Martine Polly, À l’ombre de Wotan

Pourquoi ne vous l’ai-je pas encore présenté ? Je ne sais pas. Peut-être pour ne pas faire passer une aminaute avant l’autre, peut-être parce qu’elle est déjà bien représentée sur mes pages.

Mais c’est comme si j’avais voulu garder pour moi un moment d’émotion, et, cela ne me ressemble pas.

Martine Polly écrit, beaucoup, même si, en ce moment, on la croise très peu sur la Toile. Il faut du temps pour écrire, du temps pour partager. Martine a des idées, et l’art pour nous permettre de « voir » ses films ailleurs que dans une salle obscure.

Eh oui ! Avec ce scénario, pas si nouveau puisqu’elle l’a déposé depuis longtemps dans un petit coin de son blog, trop bien rangé, elle nous donne à nouveau envie de nous caler dans notre fauteuil, et de ne plus rien dire.

Ne plus rien dire… ou presque.

D’abord, observer les personnages, faire connaissance.

Ensuite, les suivre au fil des pages, comme nous le ferions dans un roman, mais mieux, parce qu’il n’y a rien en trop, pas de longueurs, pas d’effets superflus.

Enfin, réfléchir, à tout ce qu’elle a mis derrière l’intrigue, derrière ces rencontres.

Parce que c’est cela, À l’ombre de Wotan, une suite de rencontres autour d’un personnage dont on découvre peu à peu le « pourquoi » de la première image donnée.

« Dans la cave il s’est aménagé un petit coin tranquille, matelas, chaise et table de camping, un duvet, quelques cagettes avec des effets usés, quelques autres avec des victuailles de première nécessité. Un réchaud est posé sur la table. Il fait très noir, il attend assis sur un vieux matelas, le dos calé contre un mur. Il a dans les oreilles des écouteurs reliés à un baladeur. Il fredonne.
Le jour perce à travers une trappe, une ouverture à charbon mal refermée par une planche de bois, dans laquelle quelques orifices permettent d’apercevoir des pieds passer sur la chaussée, quelques talons hauts qui claquent, il regarde, le nez levé.
Quand l’agitation du jour qui se lève commence à battre son plein, il s’étend sur son lit de fortune, s’enroule dans le duvet, et sombre pesamment dans un profond sommeil. »
(p.3)

Lui, c’est Roland, mais on ne le saura qu’à la séquence suivante. Roland, un homme capable de baiser la main d’une femme – sans domicile fixe – capable de raconter la vie d’un martinet.

Elle a trouvé un oiseau… il est presque mort, mais c’est ce « presque » qui est important.

« Roland rejoint les deux acolytes assis sur un banc. Marcel, un bougre à la carrure d’athlète a déjà entamé une bouteille de rouge, et la femme affublée d’un large manteau sombre et d’un chapeau déformé grignote un morceau de saucisson.
– Ça va, Constance, en forme ? demande Roland en lui baisant la main.
– Ça va l’aristo, ça va ! Regarde ce que j’ai trouvé.
Elle lui montre un oisillon, il le prend dans sa main et caresse le bec recourbé.
– C’est un très jeune martinet. Il faut lui apprendre à voler sinon, il va mourir.
– Ah ! Donc ! et comment je fais pour lui apprendre, moi, j’ai jamais volé.
– Toi ? T’as jamais volé ! dit Marcel en pouffant.
– T’es crétin, toi alors ! on parle pas de la même chose. Pourquoi il peut pas apprendre tout seul ? Déjà qu’il bouge pas du tout, comme s’il était mort, si on sentait pas son petit cœur on le croirait.
Roland lui caresse les plumes avec délicatesse, il observe le petit bec recourbé, l’œil affolé.
– Les martinets vivent en volant, dorment en volant, mangent en volant, s’ils se posent, c’est la fin pour eux, dit-il.
– Eh ! comment ils font pour leurs œufs ? demande Constance.
– Ils couvent dans les toits.
– T’en sais des choses, tu m’épates toujours, toi. Tu devrais pas être là avec nous. »
(p.6-7)

Il ne devrait pas être avec eux sur un banc, à la nuit tombée, en train de partager le reste d’une tarte ramassé dans une poubelle. Non, c’est vrai… mais nous n’allons le découvrir qu’un peu plus tard, beaucoup plus tard.

Vous raconter Roland ? Vous dire comment il vole au secours d’une jeune femme dans la rue, tel un preux chevalier ? Vous raconter la suite de cette histoire où chacun, peu à peu, trouve sa place ? Vous montrer Lysiane, une jeune inspectrice, vous raconter Mercier, son oncle-commissaire de police et les rapports qu’ils entretiennent ? Vous parler de Wotan, de ce personnage wagnérien mais qui, ici, trouve une autre vie ?

Non, pas vraiment. Juste vous dire que Roland est le fil conducteur à ne pas perdre, comme il ne faut pas perdre l’image de cet oiseau, si fragile, si faible, qui doit apprendre à voler.

Et puis… vous laisser aller à sa rencontre et le découvrir à votre tour sur les pages d’un très bon livre.

Martine Polly, À l'ombre de Wotan

Merci, Polly, pour le moment très fort vécu grâce à tes mots.

Martine Polly
À l’ombre de Wotan
TheBookEdition, « Arabesques », 2009

67 réponses à “Martine Polly, À l’ombre de Wotan

  1. Un seul commentaire sous cet article dans la bibliothèque, aujourd’hui disparue.

     

    Commentaires

    Voilà. Tout lu. De tes commentaires du moins. Reste à trouver « le temps, le temps, le temps et rien d’autre ». Je propose d’organiser une battue pour le capturer, et on pourrait l’emmener en Quichottinie ?

  2. tout donne envie de tout quand tu en fais le récit !! c’est simple comme un fil pour moi, tu tiens le bout, et je rembobine tes mots pour mieux te rencontrer, il n’y a plus de temps à compter, la bibliothèque est calme et je m’y repose corps âme !! merci Quichottine mes visites à cette heure sont d’une volupté incomparable ! bizzoux , je finis mes visites quelques liens encore à rembobiner!

    • Merci, Pascale. C’est vraiment gentil…

      Tu sais, il ne faut pas suivre tous les liens, tu risques de t’épuiser.

      Ce sont des portes à ouvrir, si tu es curieuse, si tu as le temps… mais nul n’est obligé de le faire.

       

      Ceci dit… Je n’ai pas fini de parler de Martine… deux articles encore à venir.

  3. j’aime bcp ce que fait polly j’aime son écriture

    besos

    tilk

    j’en ai rencontré des personnes comme ça dans mon travail

    elles apportent énormement autour d’eux…

  4. Encore un livre qui donne envie d’être lu grâce à la passion que tu mets à le raconter en laissant des zones d’ombres…et ma pile de livres qui se transforme en montagnes de livres à lire absolument…et ce temps qui file en laissant ce sentiment d’énorme frustration de ne pouvoir tout faire…Je note, Quichottine, oui je note sur mon petit carnet à l’étiquette « A lire absolument » qui me nargue chaque jour un peu plus…

    Bravo à Polly qui a su aller jusqu’au bout, jusqu’au point final !

    Gros bisous ma Quichottine !

    • J’ai aussi un carnet… et je sais pourtant que je ne pourrai jamais tout lire.

      Qu’importe ? J’ai lu les livres dont je parle, J’ai envie de partager avec d’autres les émotions ressenties.

       

      Et pourtant… je sais que chaque livre représente un risque pour celui qui me lit. Aimera-t-il ce que j’ai aimé ? Aura-t-il aussi ce ressenti ?

       

      Je ne sais pas… Je ne sais pas du tout.

       

      Gros bisous, ma Nicky. Merci d’être passée en mon absence.

  5. c’est une personne qui sait observer pour faire de tels récits, même s’il en change la trame, le fond est bien là !!

     

     

    Belle journée, Quichottine, bises de nous deux !

    • Elle sait observer, c’est certain… et elle sait aussi trouver les mots qu’il faut.

       

      J’espère que tu as passé une belle journée aussi. Bises affectueuses à vous deux.

  6. Je n’ai pas la grâce du martinet, je suis juste un bon gros piaf curieux, qui adore se poser sur le rebord de toutes les fenêtres que tu nous ouvres. Merci de nous donner ces miettes à picorer, mais ne laisse pas traîner la tartine !

  7. patricia11

    Les martinets se posent sur les fils électriques pour se regrouper quand vient pour eux le moment de partir vers des contées plus chaudes.

  8. C’est vrai que ca donne envie de le lire…

    J’aime bien Polly , meme si ca fait un moment qu’on ne s’est pas vus sur la toile .

    • Polly n’y vient plus… Ou presque.

       

      Mais j’espère qu’elle écrit, et que d’autres livres paraîtront.

       

      Merci, Felix.

  9. Yon résumé me fait penser à un roman de Fred Vargas dont je ne me souviens plus le nom

  10. Génial moi ça me plait, je vais en faire bon usage, à déguster avec modération

    Gros bisous

  11. Dès demain j’aurais un peu plus le temps… rien que pour moi… Je prends des livres pour mon séjour-filles.

    A bientôt. GROS BECS.

  12. Impression de  » participer  » à ces moments où l’écriture retient l’émotion, à ces flashs ressentis qui la libère soudainement … Quichottine, tu possèdes l’art de transmettre une envie de lire, et aussi entre les lignes …

    A bientôt. Bises, doucement ensoleillées …

  13. Voilà je viens de passer « mon moment » auprès de toi, à lire tranquillement tes pages avant peut-être mon départ.

    Pas de hasard non, jamais je persiste et signe

    Dans mes bras je te serre comme sur le quai d’une gare, oui toi.

    Cela me projette de nombreuses années en arrière, quand, pour la première fois je suis partie en Afrique en congés pour un mois et j’y suis restée vingt ans.

    Je souffle un baiser de ma main vers ta joue belle très belle Quichottine

     

     

    • J’aime bien quand tu persistes et signe ainsi.

       

      Je te réponds par ce dernier article en espérant que tu auras le temps de lire ma réponse.

       

       

       

       

       

       

       

      Je n’aime pas les adieux.. alors, ne m’en veux pas si j’ai de la peine de te voir partir.

      N’y restes pas vingt ans, tu veux bien ? Tu m’a promis de revenir.

      Je t’embrasse très fort. Prends soin de toi.

  14. Comme tu racontes bien: tu nous donnes envie de continuer la lecture de ce roman.Ces personnages semblent bien  sympathiques et attachants  .Je vais aller voir l’éditeur. Bises

     .

  15. Bonne soirée !!!!

  16. je n’ouvre que les liens qui me plaisent ! ne t’inquiète pas ! je lis très vite mais cela ne m’empêche pas d’en aspirer la moelle qui va me sustenter en attendant le prochain chocolat!! hihi! chez toi c’est ma préparation à la méditation avant de rejoindre ma couette !, si tu voyais mon installation…..

    • Tu es là ? Chouette alors !

      Je suis contente de te voir confortablement installée…

      Merci, Pascale jolie ! Gros bisous de la nuit pour toi.

  17. Sais-tu si c’est un livre que je peux trouver par ici?Je les prends en note, mais c’est pas toujours trouvable. Tu en fais une belle description.

    • Je pense que la meilleure façon est de le commander chez l’éditeur… comme c’est un éditeur en ligne, ce doit être possible. Si tu cliques sur le nom de l’éditeur, tu en auras tous les renseignements nécessaires.

  18. Martine écrit moins, Martine à moins de temps, pfffff c’est fou quand même

    mais où est passé ce temps, nous cherchons tous, nous en demandons tous un peu

    Elle est bien joli cette histoire, et tu sais l’autre jour, j’écoutais une émission, sur les SDF, et la plupart du temps, leurs histoires sont belles, ils sont toujours près à s’aider, à rendre service, ils sont touchants et émouvants

    Ah si la société pouvait changer, laisser la place à tout le monde mais bon, je m’égare là, seulement Roland m’ a attendrit

    Bisous

    • Il m’a beaucoup touchée aussi… je l’avoue.

      Martine a le talent qu’il faut pour émouvoir en faisant « entrer » le lecteur dans l’histoire qu’elle narre.

      j’ai aimé.

       

      Merci, Corinne, pour ta présence et pour tes mots.

  19. C’est sûr qu’on a envie de lire ce livre…Merci du partage.

    Bises.

  20. merci pour cette découverte

  21. Je ne connais pas Martine Polly mais d’après tes extraits ces livres semblent intéressants. Bonne soirée !

  22. Tu as toujours l’art de mettre en valeur tes lectures Quichottine, on a envie de te suivre à chaque fois dans tes nouvelles découvertes.
    Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas pu aller visiter son lien, je fais juste une petite coupure, nous sommes invités chez mon frère.
    Je te remercie de tes passages ma Quichottine.
    Gros bisous

    • Ne t’en fais pas Santounette. Je suis vraiment contente que tu aies pu passer malgré tes nombreuses occupations.

      Merci à toi. Gros bisous.

  23. qu’un bisou vole jusqu’à toi, la rederie m’a épuisée…

    c’est bon de lire…

    belle fin de dimanche te souhaite

    • Merci… Belle fin de dimanche à toi aussi. (C’est presque lundi quand je te réponds… )

       

      (Chut… approche un peu. Tu m’affolles avec la teneur de tes articles… c’est très profond, plein de pensées à méditer… Comment veux-tu que l’on puisse te commenter tout ça ? Surtout après une journée bien remplie.)

  24. kikou Quichottine
    Je profite d’un bref retour at home entre 2 séjours hospitaliers pour venir te saluer !
    Je vais programmer mes articles pour les 2 mois à venir, je ne pourrais donc pas suivre l’actualité!
    biisous @+ ***

  25. Je ne connais pas Martine Polly mais le bien que tu en dis et les extraits de son livre me donnent envie de la découvrir. Merci Quichottine

  26. Quichottine

    Un seul commentaire dans la bibliothèque sous ce billet… de Galet.

    • Voilà. Tout lu. De tes commentaires du moins. Reste à trouver « le temps, le temps, le temps et rien d’autre ». Je propose d’organiser une battue pour le capturer, et on pourrait l’emmener en Quichottinie ?

      Commentaire n°1 posté par Galet le 30/01/2010 à 16h40
  27. Marc Lefrançois

    Il faudrait que je note toutes ces lectures à faire… ah, je ne vais jamais m’en sortir…

  28. Muad' Dib

    Coucou Quichottine, tu en parles à merveille en attisant notre curiosité.

    Je te souhaite une très belle journée.

    Bises,

  29. Hélène.

    Quichottine, là, tu abuses!

    Ne t’arrêtes-tu donc jamais?

    J’ai lu tout ton article, mais pas les liens… Journée lourde…

    Il faut que je consacre au moins plusieurs heures pour me poser chez toi…

    Bisous,

    Hélène

    • Pauvre Hélène !

      Tu as raison, je n’arrête jamais…
      En fait si, mais, là, j’ai triché. J’ai fait paraître les billets qui étaient dans la nouvelle bibliothèque, tu sais, celle que je détruis…

       

      Il fallait bien que je les remette ici… Tu ne crois pas ? Je n’allais pas les laisser repartir au néant alors que j’y parlais de livres qui me tiennent à cœur ?

       

      Ne t’en fais pas… le déménagement est presque terminé.

       

      L’embêtant, c’est que je suis revenue…

       

      Je t’embrasse très fort.

  30. patdelapointe

  31. Curieux personnages et pourtant tellement palpables dans leur quotidien !!!

    Je ne doute pas que ce soit un très bon livre.

    Bisous ma Quich’ 🙂

  32. Martine Polly a un très grand talent, ça c’est une certitude. J’ai eu un tout petit aperçu de ce qu’elle peut écrire, grâce à toi. Et son écriture est tès éclectique…

    Bonne nuit et bon retour ici.

  33. il me semblait avoir déjà lu ce billet mais tu as raison, Polly est quelqu’un de simple et de remarquable à cause de son talent et de sa simplicité malgré tous les combats qu’elle mène, de vrais combats dans lesquels elle s’implique toute entière!

    bises Quichottine

    • Merci, Azalaïs, pour tes mots sur Polly.

      Tu l’avais peut-être lu sur le blog que j’ai supprimé, mais tu ne l’as pas commenté là-bas.

       

      Par contre, tu avais laissé un commentaire sous le billet où j’annonçais cette publication.

      Merci infiniment pour ta présence.

  34. Quichottine

    Un commentaire a été déposé par Christian à ce sujet…

    Il faudra le recopier ici.

    • Voilà le commmentaire de Christian. OB lui a joué des tours…

      Ce commentaire était destiné à la note : A l’ombre de Wotan, mais je n’ai pas pu le déposer. Je le mets donc ici.

      Tu nous avais parlé avec chaleur et conviction de Martine Polly. Obéissant et curieux de ce qui bouge, je me suis procuré son livre : A l’ombre de Wotan. Il n’est pas très gros, il voyage vite par la Poste et il est toujours sur ma table de chevet.

      Il est en compagnie d’un livre de PoÂmes, un abécédaire Ethiopien et un recueil de nouvelles de Maupassant.

      Comme elle ne vient plus sur la toile, dis lui simplement que je suis aussi devenu sourd en lisant ses textes. Je te remercie de me l’avoir fait connaître.

      Bises du grillon

       

      Merci, Christian. Ton commentaire m’a beaucoup touchée. Il me conforte dans l’idée que ce n’est pas inutile de parler des livres que j’ai aimés.

      (Pour que Martine sache bien de quoi tu parles, il lui faudra lire un autre commentaire. Celui où tu explique que tu lis en te coupant du monde extérieur, comme si tu étais sourd, lorsque cela te plaît.)