Louis Guillaume

Vous est-il déjà arrivé de prendre un livre, de le feuilleter, juste un peu, quelques pages, et de ne pas le lâcher ?

C’est ma maladie à moi… Je ne lui ai pas donné de nom, je ne sais même pas si d’autres en sont atteints. je compte sur vous pour me le dire.

Pas tous les jours, heureusement, mais je dois dire, assez souvent, je suis en crise :

Il me faut brusquement un livre,
et pas n’importe lequel,
celui que j’avais dans les mains,
à ce moment précis.


Parfois, c’est très gênant. Je ne regarde même pas son prix, je l’emporte avec moi et je découvre ce qu’il vaut en arrivant à la caisse. Pour l’instant, j’ai eu de la chance, je ne suis pas encore tombée sous le coup d’un chèque sans provision à cause de l’un de ces coups de folie subite !

Je dois être frappée de folie raisonnable


De quoi donc voulais-je vous parler ?


Pas d’un dictionnaire médical… Je crois bien que c’est l’un des rares dictionnaires que vous ne trouverez jamais chez moi. C’est comme ça. Je  me rendrais malade rien qu’en lisant la description des symptômes, et j’aurais des montées de bile rien qu’à la pensée de  devoir me plier à la moindre ordonnance ! La meilleure solution étant, dans l’absolu, d’appliquer en guise de prévention efficace la méthode Coué : « Je ne suis pas malade » (à décliner à toutes les personnes et à tous les temps, de l’indicatif au subjonctif en éliminant le conditionnel puisque le but du jeu et de ne pas être malade, sous aucun prétexte).


Je le savais ! Vous êtes là, comme d’habitude, à feuilleter mes ouvrages, tout en me surveillant du coin de l’oeil. Mais sacré tonnerre de nom d’un petit bonhomme en sucre d’orge ! Vous croyez que je n’ai que ça à faire, d’être malade ? Non, je ne le suis pas… à part cette fichue habitude que j’ai de choisir n’importe quel livre !

Votre nom ? (C’est Quichottine qui interroge l’auteur)
Euh… est-ce que je vous ai demandé le vôtre ?
Votre nom ? (Moi, j’insiste ! On ne me le fait pas, à moi, le coup de l’amnésie !)
Ben… Louis Guillaume !

Louis Guillaume ? Connais pas, passez votre chemin, et reposez en paix, sur ces étagères…
Mais au fait… Louis Guillaume…
C’est lequel votre nom ? Louis ? ou bien Guillaume ?

Et voilà Quichottine bien ennuyée… Où le classer ce petit dernier de la liste : à Louis ? à Guillaume ? Diable ! c’est une colle ! (pas de la super glu ! Mais enfin, ça ne marche pas à tous les coups !)


Je ne sais pas… je cherche.

Et, vous savez, lorsque l’on cherche bien, il arrive qu’on trouve. Moi, je l’ai trouvé, Louis Guillaume, il était  là, tout beau, sur une page publiée par ses amis…

Je savais bien que je devais vous en parler.  C’est un grand écrivain, un poète contemporain.

Sa vie, j’en dirai peut-être quelque chose, un jour, mais pour l’heure, je ne veux que vous lire l’un de ces poèmes en prose qui  composent le recueil que je me suis procuré :  La Nuit parle

Louis-Guillaume.jpg



Chat !

Je suis derrière moi. Je me laisse en route. Je vais trop vite pour pouvoir me suivre… Je me suis perdu de vue !
Dès lors, pour me reconnaître dans le miroir, je dois ajuster mes lunettes. Ce visage flou, ces yeux plissés, que cherchent-ils ? Halte, cheveux ! Ne tombez pas à cette allure ! A la place de cette grève, on trouvait, jeune homme, une forêt ; à la place de ce hallier, des joues douces comme duvet de pêche. Coucou ! Me voilà : cette vieille photo jaunie est mon enfance.
Je suis derrière moi. Je n’ai plus, jeune homme, mes jambes de vingt ans. Alors, demandez-vous, pourquoi courir toujours ? Erreur, ce n’est pas moi qui cours, c’est L’AUTRE. Je le croyais derrière moi, et le voilà devant, très loin, déjà arrivé. Que je voudrais être à sa place ! Comme il doit être tranquille, dans l’album de famille, marchant à reculons, assez oublié pour renaître neuf !
Parlez fort, je vous prie, Je suis un peu sourd de ce côté. Vous criez qu’on ne me donnerait pas mon âge. Je le concède volontiers. L’exercice conserve, voyez-vous, et j’en sais d’autres de ma générationqui sont tout à fait immobiles. Ah ! Si je pouvais me rattraper, un jour, et me dire tout bas à l’oreille : « Chat ! »

(p.41)

Voilà… seulement une page parmi d’autres de ce poète breton. Je n’ai pas encore tout lu, parce que voyez-vous, j’ai le temps, le temps de savourer chaque ligne, le temps d’apprendre à le connaître ce monsieur Louis Guillaume, qui reçut, pour ce recueil, en 1961, le tout premier Prix Antonin Artaud.

Louis Guillaume, La Nuit parle
Préface
de Jean-Yves Debreuille
Editions L’Armourier, 2007
 

34 réponses à “Louis Guillaume

  1. J’aime le titre de ce livre « la nuit parle » oui la nuit nous parle, elle nous chuchote doucement, elle se répète….. Les miroirs nous parlent aussi, supprimons les mais gardons la nuit.

  2. Bonjour ma chère Quichottine, comment ne pas nous donner envie de lire.. tu es incroyable et tu n’existais pas il faudrait t’inventer.. Voilà que ce livre s’ajoute à une liste de livre que tu m’as donné envie de lire.. mais voilà je me consacre maintenant à dame nature et j’avoue que lire me manque tant… pourtant avant de m’endormir il faut toujours que je lise un poème, qqs pages… mais maintenant je m’endors à la première page.. honte à moi..

    Ta maladie je l’ai connue, et j’en ai passé des nuits à vouloir finir un bouquin qui m’avait pris dans ses bras et ne voulait plus me lâcher.. Cette maladie fait partie des « tocs » tu tournes les pages sans pouvoir t’arrêter… le remède : faire disparaître tous les livres des étagères.. alors ça il n’en est pas question.
    Le texte que nous soumet me plait énormément alors il faudra que j’aille voir si la Nuit parle.. mais de cela je suis convaincue.
    Une très belle journée et de gros bisous
    chantal

     

     

    • Merci pour ce commentaire qui me touche beaucoup… même si je ne suis pas sûre de mériter tous tes compliments 😉

      Je ne crois pas que ce serait facile de vider mes étagères !

      Bonne continuation pour tes activités au service de Dame Nature, elle est très exigeante !

      Belle soirée à toi

  3. Méthode Coué !  😉
    Si je n’étais pas déjà malade de lire, en venant t’écouter ici,  je le deviendrais !
    Tu me donnes envie de découvrir Louis Guillaume. Réédité pour son centennaire, je ne devrais pas avoir de mal à le trouver en Bretagne…
    Merci, amie Quichottine 

    • … malade de lire ? J’aurais bien aimé un nom qui sonne comme une épidémie… mais, comme tu en es atteinte, c’est aussi bien !!!

      Si tu ne le trouves pas en Bretagne, ce serait vraiment dommage !

      Et puis, tu vois, il s’agit vraiment d’un grand écrivain. C’était dommage de ne pas le connaître… je m’en veux beaucoup de ne l’avoir rencontré que très récemment !

      Merci à toi pour ta fidélité, Amie Siratus

  4. Merci d’enrichir un peu mes connaissances en oeuvres de toute sorte même si je n’ai pas le temps de tout lire,  ce nom grâce à toi je le connaitrai et un petit bout de lui aussi…Si un jour je le peux j’aprofondirai…Un poête breton : « double pied  » pour moi…bisous…bonne journée Quichottine..

    • Merci à toi ! Il faut dire que j’ai beaucoup aimé ces textes, courts et pourtant si « parlants » !

      Passe une belle soirée, Le Bigorneau

  5. C’est comme cela qu’un jour on s’aperçoit que l’on voit son avenir dans un… rétroviseur.
    Bonne fin de semaine.

  6. Trés belle page de cet auteur inconnu, pour moi. Je ne peux pas lire tous ces livres dont tu nous donnes envie…………..qui va garder les écureuils?  :)  A+

    • Je suis d’accord avec toi… il faut continuer à garder tes écureuils, ils sont superbes !

      Je comprends très bien que tu ne puisses pas tout lire. 😉

  7. Je crois que j’ai la même maladie que toi, concernant les livres…

    C’est plus fort que moi, ‘faut que je me l’achète. Une fois arrivée chez moi, soit je le dévore tout de suite, soit je goûte à quelques paragraphes mais ne le trouvant pas assez mûr, je le laisse un peu de coté pour le reprendre plus tard. En tout cas, je fréquente plus les librairies que les bibliothèques afin de constituer… ma propre bibliothèque…

    Louis Guillaume, je ne connaissais pas du tout… J’aime bien le poème que tu proposes: A déguster lentement pour donner l’envie d’en découvrir d’autres

    ;O))

    • Merci pour cette nouvelle visite, Elleiram.

      J’aime beaucoup la façon dont tu traites tes livres, je dois être pareille !!! 😉

      Passe une belle soirée…

  8. Je viens juste de quitter un poète qui est une poétesse, Geneviève Roch. Une maladie de saison ? Bon dimanche.

    • Une maladie de toujours, de tous les jours aussi !

      A très bientôt, LLT, passe une bonne soirée… et un bon dimanche, bien sûr !

  9. Moi aussi, je fais ça! Je prends un livre ou un cd ou une bd ou un dvd sur un rayon, je le retourne un peu dans tous les sens et je le feuillette un peu et je l’achète et souvent j’ai la surprise à la maison? Jusqu’ici pas de déception sauf une fois où je me suis rendu comte que j’avais déjà l’exemplaire de livre à la maison.

  10. Souvent entre amis et amies nous discutons et il est rare que nous ne devions consulter un dictionnaire ou un atlas

     

    Pour tes venues sur mon blog sans souci, nul n’est contraint et moi même parfois je suis consciente de ne pas aller sur tous les blogs que j’aimerai voir, mais la vie va, les hasards font etc 🙂

    merci encore

     

    • Je sais bien, mais il m’arrive de regretter de manquer de temps… J’ai tellement aimé voir avec toi de façon différente le monde des insectes… Tu as toujours de magnifiques images !

      Merci à toi….

  11. Je crois que j’ai la même maladie que toi, concernant les livres…

    C’est plus fort que moi, ‘faut que je me l’achète. Une fois arrivée chez moi, soit je le dévore tout de suite, soit je goûte à quelques paragraphes mais ne le trouvant pas assez mûr, je le laisse un peu de coté pour le reprendre plus tard. En tout cas, je fréquente plus les librairies que les bibliothèques afin de constituer… ma propre bibliothèque…

    Louis Guillaume, je ne connaissais pas du tout… J’aime bien le poème que tu proposes: A déguster lentement pour donner l’envie d’en découvrir d’autres

    ;O))

  12. Je viens juste de quitter un poète qui est une poétesse, Geneviève Roch. Une maladie de saison ? Bon dimanche.

  13. C’est bien malin ! Je viens te voir, je te lis. Ok, tout va bien. Je continue ma lecture et je poursuis avec cette page de Louis Guillaume que tu nous proposes et là je dis : et ensuite ? C’est malin, j’avais envie de plus. Tu m’ouvres l’appêtit, juste un peu…. oui, j’ai compris, il ne me reste plus qu’à l’acheter pour voir comment il fait parler la nuit. Mais en attendant, nous sommes vendredi et c’est la matin alors je te souhaite une très belle journée Quichottine. Merci pour cette découverte.

    • Merci à toi, Chana… J’aime bien me dire que j’arrive encore à te surprendre ! (rires)

      Passe une belle soirée… et un bon week end si je ne te revois pas…

  14. Rainette

    Je crois que j’ai souvent la même maladie que toi, sauf qu’avant d’arriver à la caisse comme je fais souvent mes achats avec ma moitié lui regarde le prix et me dit : tu ne pourrais pas l’emprunter à la bibliothéque ? Alors je me fais sage mais si le livre m’a plu, je repars l’acheter car j’aime avoir ces livres là chez moi car ils sont mes amis.
    Je ne connais pas ce petit Louis là, Olivia me dirait sans doute, encore une petite coque fromagère 😉
    Bises à toi Quichottine et un très bon week-end.

    • J’avoue que j’aime bien avoir certains livres chez moi. Pour la poésie, c’est important. Je trouve qu’on doit pouvoirr y revenir, la lire tranquillement, au fur et à mesure de ses envies… Emprunter à la bibliothèquen dans ce cas, ce n’est pas si simple…

      Merci pour la remarque d’Olivia, j’ai bien ri ! 😉 Fais-lui un gros bisou de ma part !

      Passe un bon week end toi aussi, Rainette !

  15. JE VIENS DE LIRE UN DE SES POEMES : » parce que tu étais là « 
     très beau ..merci

  16. prière d’insérer du livre reproduit un passage d’une lettre de Max Jacob à Louis Guillaume :

    « Nous sommes doublement liés, je le vois. L’amour de l’arbre ! « l’amour de l’arbre nous lie comme l’accent breton. Je prends pour moi le mot de Beethoven. J’aime mieux un arbre qu’un homme. Je l’avais dit avant de savoir que le génie était de mon avis. Du temps d’Apollinaire nous disions : « Il y a de l’arbre dans untel » ou bien « Il n’y a pas d’arbre dans untel » pour signifier la beauté produisante. Il y a sans doute de l’arbre en vous, c’est-à-dire (comprenez-moi, je vous prie et ne m’accusez pas de littérarisme) « de la racine ! » La faculté de trouver les accents qui venant du fond de l’homme s’adressent au fond de l’homme. »

    Max Jacob à Guillaume…

    • Normal… Tu vois, je ne connaissais pas… mea culpa… mais j’ai découvert qu’en fait il était quelqu’un de très important dans le monde littéraire du siècle dernier. Il était plus que temps que je le découvre !

      La preuve… cette amitié qui l’a lié à des « grands » de la littérature… comme tu le dis ici. Max Jacob était son ami, Bachelard a parlé de lui à maintes reprises… Je pense que j’ai failli passer à côté de lui sans le voir et j’ai honte !

      Merci de ces commentaires, Nymphea.

  17. En voilà un de plus qui s’ajoute aussi à mon envie… et breton de surcroît… Bonne fin de journée.

  18. pdt ton absence…je me promène et voilà un 3ème livre de ta bibli qui rejoint mon petit carnet… pour le moment, peut-etre resteront-ils là, en attente, d’un jour où je les découvrirai…les livres sont toujours en attente.. ils espèrent, nous espèrent… pourquoi tel jour et pas un autre, on ouvre celui là, ou découvre cet autre et pas le premier du petit carnet? En voilà 16 qui se promènent sur ces petites pasges, et cinq seulement qui se sont laissés découvrir, dont un qui ne veut se laisser ouvriri, trop compliqué pour ma petite tête, il ne veut se laisser approcher, peut-être n’est-ce pas le moment? Un jour viendra….

    • Merci… Tu fais partie de ceux qui sont retrounés sur mes anciennes pages, cela me fait très plaisir !

      Les livres, cela s’apprivoise, tu sais ?

      Et je suis sûre que tu le fais, si bien !

      Bisous, et merci d’être là !