rattraper sur vos articles dans vos blogs..bisous à tous…

  30. je me souviens d’une époque où je pouvais encore proposer « Marcovaldo » aux élèves. Aujourd’hui, ça ne les fait pas rire du tout, (à quelques exceptions) un peu comme les films de Charlot! C’est un livre où j’ai pris des fous rires incroyables!
    Celui-là, je ne le connaissais pas.
    merci.

    • Les temps changent… parfois je le regrette, parfois non.

      Marcovaldo… si je te dis que je ne l’ai pas lu… tu me raconteras ?

      merci d’être là, Polly !