Armand Guillaumin

Où s’en va-t-elle ?

Elle ne sait pas… Ou peut-être sait-elle, qui sait ?

Il fait froid. Il a neigé cette nuit. C’était la nuit de Noël.
Une nuit comme les autres, ou presque…

Elle est là, toute seule. Personne sur le chemin. Il fait si froid.

Elle pense à ceux qui sont partis, à ceux qui étaient là, près d’elle.
Elle a brûlé dans l’âtre une dernière bûche avant de sortir.

Ses pas sont lourds. Il faut prendre garde, le sol est glissant, elle pourrait tomber.

Où se rend-elle ?

Là-bas, derrière la butte, un peu plus loin, il y a… demain et cet « ailleurs » qui lui fait si peur.

C’est si facile de penser à autre chose ! Il ne faut pas se dire qu’il n’est pas venu, lui, le petit… Celui qu’elle attendait. Les enfants, c’est comme ça. Depuis que le monde existe. Le petit, il en a toujours fait à sa tête… Alors, bien sûr, maintenant… Pourquoi en serait-il autrement ?

Le petit… Son petit, son tout petit… Elle le revoit toujours, même avant sa naissance, alors qu’il prenait tant de place ! Le petit, le dernier…

Et, comme chaque jour, elle ira jusqu’au bout du chemin, pour l’attendre…
Guillaumin-1869.jpg
Armand Guillaumin (1841-1927)
Chemin creux, effets de neige, 1869
(Huile sur toile, 55 cm x 66 cm)
Musée d’Orsay, Paris

54 réponses à “Armand Guillaumin

  1. Dominique Le Boucher

    Bonsoir,

    C’est toujours magique de recevoir un message nocturne et d’aller à la rencontre de quelques mots qui brillent à peine sous la lune… Encore plus extra quand il y a une image avec des mots et moi qui ai tenté de barbouiller des images pendant vingt ans j’aime trop celles des autres quand elles ont cette plénitude légère et cette douceur-là si humaine et si vaste…
    Je trouve que les quelques mots que vous avez écrits en regardant cette image sont juste ceux qui ajoutent de l’émotion à l’émotion comme les musiques de Léo Ferré aux poèmes de Rimbaud. Je vois souvent avec mon ami Louis qui peint combien l’échange et la correspondances de deux sensibilités qui se rejoignent peutvent poursuivre le chemin qu’on avait fait seul d’abord en mettant des mots ou des touches de couleur sur un bout de papier.
    Et tout cela nous fait du bien… Un ou deux clous d’or de plus qui pétillent dans notre nuit comme les deux coeurs taillés dans les volets de bois de Bachelard qui projettent sur la campagne endormie deux coeurs de lumière pendant qu’il écrit.
    Bonne nuit à vous. Dominique

    • Dominique !
      Décidément, j’ai une chance immense. L’un des écrivains que j’admire, ici, ce soir, pour un commentaire digne d’un écrivain mais qui me fait rougir…

      Merci !

      Mes tableaux sont le fruit de rencontres, que j’ai faites, pour de vrai dans un musée, comme pour celui de Picasso, le premier que j’aie mis ici… ou seulement « virtuellement », sur des cartes postales, dans des livres ou maintenant sur Internet. Les possibilités de rencontres sont immenses, j’ai de la chance lorsqu’elles se produisent vraiment, et qu’il y a tant d’émotion dans une toile qu’elle semble me raconter une histoire, quelques mots seulement parfois. Je les dépose là et j’ai l’impression d’avoir reçu un immense cadeau.

      J’imagine combien vos échanges avec votre ami Louis doivent être merveilleux ! J’éprouve sans doute quelque chose de similaire avec une amie peintre qui fait aussi de la photographie. Il m’arrive de rester des heures à contempler l’un de ses paysages, comme si je m’y perdais vraiment… les mots que j’écris alors, je le sais, sont sincères. Ils ressemblent aux images que j’ai vues. Rencontres… qui sans aucun doute ne doivent rien au hasard. Mon amie dirait que c’est le destin.

      Je ne sais pas si vous reviendrez ici, je le souhaite de tout coeur. Merci, Dominique.
      Les rencontres se font aussi, souvent, dans les commentaires, et vos écrits sont merveilleux !

  2. comme c’est triste; je pensais qu’elle partait pour la côte d’azur , au chaud .  🙂

    • Mais tu as tout à fait le droit de le penser !
      Et si tu me racontais l’histoire que ce tableau t’inspire ? tu peux… Je la rajouterai, sous le tableau !

  3. on ne fait que ça…. attendre
    tilk

    • Tu as raison, Tilk, Mais pas tout à fait. Il y a toujours quelque chose à attendre, c’est sûr, quelque chose qui nous tient à coeur, que nous voudrions trouver ou retrouver, quelque chose à espérer… mais l’on ne fait pas « que » ça, enfin, je l’espère. La vie, c’est aussi voir le reste, ce qui est là tout près, ce qui ne demande rien, seulement d’exister.

      Passe une bonne nuit, Tilk…

  4. C’est vrai, qu’on se demande ce qu’elle fait là, parmi les talus, les congères et les ornières…..et dans ce froid palpable……
    On ne peut imaginer que quelque chose de nostalgique…
    Peut-etre va-t-elle à la messe. ( mais ni maison ni village , meme lointain )…..ou au marché ( mais elle n’a pas de panier )….
    Angoissant !

    • Ne sois pas angoissée, Chris… Elle va peut-être rejoindre son amoureux et ils se réchaufferont dans les bras l’un de l’autre… qui sait ? J’ai écrit ce texte à Noël, c’est ce tableau qui m’a parlé… comme toujours, je n’ai pas transformé les mots qu’il me disait.

  5. et si elle revenais car elle a rien trouvé de plus beau ailleur bonne journée @+

    • Ce pourrait être un retour, effectivement.
      D’où revient-elle ? Revient-elle parce qu’elle n’a rien trouvé de mieux ailleurs ou parce qu’elle a perdu l’espoir de le trouver ?

      Tu vois, je ne l’imagine pas guillerette et heureuse, je ne sais pas pourquoi… sans doute parce qu’il fait froid, là, dans le chemin.

      Bonne journée à tous les deux.

  6. Beaucoup d’émotion et de simplicité,merci!

  7. Il est étrange de constater comme parfois la synchronicité de certains événements peuvent faire résonnance avec votre propre vécu du moment.  J’ai passé la soirée d’hier à battre les rues pour retrouver ‘ma petite’ qui voulait partir, ne pas revenir, de peur, de honte avec le besoin de se punir ou d’être punie, on ne sait plus trop bien, pour un bulletin qui lui était intolérable se mettant en danger en allant se réfugier chez quelqu’un que je ne connaissais pas.  Ce texte était très beau et là à point nommé si je puis dire.  Merci à tous et toutes pour tous ces commentaires qui privilégient le partage et paix à chacun d’entre-nous.

    • Tu as raison, Dominique… ça arrive, ça m’arrive aussi de trouver comme ça au détour d’un chemin, sur l’un de mes liens, ou sur un blog que je viens de découvrir, une image ou un texte qui entre en résonance avec ce que je ressens à ce moment précis. Les circonstances, le vécu du moment, tout fait qu’il y a alors rencontre.

      Je suis heureuse que tu aies retrouvé ta « petite », toi aussi… Merci pour ta présence ici

  8. merci bcp pour tes messages  tres sages et toujours aussi pertinents :c’est vrai que des chemin il y en à bcp et ils me trouveront je le sais , ja le sens mais pour l’instant je suis sue le chemin du deuil 
    et il ne faut pas que j’y coupe
    merci  à toi
    bises 
    tilk

    • Non, le chemin du deuil est de ceux qui sont les plus difficiles à parcourir, mais il est important de ne pas le laisser de côté. Je te souhaite d’arriver à le surmonter.

  9. Un sublime tableau qui accompagné de ton texte devient un doux moment d’émotion… J’adore.

    Bisous et bon week end, Syl

  10. C’est en attendant trop longtemps au bout du chemin dans la froideur hivernale que l’on attrape de mauvais rhumes…..
    Rester au chaud près de la cheminée pour guetter le retour du petit dernier paraît plus sage…
    Bisous et belle journée Quichott’

    • Comme tu le dis Kinou !
      Rester au chaud est parfois impossible. Tu as sans doute du déjà connaître de ces moments où l’on sent qu’il faut absolument faire quelque chose, bouger, sortir, n’importe quoi, tout sauf rester là, tranquille… ou non, là, à se morfondre, ou à bouillir.

      Clerval parlait du cri du veau marin… Tu te souviens ? je crois que c’est ça, il faut que ça sorte, et même si cette sortie dans la neige ne sert à rien d’autre qu’attraper un bon (ou un mauvais) rhume, elle est indispensable pour ne pas se sentir inutile. Je crois.

      Belle journée à toi aussi, amie Kinou.

  11. J’aime beaucoup ce tableau.. et justement il a neigé ce matin… ton histoire est très belle..
    je te fais plein de bisous Quichottine en espérant que tu es complètement rétablie.
    bonne soirée
    chantal

  12. Un beau tableau, un joli texte……….et un grand plaisir à venir ici. A+

  13. Pour moi,la neige n’évoque pas la tristesse..cette femme,je peux la penser heureuse de contempler ce paysage savourant le calme que donne la nature enneigée.Elle marche,elle respire le froid ensoleillé,elle a du temps pour elle,ou peut-être va-elle qq part,mais ces moments de solitude lui font du bien…VITA

    • Les moments de solitude, Vita, je les aime moi aussi…

      J’aime bien ta version aussi. Je crois que je vais en faire quelque chose… merci !

  14. Chez moi c’est le grand qui part tout le temps.
    Le petit, il est encore là, mais ton récit et ce tableau me rendent soudain triste, mon peit vient de vivre son premier gros chagrin d’amour. J’écris premier (l’optimiste!)…
    Alors j’étais comme elle dans le tableau, le coeur lourd à marcher avec dans la tête ses larmes.
    Cette émotion.

    T’embrasse.

    • Je suis désolée de t’avoir attristée… mais tu sais, c’est comme ça que je la sentais, triste, soucieuse.

      Je ne pouvais pas l’imaginer se rendant à un rendez-vous d’amour.

      Peut-être étais-je alors aussi influencée par mes propres pensées ? Je ne sais.

      Je t’embrasse aussi, Polly, très fort.

  15. J’admire cette façon que tu as de faire vivre les tableaux.

  16. Il y a deux tableaux de neige dans ta pinacothèque. La sieste de Van Gogh ferait peut-être bon poids ? A bientôt.

  17. Bonsoir Quichottine !
    J’ai cliqué sur ce tableau car j’ai failli le mettre sur mon blog pour illustrer un passage de Cécile de Benjamin Constant. C’était un passage triste : Cécile, amoureuse du narrateur, venait à son devant le soir alors qu’il neigeait. Et le narrateur qui lui avait donné rendez-vous venait la rejoindre la mort dans l’âme, car il se rendait compte qu’il ne l’aimait pas.
    En tout cas, c’est un tableau plein de mélancolie.
    Bisous et bon jeudi soir,
    Martine

    • Tu me manques ici… mais je sais combien ça doit êre dur pour toi..

      Je te souhaite une douce soirée, Martine.

      Merci d’avoir été si présente en mon absence.

      Je t’embrasse très fort.


  18. Dany Bonjour de Chine,ma petite lecture quotidienne, très belle toile , bon journée ,亲吻和早晨好 bye
  19. Lhuna/Angelique

    Aller au bout du chemin quoiqu’il arrive !
    C’est justement ça la vie, nos vies, notre vie !
    Bisous et bon week end

  20. Destinée

    Bonjour Quichot’!

    Des mots tendres et touchants pour faire parler cette toile.

    Merci d’être passée chez moi. C’est grâce à toi en grande partie que j’ai pu revenir. 

    D.

    • Merci à toi. Quand on me fait une visite, j’essaie toujours de la rendre, ne serait-ce que pour que celui ou celle qui est venue pour la première fois, peut-être par hasard, puisse retrouver mon adresse.

      Passe une bonne journée…

  21. Michka dit Le Pirate

    bon week end Quichotine

  22. Bon week end 

  23. Et elle elle reste là
    Cœur en croix bouche ouverte
    Sans un cri sans un mot
    Elle connaît sa mort
    Elle vient de la croiser
    Voilà qu’elle se retourne
    Et se retourne encore
    Ses bras vont jusqu’a terre
    Ça y est elle a mille ans
    La porte est refermée
    La voilà sans lumière
    Elle tourne sur elle-même
    Et déjà elle sait
    Qu’elle tournera toujours
    Elle a perdu des hommes
    Mais là elle perd l’amour
    L’amour le lui a dit
    Revoilà l’inutile
    Elle vivra ses projets
    Qui ne feront qu’attendre
    La revoilà fragile
    Avant que d’être à vendre
    Je suis là je le suis
    Je n’ose rien pour elle
    Que la foule grignote
    Comme un quelconque fruit

    BREL

  24. Ton texte donne de la puissance à ce tableau et l’enveloppe dans un voile plus dense encoe de mélancolie … C’est très fort … Bon week-end Quichottine !

  25. Chacun sa route, chacun son chemin…jusqu’au bout.
    Je sors, il n’y a pas de neige.
    Gros bisous de soleil breton, amie Quichottine 

    • Je souhaite que ta sortie ne t’apporte que de la joie… Tu as raison, Siratus, il fait beau ici aussi, pas de neige, du ciel bleu à en faire pâlir les turquoises !

      affectueux et chaleureux, pour toi, mon amie de l’Océan.

  26. Et qui sait un jour peut être au bout de ce chemin ^^

    Un article bien mélancolique mais qui colle bien au tableau..il  y en a tellement qui attendent en vain quelque chose qui n’arrivera jamais plus.

    C’est ce qu’on appelle espoir  je crois, ce quelque chose qui nous aide à tenir jusqu’au bout du chemin non  ?

    Bon week-end 😉

  27. C’est toujours un réel plair et un moment magique de te lire!