Les mots que je te donnerai

Il y a une chanson que j’ai beaucoup écoutée lorsque mon fils était adolescent.

Il passait sur son électrophone un 33 tours de Jean-Jacques Goldman, il le passait souvent.

Je pense qu’aujourd’hui le disque est sûrement rayé, mais les mots de l’artiste résonnent encore à mon oreille.

“Je te donne mes notes, je te donne mes mots”

Donner, donner ce que l’on peut, ce que l’on a, offrir à l’autre ce qu’il n’a pas.

“Je te donne toutes mes différences
Tous ces défauts qui sont autant de chance
On sera jamais des standards des gens bien comme il faut
Je te donne ce que j’ai ce que je vaux”

Les électrophones ont depuis été remplacés par les lecteurs de cassettes, puis de CD… mais ils reviennent avec le nouvel essor des microsillons.

J’ai parfois l’impression d’avoir cent ans…

Mais… mais j’ai en moi les mots que je te donnerai, ceux que tu n’as jamais prononcés, ceux que tes yeux ne m’ont pas dits, ceux que je n’aurais même peut-être pas aimés entendre si…

… Si tu avais été comme les autres, avec tes pensées les plus secrètes, tes combats, tes révoltes.

Je mettrai sur tes pages tes colères d’enfants, d’adolescente, tes rejets de notre monde d’adultes un peu fous, tellement égoïstes…

Je te donnerai les mots de tes hésitations, de tes certitudes, de tout ce qui ferait de toi un “roseau pensant”.

“Je te donne nos doutes et notre indicible espoir
Les questions que les routes ont laissées dans l’histoire”

Et, un jour, en écrivant pour toi ton Impossible journal, je pourrai te rendre la vie que tu n’as pas.

J’ai répondu à vos mots sur mes derniers messages concernant Emmanuelle. Je suis très touchée par votre compassion, ces mots d’amitié, de réconfort.

Il y a des moments où je vais sans doute trop loin dans le partage de ma vie privée : ce sont ceux où je voudrais crier et où je ne le peux pas, par respect de ceux qui m’entourent, qui m’accompagnent dans ma réalité.

Ce cri qui monte en moi et que je retiens, je l’écris sur mes pages. Je le livre en attendant qu’un autre écrit, plus long, puisse me soulager enfin d’une douleur que j’ai de plus en plus de mal à contrôler.

Sculpture de Chriss, lire ma page du mois de février 2009, clic image.

Ce jour-là, je rejetterai le Cache-Misère où je me drape parfois, je me dresserai comme Jacques Brel l’avait fait dans son Homme de la Mancha avant de rendre l’âme et ses armes, et, peut-être, arriverais-je ainsi à vaincre enfin mes propres moulins.

Ce jour-là, je sortirai enfin de ce silence des mots tus.

Merci à vous qui me lisez.

73 réponses à “Les mots que je te donnerai

  1. Nous sommes tous pris,
    un jour ou une nuit,
    entre cris et chuchotements…

    Mais, si nous devons crier,
    Il faut choisir les mots,
    et ne pas se tromper de lieu et d’heure…

    Mais, si nous devons chuchoter,
    il faut choisir les mots,
    et ne pas se tromper d’oreille qui nous écoute…

    Je pense à vous…

    • Il n’est pas toujours facile de choisir… alors, ces mots que je dépose ici sont d’abord le cri que je dois maîtriser dans ma réalité.
      Merci pour les tiens, Yvon, et merci pour tes pensées.

  2. Texte magnifique Quichottine beau dans sa grande douleur où les mots étouffés gardent l’espoir de respirer un jour pour enfin libérer le Cri de Douleur.
    Écris Quichottine écris écris et cri en partage : ton livre livre les secrets de ta tourmente , il donne à tes lecteurs « un manuel de survie » merci

    • Merci pour tes mots, Jamadrou.
      J’ignore si je donne à mes lecteurs un manuel de survie. Je sais qu’il faudra que je finisse de l’écrire un jour.

  3. Mais tu sais Quichottine, tes mots vrais, tes silences discrets, tes cris déchirants, ta rage murmurée, nous les partageons avec respect et parfois, nous osons même lire entre les lignes, de celles qui dessinent un chemin de vie sur nos fronts d’humains…
    Ne crains rien, ta force ou ta supposée faiblesse, nous est offerte pour mieux regarder et affronter nos vies… Tu nous donnes en cadeau « tes notes, tes mots »…

  4. J’ai la chance d’avoir la campagne sans rien, sans habitations très près de moi. Lorsque je marchais seule, si tu savais comme la nature m’a entendue ! La maison aussi, lorsque j’étais seule et que je me posais beaucoup de questions sur mon devenir mental.
    Tu peux écrire, tu le fais bien. Il n’y a pas de honte à avoir mal à en crever (l’abcès). Mon amie est dans un cas différent mais j’entends sa douleur.
    Celui qui n’a pas envie de lire, se retire, c’est tout.
    Continue, c’est tout.

    • « Celui qui n’a pas envie de lire se retire… »
      Tu as tout à fait raison.
      Merci pour ta présence et tes mots, Pimprenelle.

  5. Je ne puis qu’être ému par la sincérité de ce message

  6. Un très beau texte, très émouvant. Bisous et bonne journée

  7. Merci de nous donner tes mots, qui crient ta douleur, c’est mieux d’exorciser le mal, comme une dent que l’on arrache.
    Je pense à toi et prie pour toi.

  8. Ma douce Quichottine tu as trouvé les mots qu’il faut dans la chanson de J.J. Goldman, ton billet est plein d’émotion et de douleurs, il faut que tout cela sorte et je suis fière de partager ta douleur. Quel beau signe d’amitié! Toutes mes pensées vont vers toi et je t’embrasse.
    Cette sculpture est magnifique..
    chatou

  9. On peut se promener au soleil avec des mots très noirs dans le coeur. Et parler peut parfois atténuer leur couleur…

    • On peut faire beaucoup, peut-être parce que le noir fait toujours mal et peut se propager… ce que je ne souhaite pas.

  10. Merci ma Quichottine pour ces mots si sincères… Tu le sais, nous sommes à ton écoute et nous pensons à toi, à ta famille, à Emmanuelle. Je le confiais à une amie, il y a quelque temps qui se trouve aux prises avec des problèmes différents, mais aussi avec une enfant qui n’aura jamais la possibilité d’être intégrée dans le monde sociétal que nous vivons ! En l’écoutant, Gwenn avait le même ressenti que toi, ce doute perpétuel que je ressens à chaque fois que je te lis quand tu parles à mots couverts d’Emmanuelle. Continue à te vider, à parler, à te soulager ! Ce blog doit être un exutoire pour te permettre de mieux encaisser ma douce amie.
    Je t’embrasse très fort.

    • Un grand merci pour ce témoignage, ma Zaza.
      Ce blog est ma respiration, de plus en plus. Je ne voudrais pourtant pas qu’il devienne seulement cela.
      Le blog est avant tout partage et il est difficile de dire ce que beaucoup ne peuvent ressentir.
      Je t’embrasse très fort. Merci pour tout.

  11. Je me souviens très bien des ces paroles que mes fils ont fait aussi tourner en boucles et que nous fredonnions dans la maison…
    Crier soulage, et oser crier devant les tiens seraient peut-être aussi les soulager…
    Tu as choisi ton cri, et ce cri nous ouvre la porte de ta confiance, je me permets donc de le répercuter dans mon offrande quotidienne…

    Je t’embrasse

    • Merci pour tout ABC.
      Crier devant les miens… je ne sais pas. Je crois que c’est pour l’instant bien trop difficile.
      Je t’embrasse.

  12. Tes mots qui remplacent tes cris, tu as raison de nous les donner car il faut bien qu’en sortant de toi ils atténuent un peu de ta douleur et nous ne pouvons que trouver émouvant que tu nous fasses ainsi confiance. Je connais les paroles de cette chanson elle touchait beaucoup les ados qui se sentaient si différents et parfois si incompris aussi..ne les oublions jamais. bisous ma douce Quichottine. Prends soin de toi

  13. Your words are intense and dynamic. The statue expresses all so beautifully. Friendship

  14. L’essentiel n’est-il pas que cet espace qui est le tien, soit aussi celui sur lequel tu puisses justement crier en silence ? Après, pour ceux qui se sentent mal à leur aise, rien ne les oblige à venir te lire et donc a accepter de partager avec toi ce que tu nous confies.
    Je t’embrasse affectueusement.

  15. C’est malin!! maintenant j’ai cette jolie chanson ( comme on n’en fait plus) qui tourne en boucle dans ma tête!!

  16. Au moins, si notre amitié t’aide un peu , elle n’est pas vaine: c’est si difficile « le silence des mots tus ».
    je t’embrasse affectueusement.

  17. Ma chère Quichottine, tu sais combien j’aime te lire, te parler.
    Comme je te l’ai dit dans un commentaire très récent, je suis certaine que tu permets à d’autres âmes en souffrance de se sentir moins seules. Tu sais si bien verbaliser ce que nous ressentons tou(te)s un jour ou l’autre. Nous nous sentons souvent tes sœurs ou peut-être aussi tes frères, meme si les causes de nos chagrins sont différentes.

    Crier ? Je l’ai souvent fait en cet été 2015. Je fermais toutes les fenêtres et j’aboyais ma douleur. Cela me permettait de faire semblant avec mes enfants et petits-enfants qui, en plus de leur propre chagrin se tracassaient pour moi désormais seule.
    Cette douleur, je l’ai aussi écrite. Des pages que personne ne lira jamais, je les ai detruites afin de ne pas m’y complaire. Et puis je n’ai pas ton talent 😉 !!! Mais cela m’a fait du bien,
    beaucoup de bien, les aboiements (c’est à ça que mes cris d’alors ressemblaient !) autant que les écrits qui ont succédé. Je vois cela comme une thérapie et non comme une faiblesse.
    Si un jour tu écris ce livre je serai parmi tes premières lectrices, c’est sûr !
    Suite a notre conversation d’hier matin, j’ai longuement parcouru les pages d’eMmA et j’ai commandé son livre. J’adore ses collages, le noir et blanc tout autant que les colorés.
    Je lui deposerai un commentaire dès que j’aurai son œuvre entre les mains.
    Plein de gros bisous à partager et bon dimanche.

  18. Il manque quelques accents mais avec la tablette ce n’est pas évident !

    • Je sais bien… la tablette ou le téléphone ne sont pas les meilleurs moyens pour s’exprimer sur un blog. 🙂
      Mais merci encore pour tout. Ta présence me fait toujours chaud au coeur.

  19. mireille du sablon

    ..il faut parfois « déposer » les mots pour supporter les douleurs qui sont en nous…cela soulage un moment…
    Ils ne sont jamais inutiles puisque d’autres les entendent et savent ainsi qu’ils ne sont pas seuls…
    Te lire me donne souvent les larmes aux yeux , celles que seule l’amitié permet .
    Bises de Mireille du sablon

    • « Cela soulage un moment »… et parfois plus longtemps grâce à vos mots.
      Merci d’être là Mireille.
      Bises et douce journée.

  20. Tu vois, ce n’est pas de la paresse, ni de l’indifférence, oh non, surtout pas ! Mais j’ai suivi les liens et relu les mots laissés alors, et je ne veux rien y changer. Et que cette sculpture est belle… Je ne sais pas si je supporterais de la voir chaque jour… Je t’embrasse très fort.

    • Je l’ai vue chaque jour pendant une semaine… en Italie.
      Et chaque jour elle me disait ce que mon hôtesse me taisait.
      Je t’embrasse très fort mon amie. Merci pour tout.

  21. coucou cette allégorie est magnifique ;
    si mettre des mots sur tes cris peut éviter que tu t’étouffes avec toute cette douleur, tu as raison de le faire
    bisous

  22. Deux auteurs-chanteur qui m’ont accompagnés tout au long de ma vie, moi aussi.
    Ils ont exprimés pour moi ce qu’alors je ne savais pas dire, et, grâce à eux, j’ai pu alors m’exprimer avec leurs mots que je me suis attribués. Je vois que je ne suis pas la seule.
    Il est des chansons, des textes, qui nous frappent, nous marquent, parce que quelques pas ils ont su exprimer notre propre mal…
    Merci pour ce billet, je suis un peu reparti en arrière, mais rassures-toi, c’est pour mieux rebondir. Je souhaite que tu puisses rebondir de la même manière.
    Je t’embrasse très fort

  23. Il est une autre chanson de Golman, qui m’émeut et me console à la fois  » puisque tu pars »
    https://www.youtube.com/watch?v=bDXntu73gNo
    Ce n’est pas un adieu, mais un au revoir, on se retrouvera

  24. Ta douleur est immense, nous le savons, et nous la devinons, même quand tu ne nous « en » parles pas.
    Mais par tes mots, oui, ton Emmanuelle est belle et pleinement vivante, pour nous qui te lisons.
    Les mots sont aussi une façon de mettre au monde et de faire grandir les êtres. Une façon de les accompagner, aussi.

    • « Les mots sont aussi une façon de mettre au monde et de faire grandir les êtres. »
      Je l’espère et ton talent me touche toujours autant quand je te lis.
      Merci, Carole, pour tout.

  25. Les moulins tournent dans le vent mauvais de la souffrance, et tu résistes malgré tout, par tes mots et parfois tes silences.
    Elle te donne toutes ses différences, et ces différences te font souffrance parce qu’elle n’a pas la possibilité d’une relation impliquée à l’autre. Tes cris rejoignent les siens. Et ton texte est bouleversant.
    Je suis là à chercher des mots consolants mais c’est inconsolable.
    Comme je voudrais être tout près de toi pour te tendresser!

    • Tu es là, Polly, et c’est important pour moi.
      Merci pour ta tendresse et tes mots.
      Je t’embrasse tendrement.

  26. Eglantine Lilas

    Il faut bien que la douleur sorte d’une façon ou d’une autre…Ceux qui lisent sont ceux qui ressentent les émotions parfois difficilement supportables de la vie mais aussi celles de joies…les autres passent et personne n’est obligé de lire.
    J’ai toujours eu besoin de m’exprimer ….par écrit lorsque je ne pouvais pas le faire à haute voix.

    je t’embrasse et te souhaite un dimanche souriant

    • « Par écrit quand je ne pouvais pas le faire à haute voix »… c’est important, je crois.
      Merci pour ta présence et tes mots. Je t’embrasse fort.

  27. C’est bouleversant Quichottine, je ne sais pas trouver les mots pour t’accompagner, y en a t-il d’ailleurs, des mots qui font du bien en pareille détresse?

  28. Tu as raison de laisser parler cette douleur, le silence des maux ne sert qu’à les exacerber. C ‘est ton espace , tu es libre de le partager ce cri avec celles et ceux qui viennent te lire .
    Prends soin de toi
    Bises

  29. Déposer sa douleur tt simplement, ne pas se faire de reproches, accepter son humanité;Bises VITA

  30. Les mots sont des petits cailloux que l’on sèment sur notre route…
    Petits cailloux parfois si pointus qu’ils font trop mal…
    Petits cailloux tout polis de silences trop lourds…
    Petits cailloux qu’on lance pour faire deux ricochets de sourires ou trois de gouttes de pleurs…
    Les mots, petites bulles de pensées qui s’envolent et éclatent sur des toiles de ciel…
    Les mots se disent ou se taisent mais nos mots sont les dessins de nos chemins….
    Ils sont douleur ou joie
    Mais
    Ils sont notre trésor silencieux
    Qui parfois s’offre aux passants…

  31. j’aime beaucoup cette chanson-
    sur que avec Emmanuelle c’est un gros coup dur qui t’es arrivé-
    je ne t’ai pas jugé– la dernière fois— personne ne réagit pareil ! on est tous différent—
    écrire sur ton blog est bien pour calmer ta douleur-
    on dit qu’il vaut mieux un bon blog qu’un mauvais psy- je confirme-
    moi aussi pour le harcèlement ou m fibro j’ai publié—
    gros bisous- bon courage—

    • Mieux vaut un blog qu’un mauvais psy… je suis d’accord.
      Merci pour tout, Lady Marianne.
      Gros bisous à toi.

  32. Ah, des mots qui restent dans la gorge et qu’on a envie de crier à la face du monde, … Je te comprends.

    Je t’embrase bien fort Quichottine !

  33. je ne dirais pas mieux que ces commentaires et je passe presqu’en silence … en te murmurant courage mais je sais que tu en as oh combien et continues à laisser parler tes mots qui sont la vapeur des cris que tu contiens
    oui je t’embrasse fort aussi

  34. C’est bien d’écrire ton ressenti, même si cela n’atténue que peu ta douleur logée au fond de toi, le partager fait du bien surtout lorsqu’on se sent compris.
    Amicales pensées et Bises

    • « surtout quand on se sait compris »… c’est vrai.
      Merci pour ta présence et tes mots, Chris.
      Bises et douce journée.

  35. J’ai lu ton très beau texte ainsi que les commentaires qu’il a suscités. Je ne peux rien ajouter de plus qui soit intéressant.
    Juste
    t’embrasser très fort ma chère Quichottine.

  36. Si l’écriture te soulage ,il faut continuer à écrire pour libérer ta douleur et ta colère.Les mots, cela aide aussi ,lorsqu’il faut se taire .Je t’embrasse

  37. Crie, ma chère Quichottine, crie pour tout ceux qui ne peuvent pas crier ou ne savent pas encore… Ton cri les aidera à ne pas s’enfoncer, à ne pas s’embourber …. Un cri salvateur peut être pour toi, il faut l’espérer très fort, mais pas seulement ….
    Je t’embrasse fort

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