Il était une fois… Lorraine

Je ne me souviens plus du premier jour, des premiers mots échangés. Je crois bien que je l’ai toujours connue.

Une impression étrange m’a envahie alors que je venais d’apprendre que je ne la croiserai jamais, dans ma réalité.

Lorraine… un visage qui avait changé au fil des ans, mais qui restait toujours empreint d’une douceur incroyable, d’une intensité aussi…

Intensité, c’est le mot. C’est vrai.

On dit qu’il ne faut pas se laisser submerger par l’émotion, qu’elles doivent être contrôlées, quelles qu’elles soient.

C’est vrai, la plupart du temps.

« Faire face », rester droit… Kipling traduit par André Maurois… pourquoi ce poème plutôt qu’un autre ?

Si tu peux… et sans dire un seul mot… rebâtir…

L’homme est ainsi, soumis à tant d’événements qu’il doit sans arrêt s’adapter, et, pour ne pas montrer qu’il est finalement très faible lorsqu’il s’agit de ceux qu’il aime, il ne doit pas pleurer.

« Faire face », comme le loup d’Alfred de Vigny… il doit souffrir et mourir sans parler, sans se plaindre…

Pourquoi ?

Parce que se plaindre c’est avouer qu’on n’est pas aussi fort qu’il le faudrait ?
Parce que pleurer est réservé aux faibles ?

« Il est mort le poète…»

C’est Emma qui a choisi cette chanson dans le très bel hommage qu’elle consacre à Lorraine aujourd’hui.

Même si je sais que ma tristesse n’atteindra jamais l’intensité de celle que partage sa famille, j’ai choisi de vous l’écrire, parce que vous savez celle que l’on peut ressentir lorsque l’un ou l’autre de nos aminautes passe sur le chemin d’à côté, celui dont on ne revient pas.

Nous avons tous connus des êtres incroyablement présents, malgré la distance, malgré tout ce qui pourrait nous séparer dans nos vies, hors de l’écran.

Des personnes tout à fait délicieuses avec lesquelles les échanges n’étaient pas que les mots polis que l’on dépose pour signaler sa présence, lorsqu’on ouvre une fenêtre plutôt qu’une autre.

Des êtres dont on sait qu’ils sont proches, bien plus que ceux qui partagent nos vies.

Une communion d’esprit, de sensibilité…

Il est si difficile d’expliquer… mais est-ce bien nécessaire ?

Lorraine écrivait, chaque jour, depuis si longtemps que je sais que s’il fallait publier tout ses écrits, cela prendrait des années.

Lorraine partageait, ses poèmes, ses chansons, ses réflexions, avec un merveilleux don d’écriture.

Aucune de ses pages ne pouvait laisser indifférent.

Depuis quelques temps, nous savions qu’elle ne serait plus vraiment près de nous, que nous devrions nous contenter des lignes de son Cahier du soir.

Elle n’a pas voulu, pas pu, attendre un nouveau printemps.

Mon amie a franchi la grande porte, celle que nous pousserons tous un jour ou l’autre.

Alors, je pleure, mais je vais écouter ses mots, ceux qui sont en quatrième de couverture d’un livre pas encore paru.

180202_Lorraine

“Parler est difficile, plus peut-être qu’écrire. Alors, si nous avons des choses à transmettre, écrivons-les, écrivons-nous.”

Lorraine nous a confié beaucoup, des pages et des pages à lire sur son blog, à y découvrir pour ceux qui ne la connaissaient pas. Elle nous avait ouvert plus d’une porte, emporté loin, très loin parfois, elle avait partagé son quotidien, aussi, avec délicatesse, avec une énorme tendresse.

Ma très chère, ma douce amie Lorraine, chaque fois que j’ouvrirai une nouvelle page blanche, que je la couvrirai de mots, je penserai à toi.

Si vous le pouvez, si vous le désirez, allez déposer quelques mots de soutien, là-bas.

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