Les muletiers yangois

Eh non ! Certains seront déçus, et d’autres soulagés, je sais bien ! Je ne ferai pas d’interrogation écrite. Mais je ne ferai pas non plus de résumé des épisodes précédents. D’abord, ça prendrait du temps… ensuite, vous êtes censés avoir révisé !

J’en étais à la fin du chapitre quatorze et j’avais laissé don Quichotte admirant la beauté et l’intelligence de la belle Marcelle… tandis qu’elle lui tournait le dos et que les chevriers enterraient Chrysostome, le bel hidalgo mort d’amour pour elle.

La donzelle ne savait pas ce qu’elle perdait ! Moi, je me le serais bien gardé, don Quichotte, comme chevalier servant. Il avait tout pour plaire, des mots en quantité, des histoires à n’en plus finir, de la constance dans l’effort (d’accord, pas dans la réussite… mais l’essentiel n’est-ce pas d’essayer ?) et en plus, de l’amour à donner, comme s’il en pleuvait !

Je suis sûre que j’aurais aimé l’écouter.

D’ailleurs, c’est ce que je fais ! Je l’écoute parler

Ben non ! Ce n’est plus lui qui parle. Me voilà encore devant ce phénomène étrange qui fait que, de temps à autre, ce n’est plus don Quichotte qui parle, ni même Cervantès, non…

Au début du quinzième chapitre, c’est à nouveau Cid Hamet Ben Engeli qui prend la parole. Mais que diable vient-il faire là ? Même s’il est « sage » comme le prétend le narrateur, je le préfèrerais moins sage et plus absent !

Il est là… alors je me dis qu’il va certainement arriver quelque chose de terrible. Pour que cet intrus prenne soudain cette consistance qui me dérange… Il va y avoir un truc pas beau, pas agréable… comme lorsqu’il avait transformé Dulcinée en saleuse de pourceaux !

Je tremble, c’est vrai ! J’en ai la chair de poule et pas seulement parce qu’il fait froid dehors… Vous ne me croyez pas ?  Il faudrait que je prenne une photo de mes bras…. Mais bon, ça n’a rien à voir avec notre histoire et que vous importe la bibliothécaire, surtout lorsqu’elle radote un peu ? Passons et voyons ce qu’il en est…

Le sage Cid Hamet Ben Engeli raconte que, comme don Quichotte prit congé de ses hôtes et de tous ceux qui se trouvèrent à l’enterrement du pasteur Chrysostome, lui et son écuyer entrèrent dans le même bois où ils avaient vu entrer la bergère Marcelle ; et, ayant cheminé plus de deux heures par icelui, la cherchant de toutes parts sans pouvoir la trouver, enfin ils arrivèrent à un pré, tout plein d’herbe fraîche, près duquel courait un ruisseau si paisible et si frais qu’ils se sentirent invités à passer là les heures de la sieste qui déjà commençait furieusement à se faire ressentir.

(p.121)

 

Si vous croyez que l’on va assister
à un épisode bucolique,
don Quichotte et Sancho
vont s’endormir sous les arbres, tranquilles, seulement bercés par une douce brise aux parfums de lavande et  par le  chant obsédant des cigales…

(Mais qu’est-ce que je raconte là ?
Nous ne sommes pas en Provence !
Ce doit être la fréquentation assidue de certains
qui me rend brusquement nostalgique….)

Non, nous sommes bien dans La Mancha… et il n’y a pas de lavandes… tout juste quelques oliviers  et, surtout, une belle herbe tendre que vont pouvoir savourer à leur aise l’âne de Sancho et Rossinante

Ah oui ? C’est vrai… il y a bien là Rossinante, qui, contrairement à ce que son nom pourrait suggérer, est un cheval… et, il est encore un peu vert (ce qui n’a rien à voir avec La Jument verte de Marcel Aymé ou de Claude Autant-Lara) si j’en crois la suite de l’aventure.

Ce n’est plus la faute à Cid Hamet, non, cette fois tout arrive à cause de ce diable de Rossinante, qui  se trouve brusquement des ardeurs de pur sang et va tâter de la cavale dans le pré !

Or, la fortune voulut, et le diable (qui ne dort pas toujours) qu’il y eût paissant par cette vallée une troupe de petites cavales galiciennes qui appartenaient à certains muletiers yangois […] Il advint donc qu’il prit envie à Rossinante de se ragaillardir un peu avec mesdames les cavales, et, comme il les eut flairées, sortant de son pas naturel et ordinaire sans demander congé à son maître, il prit un petit trot assez leste et s’en alla leur communiquer sa nécessité.

(p.121-122)

Vous imaginez la scène ?

Rossinante n’a rien d’un bel hidalgo madrilène ou d’un gondolier vénitien… vu par les cavales, bien sûr, il ressemblerait plutôt à Quasimodo. Donc, c’est décidé, elles n’en veulent pas, de ce prétendant un peu trop efflanqué ! C’est à coup de sabots et de dents qu’elles accueillent ses hommages… (On dit hommage aussi dans le monde équin ? équinage ? Vous n’allez pas chercher la petite bête, si ?)

Voilà Rossinante calmé… rossé convenablement par les muletiers.
Or, don Quichotte ne l’entend pas de cette oreille… J’étais sûre que vous vous en doutiez ! Il arrive à la rescousse… Il se rue sur les Yangois.

La suite… je n’ai même pas besoin de vous la dire ! Puisque c’est Cid Hamet qui la raconte, notre pauvre héros ne pourra s’en sortir ! Ce serait impossible !

Lorsque les muletiers quittent ce chapitre, il n’y reste que l’âne pour être encore debout ! Rossinante, bien sûr, Sancho et don Quichotte ont tous les trois été bastonnés de belle manière ! Ils sont moulus… et vous savez pourquoi ? C’est de la faute du chevalier parce qu’il n’a pas respecté les règles et qu’on l’a donc puni, mais oui, il faut le croire puisqu’il le dit !

[…] je suis cause de tout, car je ne devais pas mettre la main à l’épée contre des hommes qui ne sont pas chevaliers comme moi […] pour punition d’avoir transgressé les lois de la chevalerie, le dieu des batailles a permis que je reçusse ce châtiment […]

(p.123)

Comme quoi, il ne fait pas bon sortir du droit chemin ! (et il ne fait surtout pas bon rencontrer Cid Hamet quand on veut pouvoir raconter ses aventures…)

30 réponses à “Les muletiers yangois

  1. …il prit un trot assez leste et s’en alla leur communiquer sa nécessité…….
    J’ ADORE cette façon de le dire !…….j’imagine un mec à la place de Rossinante….dans ses petits souliers….aller d’un air qui n’en a pas l’air dire « je t’aime » au lieu de « j’ai envie de baiser » !!!!

    • MDR… En fait, c’est ce que j’aime dans ce roman, la façon détournée de dire les choses… qu’il nous faut alors imaginer !

  2. Hommages…. mince j’avais jamais pensé que ça venait d’homme… du coup une femme ne présente pas ses hommages elle mais ses femmages ? notre langue est décidément construite autour du masculin…

    • C’est évident ! … je me demande si ça veut dire que la langue a été faite par les hommes ou construite par les femmes autour des hommes ???

      … Euh… Je ne devrais peut-être pas poser la question… 😉

  3. Je n’ai pas eu le temps de reprendre le début mais je me suis bien amusée au milieu des lavandes et des oliviers … Non ! C’est pour rire ! Bonne soirée Quichottine !

  4. c’est un passage extraordinaire…
    tilk

  5. Vu ta manière de raconter on imagine facilement la scène!

  6. L’héroïsme consiste parfois  conduit  à des revers d’infortune La Chevalerie a aussi « son épée rond dame aux clefs «   dû le ciné  y fait écran  d’arrêt  … 
    Sang chaud pansa … « Je saigne d’amour pour vous ô ma Dulcinée !… »
    Farfachotte….  mais qui donc ?…

  7. C’est amusant, mardi, je me disais que le retour de DQ me ferait bien plaisir et ne voilà-t-il pas que le revoilà 😉

    Ce que j’aime particulièrement chez lui, c’est cette aptitude à trouver des causes improbables à des incidents logiques (voire mérités).

    Sinon, un muletier, je vois à peu près ce que c’est, mais un muletier yangois ? Quesaco ? 😉

    • Euh… il est vrai que je n’ai pas dit que les habitants de Yanguas, qui est dans la province de Ségovie, s’adonnaient souvent à l’office de muletiers… donc, voilà pour ta remarque très pertinente… Je ferai un PS à mon article grâce à toi.

      Je suis très heureuse d’avoir pu te faire plaisir… 😉

      Causes improbables… il y a toujours un enchanteur pour contrecarrer ses desseins… ou là, une erreur à punir… c’est vrai. Tu as bien cerné le personnage !

  8. En tous cas, Don Quichotte est toujours prêt à faire son examen de conscience et à battre sa coulpe (en plus de se faire bastonner par d’autres) : je me demande s’il n’est pas un peu maso. (lol)
    Bisous, Quichottine, et très bonne nuit !

    • Je ris… c’est aussi une question que je me suis posée.

      Merci de continuer à avancer dans ta lecture…

      Bises et douce journée à toi.

  9. mdr
    je reviendrai demain !
    Même Rossinante est verte…comme mes coraux.
    Le parfum pouvait être celui du safran !
    Gros bisous de la nuit, Quichottine

    • C’est vrai… pour le safran ! Et je suis bien contente de t’avoir fait rire. Tu sais qu’à l’origine, Don Quichotte avait été écrit dans ce but ?

      Passe une belle journée, Siratus

  10. bonne journée bises

  11. Bon ! mes commentaires arriveront quelque peu en décalé puisque je prends la lecture de « Quichottine et Don Quichotte » à ses débuts pour être sûre de suivre correctement sans en manquer une miette. Sache que j’ai déjà révisé 3 chapitres et qu’à ce rythme tu vas pouvoir avancer la date de l’interro. Puis-je déjà obtenir un bon point ? Bonne journée Quichottine. Bises

    • Tu as le droit à un bon point par épisode… ça te fera deux images quand tu auras fini… je vais y penser !

      Passe une belle journée, toi aussi, Chana !

  12. ah oui c’est bien car ainsi je peux lire car …allez 
    j’avoue je n’ai jamais lu ce livre 
    alors continue s’iou plait sinon je resterai ignare et ce sera TOI la responsable 
    bisous d’IRIS

    • Je ne veux absolument pas être responsable de ton ignorance… 😉

      Tu es sûre que tu ne veux pas lire à ma place ? (rire !)

      Je t’embrasse, Iris… j’aime bien les bisous que tu déposes ici ou là !

  13. Décidément il les cumule les bévues notre pauvre Don Quichotte ! 
    J’aime bien l’expression : présenter ses équinages. Il fallait y penser.
    Bonne journée Quichottine

  14. Roland Ivy

    Pauvre bête. 
    Rossinante, lui, n’a pas choisi la chaste vie de chevalier errant. Après tout, doit-on vivre selon les choix de ses maîtres et n’a-t-on pas le droit d’avoir des envies et des besoins propres ? En tout cas, ce chapitre arrive à point donné pour redonner un peu de drôlerie après l’épisode Marcelle qui, en y réfléchissant encore, a dû être difficile à avaler pour certains quand le livre est sorti…