Il était une fois… don Quichotte (fin)

Voici la suite de l’histoire commencée ces jours-ci. Je vous la montre sans décor… Mais avec les fleurs que mon amie Clo a déposées en commentaire au début de l’histoire, sans savoir que le second épisode en comporterait…

Merci, Clo, pour ces violettes… impériales !

Violettes_Clo_180608


Don Quichotte n’avait pas compris qu’un vol de simples fleurs pouvait être si important à ses yeux que cela le rendrait très malheureux.

C’est vrai qu’en se réveillant de son rêve de gloire, il lui avait semblé qu’il manquait quelque chose. Un rien, une lumière, un parfum, ou le chant d’un oiseau, la caresse du vent ?

Il avait parcouru du regard son logis. Il ne savait plus trop ce qu’il y avait mis.

Sur les étagères qui autrefois luisaient d’une cire aux lointaines senteurs de miel, la poussière aujourd’hui s’accumulait, en un ouateux tapis.

Les araignées patiemment y tissaient leurs toiles. Entre les Essais de Montaigne et les Odes de Ronsard, une famille souris avait bâti son nid. Les petits gentiment escaladaient les livres et glissaient sur les Sonnets de Shakespeare. Parfois, ils se battaient pour être les premiers à dévorer Hamlet… c’était leur préféré !

(Parce que le papier n’était pas détrempé !)

Là il ne manquait rien. Le chat de la maison était interdit de lecture !

(Le pauvre resterait à jamais illettré !)

Au plafond rien de plus, quelques mouches moroses, qui, comme le maître de ces lieux oubliait volontiers ses repas, n’avaient plus rien à se mettre sous la dent ! Elles rêvaient de sucreries, d’immenses pièces montées, garnies de nougatine et de crème pâtissière au parfum de vanille !

Et puis à la fenêtre, l’araigne des jardins montrait son épée d’or au soleil du couchant.

(C’était une très vieille épeire,
elle avait toujours vécu là,
dans l’embrasure de la fenêtre
où nul n’osait la déranger.)

Notre chevalier était bien ennuyé !

Était-il devenu fol ? Ou bien les méchants enchanteurs avaient-ils ravi à jamais sa mémoire ?

Il manquait… un parfum, la couleur azur d’une potée !

Qui la lui avait prise ? Qui donc avait osé ? Un méchant larron avait franchi la porte de son antre secret, plus que cela, on s’était forcément moqué de lui puisqu’on était entré alors qu’il était là !

Qui donc avait osé ?

Il avait pris son armure et son épée, il avait délaissé ses livres, et il était venu vers toi, toi la Dame de ses pensées, pour y chercher le réconfort… Mais il aurait voulu pouvoir te retrouver en ayant résolu l’énigme, en ayant pourfendu le méchant et c’est alors en vainqueur que tu l’aurais accueilli.

Tu lui aurais donné les lauriers de la gloire au lieu de te pencher vers lui, avec une tendresse un peu moqueuse :

« Dis-moi qui t’a fait du chagrin…
ça va vite passer… allons bon, ce n’est rien ! »

Mais si !

Le monde d’un géant peut s’écrouler
s’il manque une fleur à ses pieds !

44 réponses à “Il était une fois… don Quichotte (fin)

  1. si tienes mucha razon yo no soy un gigante pero  se de lo que hablas…..
    besos
    tilk

  2. Ton conte fleuri est plein de tendresse, Quichottine.
    Gros bisous, Amielle

  3. Merci pour ce joli conte qui nous a fait voyager au pays de Cervantes.
    Bon jeudi ! Bisoux.
     

  4. Tu es une magnifique conteuse

  5. Bonjour depuis Canton en Chineben,pourquoi le chat y peux pas rentrer, tu l’empêches de faire son boulot ! il est né pour chasser les souris,lettrées ou pas;=), bonne journée bye A bientôt sur http://dany.enchine.over-blog.com/

  6. c’est vrai, une « fleur » manque et la vie s’écroule. J(‘aime bien tes mouches et leur gourmandise !!)
    Bises

  7. Quel plaisir de te lire !! Tu écris si bien…

  8. La derniere phrase est merveilleuse, Quichottine, et elle dépeint bien ton héros préféré

  9. Au-delà de la talentueuse conteuse que tu es, tes petits apartés sont à croquer

  10. C’était l’été…

  11. jj’ESPERE QUE LE CHEVALIER VA VITE COMPRENDRE QUE SES FLEURS ONT ETE DEROBEES PAR UNE SERVANTE … qui, vu sa condition, avait sans doute besoin, d’un peu de bleu, dans uen vie de lourdes tâches … ET Qu’il fera mine de n’avoir rien vu …
    LIZAGRECE

  12. Et ça arrive à tous les géants… pas seulement les géants de papier…

  13. Je passais, comme ça…
    Si, si, je suis bien au bon endroit. Tu sais, je reste pas longtemps parce que j’ai encore deux ou trois petites choses à écrire pour demain… A bientôt…

  14. Je me doutais bien qu’il n’allait pas apprécier l’indélicatesse de sa servante Don Quichotte, un seul bouquet de fleurs vous manque et toute la maisonnée se sent abandonnée.
    Les belles violettes de  Clo vont peut-être lui redonner le moral.
    Santounette  

  15. Que c’est beau un Don Quichotte ému par une petite fleur qui lui a été volée…!…merci Quichottine…je te fais des gros bisous…et je vois que tu es toujours dans ton ménage, mais il est beau ton blog..tu peux le laisser comme ça maintenant …

  16. oui tout’univers dépend des fleurs !!! quant à l’odeur des fleurs il y en a de moins en moins , les violettes ne sentent lus , le chevrefeuilles sentent moins , reste le jasmin en bord du désert et les roses de Narcisse qui sentent si bons , on pourrait en envoyer à don quichotte pour le consoler ?
    bisous d’iris

    • Je ne sais, je crois qu’il trouvera à Yeur son réconfort… et puis, après tout, il va devoir retourner sur les pages de son roman !

      … je dois en continuer la lecture, tu ne crois pas ?

      Bisous à toi aussi

  17. j’avais lu « les petits sentiments escaladaient les livres…. »j’aime bien ton refuge ..tel qu’il est maintenant .j’avais répondu à ton com sur l’école ..là bas ..je t’ai dit aussi que j’attendrais ta participation .si tu desires te joindre à tes camarades …PAS OBLIGE ..non non pus symbolique  pour tous .
    Je suis en mauvais état et je laisserai jusqu’au week end  pour les retardataires !…bisettes

    • Je suis désolée que tu n’ailles pas bien, Nymphéa.
      J’espère que ce ne sera pas trop grave…

      Je t’ai apporté mon « rimaillage » pour ton dernier jour d’école…

      Sans titre

      Maîtresse, près du mur, a semé des pavots,
      De grands pavots de sang qui ondulent au vent
      Et nous feront rêver, aujourd’hui et souvent,
      À la petite class’ dont elle était pivot.

      Elle avait, de ces jours sans vacances ni trêve,
      Enfermé les regrets au creux de son mouchoir.
      Elle nous observait, seule sur son perchoir,
      Partageant sans compter richesses et savoir,
      Ne gardant rien pour elle (il eût fallu prévoir,
      Se préserver un peu, garder un peu de sève)…

      Les mots que nous posions sur le vieux tableau noir,
      Mots du cœur, de l’esprit, ou page un peu trop brève,
      Posés là, sans vergogne au délai qui s’achève,
      Lui disaient nos chagrins, lui chantaient notre espoir.

      Elle avait tant aimé, par peur de décevoir,
      Rimailler gentiment, même les soirs de crève !
      Elle agitait sa main, pour nous dire bonsoir,
      Nous regardait partir, attendant la relève,
      Nous, ces enfants rieurs qui marchions sur la grève,
      Qui ne laisserions pas de pouvoir l’émouvoir.

      Maîtresse, près du mur, a semé des pavots…
      De grands pavots de sang qui ondulent au vent,
      Et nous feront rêver, aujourd’hui et souvent,
      À la petite class’ dont elle était pivot…

  18. Très belle, cette bibli un peu en désordre ….
    Pourtant, ta conclusion me laisse un peu perplexe….très vraie mais plutot terrible….tu ne m’as pas habituée à ça …
    J’adore cette Quichottine que je ne connais pas encore…

    • Chris… je suis contente que tu sois là…

      Je crois que tu as encore beaucoup à découvrir de moi, comme moi de toi… heureusement. Tu imagines ce que ce serait si l’on savait déjà tout ?

      Ce serait affreusement monotone, plus d’échange possible… !

  19. ALAIN JULIEN

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    MARSEILLE // Un petit coucou à 1h10 . Je ne suis pas raisonnable, mais je devais finir des dessins pour le boulot.

    Bises

    Alain

  20. Pauvre géant aux pieds d’ argile ….
    Ton texte est de toute beauté ! Et ta dernière phrase est un pur bijou !
    Merci pour le lien 🙂
    Gros bisous et bonne journée

  21. ah oui, je reconnais bien là les hommes ! ça crie,ça tempête, ça fait de grands mouvements des bras, et en fin de compte une petite caresse sur la joue……….. et c’est fini…
    bonne soirée

  22. Je l’imagine bien à chercher, fouiller dans sa mémoire: mais qu’est qui me manque, pendant que les araignées tissent tranquillement leur or.
    Et l’odeur fut absente…  c’est si important une odeur. C’est tout un chagrin qui surgit à ce manque.
    Il me plaît bien ce grand enfant.