Don Quichotte et les chevriers

Je me demandais ce qu’il fallait que je fasse ce soir… Est-ce que je devais revoir un peu ce qui est resté « en suspens » ces temps-ci ? Le défi de Clerval par exemple ? Ou est-ce que je devais continuer avec vous un peu la lecture de Don Quichotte ?

C’est vrai que – quand j’y pense – je vous ai laissés en plan avec un chapitre d’introduction à une nouvelle aventure.

Dans les analyses, ça s’appelle l’aventure des chevriers… une histoire dans l’histoire, un roman pastoral dans le roman de Cervantès… Une digression cervantine.

(Tiens, c’est joli, ça ! Digne de Quichottine…)

Bon, je plaisante.

En fait, il faut vous imaginer Don Quichotte et Sancho, tous deux assis sur l’auge retournée que les chevriers leur ont préparée… siège improvisé…

(…Mais il vaut mieux qu’une station debout qui doit être pénible en fin de journée, surtout après le combat que Don Quichotte a mené contre le Biscaïen… Vous vous souvenez ?)

Ils ont mangé… et là, l’un des chevriers…

« C’est un jeune berger fort entendu et fort amoureux, et qui surtout sait lire et écrire, et joue si bien d’un rebec qu’on ne saurait souhaiter rien de mieux. » (p.95)

Tout ça ?

Il faut expliquer… fort entendu ? Je me demande ce que Cervantès veut dire… D’ailleurs, qu’est-ce qu’il dit ?

« es un zagal muy entendido y muy enamorado, y que sobre todo sabe leer y escribir y es músico de un rabel, que no hay más que desear. »

Muy entendido… « Très entendu »… ce pourrait être « compris »… mais les traducteurs ne l’entendent pas de cette oreille !

Aline Schulman, dans sa version « moderne » l’a transformé ainsi :

« C’est un jeune berger très beau parleur et très amoureux ; il sait lire et écrire, et il joue de la viole à faire pleurer les pierres. » (p.128)

C’est joli… J’aime bien… Mais…

D’après vous, quelle différence y a-t-il entre un rebec et une viole ?

… et lequel serait le plus proche de ce que l’on entend en Espagne quand on parle de rabel ?

Pour la suite, nous verrons demain…

…si vous le voulez bien !



La première citation est extraite de ma version habituelle :
Traduction de César Oudin et François Rosset, revue par Jean Cassou pour le volume paru aux éditions Gallimard « La Pléiade » en 1949. Mon volume personnel est l’édition de 1963.

La seconde, de la première de mes versions espagnole :
Texte revu par Martin de Riquer, Editorial Juventud, 1966.

La troisième de la version « moderne » dont on parla beaucoup lors de sa sortie :
Traduction d’Aline Schulman, collection « points », Editions du Seuil, 2001. (première publication du texte en 1997)

44 réponses à “Don Quichotte et les chevriers

  1. Et une petite image pour les mal comprenants ça n’aurait pas été de trop ! C’est pas du jeu d’aller envoyer une image sur un autre article.
    J’ai une réunion à 10 h moi, madame, pas que ça à faire aller chercher des images 🙁

    • Ben si… L’image, tu l’auras demain ! Là, c’était seulement une aide ! Je ne vais pas tout faire moi… Juste donner quelques clefs !

      … et bonne réunion !

  2. L’instrument de musique,vraiment, je ne connais pas…..mais très intéressante la traduction de " fort entendu"….capable, rusé ou connaisseur ??????….ou autre….il faudrait que je compulse tous mes dicos de synonymes…..et meme, on n’est jamais sur !…

    • J’aime assez ta traduction… En fait, il faudrait que je consulte le Littré pour voir les différentes significations du mot « entendu » à cette époque. Tout est possible.

      Passe un bon mardi, Chris.

  3. J’ aime bien tes liens sur les instruments de musique. Vu le format de la viole, je pencherais plutot pour le rebec. Ceci dit, la polémique autour des traductions sera toujours de mise, car chacun y met de soi : sentiments, passé littéraire, imagination…….
    Pour le traducteur se pose l’ éternel probléme :
    traduire des mots ou traduire du sens ?
    Evidemment, selon l’ optique, le résultat est différent…..Bisous et bonne journée:)

    • Ou traduire pour susciter chez le lecteur quelque chose d’équivalent…

      C’est pas évident, c’est pour ça que je ne suis pas traductrice !!! c’est trop dur comme boulot !
      Bon après-midi à toi, Clo !

  4. Parlant de Quichotte, j’ai eu dernièrement entre les mains mais je l’ai échange le avallaneda la seconde partie de don quichotte faite dans le dos de l’auteur 🙂
    elle datait de 1856 pour la traduction française  et était aux armes belges avec frontispice ayant appartenu à un nom de la noblesse de belgique dont j’ai oublié le nom , j’ai vu qu’il y avait eu une sorte de reprint en 2006 uniquement …
    Bises Quichottine 😉

    • Ah !!! Tu vois, j’avoue que je ne l’ai pas lue… j’ai commencé pourtant, il y a longtemps, et on en parlait tellement à la fac que ça m’a fait fuir… Il faudra que je la lise parce qu’il paraît que c’est fort savoureux !

      Bises à toi aussi, passe un bon après-midi.

  5. Puisque mon pb de newslettre est réglé, je me suis abonné…

  6. Je ne connaissais pas le rebec, mais c’est peut être celui qui se rapproche le mieux du rabel, ne serait ce que par le nom  😉 bonne soirée Quichott’

  7. ZOLPPANE

    Coucou Quichottine… quel plaisir, je ne le dirai jamais assez. A chaque fois que je viens ici, j’apprends…. J’ai la main droite qui fait tourner la molette de la souris, mon visage est appuyé dans ma main gauche et j’ai les yeux à te lire encore et encore…..dépaysement total… Merci Quichottine, je t’embrasse très fort

  8. Un de ces quatre, il faudra que je lise ce fameux Don Quichotte. J’ai l’impression de passer à côté de qqch d’important.
    En plus, j’en ai une très belle édition (récente, de chez Seuil).
    Bonsoir Quichottine.

    • Il faut le lire, Val’r… mais sans s’y sentir obligé, à son rythme… Tu vois, là, je lis peu à peu… bon d’accord, je connais déjà l’histoire, mais là, je déguste. Il faudrait par moment s’arrêter sur chaque mot…

      Bonne nuit Val’r

  9. Après avoir mangé …et bien bu, tu as oublié  "la corne"de vin, passant de main en main,  comparée à une noria !
    Et Don Quichotte fait un discours sur les glands…
    Le jeune berger qui va les distraire…"c’est un garçon plein d’esprit et très amoureux. Il sait lire et écrire, et il chante et joue du rebec d’une façon irréprochable".
    Encore une autre traduction ! De Francis de Miomandre, 1948
    Belle nuit
    Gros bisous 

    • Waouh !!! Il va falloir que je ressorte les autres versions ! J’ai affaire à forte partie !!!!
      Tu as raison, ils ont bien bu… et don Quichotte sur l’image que j’ai montré de Dali, dans mon article précédent, fait son discours un gland à la main… merveilleuse vision !

      Bon, je donnerai toutes les versions (ou du moins toutes celles que j’ai) demain !

      La traduction de Miomandre est la préférée de bien des chercheurs. Je crois qu’elle a beaucoup servi pour les versions enfantines parce qu’elle n’est pas trop alambiquée… Allons, nous ferons un exercice de littérature comparée demain (façon Quichottine bien sûr ! … avec des pirouettes lorsque je ne sais pas !)

      Belle nuit Siratus ! Je t’adore !

  10. Magnifiques tes liens sur les instruments de musique !
    Et passionnant de se pencher sur les diverses traductions  d’une même oeuvre . 
    Malheureusement, je manque d’éléments pour apporter de l’eau à ton….moulin …

    Bisous du matin . ( Merci pour le petit lien que j’ai vu aussi ! )

    • Si tu te mêles de mes moulins… je vais avoir un peu de mal ! MDR !

      Pas de problème Clerval, je vais plancher un peu, mais j’adore ça !

      Tu vois, ce que j’aime, dans la nouvelle lecture d’un livre, c’est de pouvoir continuer à faire des découvertes… avec Don Quichotte, je suis servie !

      Passe une belle journée, Clerval.

  11. quelles belle élocution et écritures ….quelqu’un qui s’intéresse a tous les arts bravo bises /Iris

  12. Rainette

    Coucou,
    Moi qui comprend l’espagnol je trouve la première version mieux que la seconde… maintenant je ne sais pas tellement ce que signifie le mot  rabel !
    Mais de toute façon quand je te lis je me pose même pas la question, je te fais confiance hihihi.

    Bises du mardi Quichottine.

    • Je pense que la première version est la bonne, littéralement parlant, mais la seconde se comprend mieux aujourd’hui. Elle est plus adaptée à ce qu’on peut imaginer. Ceci dit, celle donnée par Siratus est très belle aussi. j’aime bien voir comment les textes évoluent au gré de leurs traducteurs.

      Pour le rabel… réponse cette nuit.

      Rainette ! Passe une bonne journée.

  13. bonjour quichotine adorée 😀
    le titre, demi deuil, c’est le nom de ce papillon!!!
    bisous et bonne journée et @ bientôt

    • Ah… tu vois, Michka, j’aime les papillons, mais je n’y connais pas grand chose. Merci de m’avoir donné son nom. Il lui va bien ! Bonne journée à toi et bon voyage…

  14. Belle journée, Quichottine !
    Quel plaisir de venir ici, apprendre agréablement tous les jours.
    Je découvre que "zagal" a donné aujourd’hui "chaval"…
    Gros bisous 

  15. Juste un petit bonjour ici Quichottine. Je me suis livrée ailleurs. .. A Yeur… Passe une bonne fin de journée.

  16. Mon Quichotte est effectivement très accessible…je ne suis qu’une grand(e) enfant, vois-tu…
    lol  

    • Ce n’était pas une critique, au contraire Siratus… j’adore savoir que tu es encore un peu enfant… affectueux… plein !

  17. Sylvaindu29

    Bonne soirée dans tes belles lectures…

    à bientôt.

  18. Muad' Dib

    Coucou Quichottine, une fois encore, quel plaisir de se perdre dans tes explications en oubliant les convenances et en imaginant un ptit air de rebec joué par ce jeune chèvrier …
    Gros bisous,

    • Merci d’être là, Muad… Moi, j’étais pas loin… aujourd’hui je préparais la visite d’un musée virtuel qui te plairait bien je crois !

  19. Bravo à toi pour cette belle écriture, bises

  20. Bonne nuit, Quichottine !
    J’espère que tu vas bien.
    Gros bisous affectueux 

  21. Roland Ivy

    Ils ont bien mangé mais surtout, ils ont bien bu (surtour Sancho qui a fait honneur à l’outre).

    Ce que je retiens du jeune berger aux talents diversement exprimés en fonction des traductions, ça n’est pas l’instrument dont il joue, c’est qu’il est capable de faire « pleurer les pierres ». Faut dire qu’il doit pas avoir l’occasion de croiser trop de gentes demoiselles…