eMmA MessanA, Transpositions hasardeuses

Chaque livre est différent, chaque livre apporte quelque chose à celui qui en tourne les pages, qui le lit.

Il y a ceux que l’on achète en ayant eu un coup de cœur pour la couverture, pour le titre, pour une image, ou pour les mots écrits en quatrième et qu’on a lus rapidement.

Il y a ceux que l’on achète parce qu’on a pris le temps de les feuilleter, comme le font les éditeurs… un peu de la première page, de la dernière, et, si l’appel est bon, quelques pages au milieu.

Il y a ceux que l’on achète après avoir lu un avis, ou deux, ou plus, chez les blogamis.

Il y a ceux que l’on achète parce qu’on connaît l’auteur, qu’on lui a parlé, qu’on l’a regardé faire, qu’on a peut-être eu l’occasion de visiter son atelier…

Pour celui-ci, j’aurais pu évoquer presque toutes les raisons.

La couverture…

Couverture, éditions Maïa,
ISBN 978-2-37916-486-6

 

Le titre… il évoquait pour moi la musique, et ces moments de partage entre musiciens qui transposaient parfois, adaptaient une partition à leur instrument pour pouvoir jouer ensemble.

Les images, celles qui me font tant penser à mon propre Lutin bleu.

L’auteur, que j’ai eu l’occasion de rencontrer, dont j’ai pu admirer l’espace de travail.

Les avis lus ici ou là…

Je ne l’avais pas feuilleté, mais j’ai fait confiance, j’ai demandé à eMmA une dédicace… pour pouvoir l’offrir ce Noël.

Et puis, je l’ai reçu, je l’ai lu.

[p.44-45]

 

Je lis et je relis, je sais que je ne vais pas l’offrir cette année à l’aînée de mes petites-filles. Je vais le garder en réserve, pour elle, en choisissant le moment où je lui offrirai, où on lui offrira peut-être de ma part.

Hier, demain, chaque pas, chaque mot, chaque silence, il y aura toujours les souvenirs émus, les sourires en partage, les mains que l’on serre doucement, les regards qui disent le chagrin même quand on voudrait ne pas le montrer…

J’aurais aimé lire ce livre à 15 ans, lorsque Maman est partie pour ne pas revenir.

J’aurais aimé lire ce livre en imaginant que j’avais moi-même pu écrire les mots d’eMmA.

J’étais trop jeune alors, trop ignorante aussi.

Trop en colère, déjà.

Je lis et je relis… et je me demande si l’on peut vraiment laver les chagrins.

Je lis, et je tourne les pages. Je retrouve le bleu, son bleu, le mien aussi.

“Bleu
C’est une couleur qui a dû être inventée pour elle
Le bleu d’un arbre imaginé
Le bleu de la contemplation d’un presque siècle
Le bleu parfum
Le bleu d’un bateau qui vogue vers un lointain inconnu
Le bleu de l’oiseau messager
Qui lui apportait les lettres de son fiancé
En Méditerranée
Le bleu de notre histoire familiale qui se déroule
Encore
Le bleu-maman d’une éternelle complicité
Dont l’implacable nuancier va s’étirer du bleu-layette
Jusqu’au bleu outre-mère…

Saint-Urbain (Vendée), 5 avril 2020”

© eMmA MessanA, Transpositions hasardeuses, p.47

Je ne sais qu’ajouter… je crois que, comme eMmA, je n’ai pas fini de grandir. Je n’ai pas réussi, pendant toutes ces années, à faire le deuil de ceux que j’ai perdu, de ceux que j’aimais tant.

Il se peut que certains arrivent à tourner la page, à ne plus y penser, à ne pas avoir besoin de déposer des fleurs dans un cimetière, à ne plus verser de larmes sur une page, une photographie.

Chagrins d’enfant, larmes de femme… il paraît que les hommes ne pleurent pas.

Moments où l’on s’abandonne, où l’on se donne le droit de paraître plus faible, de l’être en réalité.

Sois fort, sois forte… et juste continue à vivre, parce que c’est ce qu’ils voudraient.

Je transpose à mon tour, entourée de lutins tous bleus. Des gouttes qui prennent vie, qui se font famille, et continuent d’avancer sur le chemin tracé.

Merci pour tout cela, eMmA.

38 commentaires à propos de “eMmA MessanA, Transpositions hasardeuses”

  1. Bonsoir Quichottine, non je n’ai jamais pu faire le deuil de ceux qui me furent proches… j’ai souvent une pensée pour eux, une fleur à la Toussaint, au moins… Hélas on perd en chemin plus d’un être aimé avant que son heure ne vienne, la famille rétrécit côté aînés et pas que parfois… Allez prenons la vie en bleue, même si… merci, bises

  2. Un très beau billet ma Quichottine au travers les écrits d’Emma et tes ressentis.
    Ceux qui sont partis restent à jamais vivants dans nos cœurs, tu sais !
    Passe une douce journée en attendant la dernière de cette année 2020 que je clôturerai avec empressement ! Bisous

  3. merci, Quichottine, merci eMmA et ton bleu outre mère, merci à vous tous ceux qui écrivez et créez avec sincérité, merci à internet qui permet le partage, bonne année à tous

  4. Faire le deuil : c »st une expression étrange. Comment peut-on faire le deuil de ceux qui nous ont été chers? Cela veut-il dire les effacer de notre coeur? Se résigner ? Quelque part ,au fond de notre mémoire, de notre coeur, on ne se résigne jamais .
    Tes mots sont très émouvants comme ce texte que tu nous livres.
    Un bleu qui chamboule l’âme.
    Je te présente mes voeux légèrement en avance, pour la nouvelle année qui arrive en espérant qu’elle sera plus gaie que la précédente. Je t’embrasse

  5. Je « suis » les critiques plus qu’élogieuses sur ce livre à travers FB.
    Est ce que j’aurais envie de le lire un jour…je ne sais pas, mais à garder dans les petits papiers pour ne pas l’oublier…
    tendresses

  6. Un très grand merci à toi pour cette page, Quichottine. Bien au-delà d’être touchée, je me sens en communion avec ta sensibilité.
    Ce livre est un bonheur. Il n’est pas là pour faire « mon deuil ». Il est né du profond désir d’honorer ma très chère maman. Mon amour pour elle, et le sien pour moi, continuent à VIVRE grâce et à travers lui !
    « Transpositions hasardeuses », je l’ai voulu comme un écrin hors du temps pour celle qui m’a donné la vie, Carmèle Frau. Mon mari et moi l’avons accompagnée chez nous au quotidien jusqu’à son dernier souffle à près de 96 ans.
    Sans jamais être larmoyant ou pesant malgré le deuil auquel il fait suite, j’aborde, outre une relation mère-fille toute de connivence et d’amour réciproque, des questions comme la fin de vie d’un proche, la grande vieillesse, mais aussi le dévouement des aidants (11 millions en France), la reconnaissance aux auxiliaires de vie et aux infirmières.
    L’évocation poétique m’a permis de mettre de la distance vis-à-vis de ces situations vécues.
    Ces sujets sont universels et chacun d’entre nous peut être amené à les vivre.
    Yves Duteil m’a fait l’honneur de préface mon livre…
    Encore un grand merci, Quichottine, d’avoir eu la gentillesse de le présenter à tes amis.
    Je t’embrasse très fort.
    Merci à tous pour votre accueil,
    eMmA

  7. Merci Quichottine pour ce joli partage , tous ces mots me vont droit au cœur et m’apportent un peu de réconfort en ces temps difficiles

  8. Ce livre a été soufflé au père Noël qui me l’a apporté…
    j’ai tant de regret de n’avoir pas su apprécier TOUS le moments passés auprès de ma maman !
    je t’embrasse Quichottine

  9. Comme tu écris bien ce que j’ai ressenti à la lecture du livre d’Emma ! Ce livre plein de délicatesse et d’Amour parle à l’âme et fait un bien fou !
    Belle journée
    Bises

  10. Ce livre et tout son bleu me tente énormément, bien que j’en ai reçu pas mal pour Noël de la part de mes enfants, je vais tâcher de l’acheter, merci pour tes conseils de lecture.
    Bises et belle journée

  11. Coucou Quichottine,
    Je te lis et au fur et à mesure des mots mon cœur se serre de plus en plus il est pris dans un étaux, tes mots sont beaux, beaux de tristesse, des mots de non retour.
    Il y a des souffrances qui ne s’oublient, qui ne s’effacent pas avec le temps, ce sont les souffrances, les cicatrices du cœur.
    Merci ma Quichottine pour ces beaux mots.
    Je t’embrasse très fort.
    Maryse

  12. J’ai apprécié les mots sur sa maman du commentaire d’eMma MessanA ainsi que les petits lutins de la couverture du livre.
    Comment ne pas aimer le bleu qui est ma couleur préférée en peinture. Les bleus changeants du ciel : turquoise, céruléen, cobalt, azuré… Une couleur apaisante, qui doit bien correspondre à ce livre.
    Merci Quichottine pour cette description pleine de tendresse.

  13. je passe te souhaiter un très bon début d’année 2021 a toi et tes proches. Gros bisous et merci pour cette excellente présentation

  14. La couverture et les illustrations sont merveilleuses, je ne connais pas l’auteure ni ses poèmes. Tu en parles si bien ! Actuellement et depuis une semaine je suis dans le deuil d’une amie virtuelle (nous partagions sur nos blogs depuis 2006, sur Youtube, le même amour de la guitare, classique surtout, et sur facebook où elle avait 3 comptes. Je n’ai su que 3 mois après qu’elle était décédée car je n’avais plus de commentaires d’elle depuis mi-septembre, une semaine avant qu’elle ne décède. Je pense tout le temps à elle en ce moment. J’ai envoyé un courrier à son mari (que je ne connais que par quelques photos qu’elle mettait sur ses pages). Je lui demande ce qui s’est passé, pourquoi, comment elle est décédée, elle est partie en silence. Bonne fin d’année ! bises.

  15. Je me permets de te reprendre quand tu écris que les hommes ne pleurent pas, sans doute devant nous mais je sais que cela leur arrive pour l’avoir vu et entendu plusieurs fois..
    Mais je me doute bien là que tu as repris une affirmation ancienne.
    Ce livre me semble bien beau, j’en note le titre.
    Bises du jour
    Mireille du sablon

  16. Un livre magnifique qui se lit doucement en se laissant imprégner de la chaleur des mots et des non dits qui se distillent dans notre coeur.
    Un livre qui parle d’Amour.
    Merci Quichottine pour ce magnifique hommage .
    Douce soirée, bises.

    • Merci Andrée, savoir que mon livre est entre tes mains me donne carrément le frisson, depuis le temps que tu suis et adhère à toutes mes créations de papier, de mots et de couleurs. Tu as répondu présente dès le lancement de la campagne de précommandes de ce livre qui m’importe tant. Que de partages !
      Oui, Quichottine me comble par cette belle page…

  17. J’aime ce que je vois et ce que je lis d’Emma sur son blog, mais, comme Eglantine, je ne sais pas si j’oserais ouvrir ce livre, peut-être par crainte de me retrouver, quelque part, face à ma propre histoire, à ce que je n’ai pas su dire ou faire. Elle a eu de courage et la force de l’écrire.

  18. Effectivement un très beau livre sensible. Oui nous gardons les cicatrices de nos peines, un peu comme les pirates, des joues aussi.
    Et de dire que cela devait être comme ça, qu’on ne peut pas réécrire l’histoire.
    Bises et douce dernière journée.

  19. Un livre qui au hasard des mots et des émotions et des illustrations est un bijou incrusté d’amour et de tendresse en bleu et blanc…
    « Il restait quelques gouttes de parfum »
    J’ai osé moi aussi le faire… »soir de Paris…bleu bourgeois »
    J’ai osé mettre son collier préféré, offert par mon papa
    J’ai osé remonter la montre gousset de papa qu’elle gardait près d’elle…
    Les mots d’Emma sont chaleur et tendresse… Ils font revivre celle que l’on aimait: notre maman…
    Mes enfants sont restés silencieux devant ce recueil, je les connais …l’émotion était trop grande pour parler…leur silence était tissé de fils d’amour, de souvenirs et du temps qui passe…

    • Je suis extrêmement touchée par votre retour, Marie, sincèrement. Je crois que c’est bien pour recevoir de telles réactions que l’on décide un jour d’écrire. Elles permettent de nous aider lever humblement nos doutes et nos inquiétudes.
      Merci de m’avoir si bien lue. Pour ce premier jour de l’année 2021, vous êtes mon talisman pour que mon livre continue son chemin vers un lectorat encore plus large… Maman vous remercie aussi, chère Marie.

  20. Je suis émue de te lire ce matin. Je n’avais pas vu ton article car j’étais en pause. J’étais sûre que ce recueil ne pouvait que te toucher. Je l’ai près de moi, je l’ouvre, le relis au hasard des pages, il me bouleverse et m’apaise à la fois. Je trouve les mots d’Emma universels, ils disent l’absence certes mais surtout la présence en nous de celle qui nous a donné la vie et à qui on doit tant…Pourquoi veux-tu grandir ? La petite fille qui est en toi, même si elle est encore en colère, je la comprends mais c’est elle qui fait que tu es telle que tu es et nous t’aimons comme tu es. Merci pour tes mots. Bisous et une douce journée

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.