Le lit de Maritorne

Allez, il ne sera pas dit que je vais le laisser s’endormir aujourd’hui !
Qui ? Mais don Quichotte bien sûr !

Et, pour dormir, il a besoin d’un lit.

Vous n’avez pas oublié bien sûr ! Nous l’avons laissé à la fin du quinzième chapitre de la première partie, alors que lui et son valet Sancho avaient été rossés de belle manière par les muletiers Yangois.

Un seul, parmi vous m’a demandé ce que c’était…  Les Yangois, contrairement à ce que certains penseraient, ce ne sont pas des adeptes du yang, ni même du yin, voyez-vous. Ce sont les habitants d’un  district  de La Rioja qui s’appelle Yanguas(Si vous cliquez sur le lien, vous verrez les photos…)

Il paraît que ses habitants avaient l’habitude de se faire muletiers… d’où ce terme barbare relevé par Maître Po de « muletiers yangois ».

Donc, ils se sont fait battre… et mieux encore que des tapis persans…  c’est ce que raconte Cid Hamet Ben Engeli, tout cela à cause de Rossinante qui s’en était allé batifoler dans les prés en espérant se faire quelques belles cavales… mais, il avait pris ses désirs pour des réalités … elles ne voulaient pas de lui !

Bon, je ne m’interrogerai pas sur le signe astrologique des uns ou des autres, ce qui est certain c’est que l’aventure et le chapitre se terminent avec un héros mal en point que son valet a déposé en travers de la selle, comme dans les films de cowboy… vous savez ? Quand le chasseur de prime revient avec sa proie… Mais Joss Randall n’est pas là, Sancho a fait ce qu’il pouvait !

Ils arrivent aux portes d’une hôtellerie… que don Quichotte prend pour un château. (Je suis sûre que vous vous en doutiez !)

J’ai parlé d’un lit et de Maritorne… C’est le titre de mon article.

Maritorne, c’est un personnage important… il faut que je vous la présente. Non, je vais laisser Cervantès vous la présenter (à travers les mots de son traducteur… mais on peut lui faire confiance, il a gardé l’esprit de l’original).

Il y avait en la même taverne une jeune servante asturienne, large de visage, plate de l’occiput, camuse, borgnesse d’un œil et qui n’avait l’autre guère sain ; la vérité est que la gaillardise de son corps suppléait les autres défauts, elle n’avait pas sept empans depuis les pieds jusqu’à la tête, et les épaules qui la chargeaient un tant soit peu lui faisaient regarder par terre plus qu’elle n’eût voulu.

Voilà pour la fille… elle est… magnifiquement conforme à ce que l’on pourrait trouver plus tard sur certains tableaux de Goya… Je vous montrerai ça un jour ! Avec une telle description, il est évident que le lit qui accueillera notre héros sera à la mesure de Maritorne… un peu bancal

Cette gente personne donc aida à la fille, et les deux ensemble firent un fort mauvais lit à don Quichotte en une soupente qui montrait de clairs indices d’avoir autrefois servi de grenier à la paille pendant plusieurs années, et en icelle logeait aussi un muletier, qui avait son lit un peu plus avant que ceui de notre don Quijotte. Et, encore qu’il fut fait des bâts et couvertures de ses mulets, il surpassait de beaucoup en bonté celui de notre don Quichotte, qui n’était que de quatre ais mal rabotés sur deux bancs assez inégaux ; et un matelas qui en son épaisseur ressemblait à une courtepointe remplie de boules ; que si l’on n’eût vu par quelques trous que c’était de la laine, on eût dit au tâter qu’elles ressemblaient à des cailloux ; les deux draps étaient faits de cuir de bouclier, le tout complété d’une couverture blanche, de laquelle, si l’on eût voulu compter les fils, on n’en eût pas omis un seul du compte.

Le lit est loin d’être confortable… vous voyez ! On se demande où Cervantès veut en venir… mais vous ne le saurez pas tout de suite.

Le chapitre n’est pas fini, je sais. Je suis parfois un peu taquine… la suite étant assez savoureuse, nous allons prendre notre temps et faire durer les préliminaires !

30 réponses à “Le lit de Maritorne

  1. Merci de faire durer on en appréciera que mieux la suite. Surtout pour moi qui ai beaucoup de difficultés avec Cervantes j’apprécie ces doses homéopathiques…. Bisous

    • Cervantès, il faut le lire à petit feu. Sinon, il est indigeste.
      Je suis contente que tu continues à venir le lire avec moi.
      Passe une belle journée, Martine !

  2. Moi qui ai toujours cherché à éviter les maritornes, je ne savais pas que ce nom commun venait d’un personnage de Don Quichotte. Une nouvelle fois, j’aurai donc appris quelque chose en venant chez toi. Merci, Q. ;-Þ

    (doublement)

    • Le plus souvent, c’est plutôt chez toi que j’apprends… mais j’aime bien aussi quand c’est réciproque 😉

      Passe une très belle journée, Maître Po.

  3. Je viens de rire un bon coup, ça fait un bien fou
    Bisous toi, amitiés
    Flo

  4. Excellent. Rentrerait-on dans de l’érotisme ???lolll
    Bizzzzzz Quichottine

  5. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’intuition que DQ aurait dû prolonger les préliminaires encore plus longtemps !!
    je viendrai lirai la suite tout à l’heure…

  6. Je suis tellement mdr que je laisserai un com plus tard…
    Gros bisous, Quichottine 

  7. Et après, tu me dis que je pousse la mémée dans les orties !!!!
    A l’époque, Cervantes faisait donc des descriptions d’une ironie sarcastique incroyable, des caricatures à vous couper le soufle…..quel style !……on dirait du Chris à l’acide muriatique…..j’ai adoré!
    Lui, il pouvait, hein !
    C’est un génie, Cervantes, maintenent qu’il est mort !!!!!!

    B. de M. de B. de M………..

    • Mais toi tu peux aussi…
      Cependant, Cervantès n’a pas fait fortune… Est-ce que ses écrits « dérangeaient » aussi ?
      Comme tu dis, il est passé à la postérité. Seb dirait qu’il n’est pas mort…

      Je me demande si ce n’est pas pour ça que j’aime aller chez toi… 

  8. Bonjour, je sors du lit  lol bonne semaine bises

  9. Je suis une très mauvaise élève Quichottine… J’avais mal lu et pourtant, j’avais mes petites « lunettes roses » sur le nez… Eh oui! j’avais cru que tu fermais ce blog….
    La prochaine fois je prendrai mon temps…
    Bonne journée.

  10. isabelle

    Préliminaires……………………ô suspens……………….j’attends donc la suite. Bonne journée. A+Isabelle

  11. Michka dit Le Pirate

    tu es taquine, Quichotine???? lol

  12. Muad' Dib

    Bonsoir Quichottine, j’aime beaucoup cette description de la couche de notre héros.
    A te lire, et bien que Quichotte soit plutôt fourbu, on peut présager d’une nuit agitée, riche en fourberies …
    Mais que vient faire Scapin dans cette histoire ? 
    Je t’embrasse sagement,

    • Ben… Comme la galère était un peu trop loin, il est venu voir s’il pouvait tenir la chandelle… 😉

      Pauvre Scapin, on lui avait pris la place. Mais c’est lui qui va se divertir pour une fois ! (en regardant Maritorne se mettre dans de beaux draps !)

      Bisous bien sages, Muad !

  13. Sidi Hamet Ben Engeli, l’historien, a bien le soucis du détail…pour le portrait de l’asturienne , comme celle du lit !
    mdr encore, j’y ai repensé toute la journée…
    Bonne nuit, Quichottine
    Affectueux bisous 

    • Je suis bien contente de t’avoir fait rire, Siratus. Certains détails sont magnifiques, comme tes coquillages…

      Affecueux bisous de la nuit

  14. Bon, le décor étant posé, je m’en vais lire la suite.

    • J’aime assez ta progression en fait… et tes commentaires !

      Merci Chana pour ta longue visite encore aujourd’hui… Ma bibliothèque n’aura bientôt plus de secrets pour toi !

  15. Roland Ivy

    Je vais être un peu taquin moi aussi…
    Tu as raison de faire durer les préliminaires car « le plaisir s’accroît quand l’effet se recule » (P. Corneille) et surtout, vu le lot que l’on nous décrit en ce qui concerne Maritorne, il est préférable d’avoir sérieusement été mis en condition.
    Cervantès le fait avec brio. Après avoir été rossé comme ils l’ont étés, on n’imagine pas tout de suite que l’épisode suivant prendra cette tournure. Je ne sais pas s’il a lu Rabelais ( il en aura peut-être eu la possibilité) mais il y a des similitudes.
    Bises
    Roland

    • Tu as raison… euh, quant au fait de vouloir être taquin à ton tour ! Merci pour ta lecture… je vois que tu avances à grand train, tu vas bientôt nous rejoindre en première page !

      Pour Rabelais, c’est tout à fait possible…