L’enquête (2)

Le décor est toujours aussi sombre, mais, cette fois, nous avons une grande table au milieu d’une pièce aux tons gris.

Sur la table, des dossiers, de vieux téléphones. Vous savez, ceux qui étaient gris ou noirs, avec un cadran que l’on tournait pour composer les numéros.

– Ah bon ? Tu ne remontes pas plus loin dans le temps ?

– C’est inutile, nous n’allons pas faire intervenir Sherlock Holmes, les années 50 me conviennent davantage.

Restons au XXe siècle.

À cette époque, pas si lointaine, cigarettes et pipes n’avaient pas encore été bannies de nos écrans.

L’inspecteur Columbo, yeux au ciel, laisse échapper de grands volutes de son cigare à demi consumé. Il est plus hirsute que le Lutin bleu lorsqu’il ôte son bonnet. Signe d’une nuit d’insomnie et d’un petit déjeuner absent.

Près de lui, Hercule Poirot hésite encore à sortir de sa poche l’étui d’or où il range méticuleusement sa réserve de Havanes.

Jules Maigret se perd en vaines conjonctures, tandis que sa pipe refroidit. Il devra la rallumer.

L’inspecteur Bourrel1 les regarde avec envie… lui aussi aurait aimé fumer la pipe, mais au grand désespoir de Georges Simenon, on lui a attribué des cigarettes, moins chères. Il secoue la tête, finalement, c’est lui qui devrait trouver la solution.

–“Bon Dieu ! Mais c’est bien sûr…”

… à moins qu’il ne se fasse voler la vedette par l’une ou l’autre des personnes présentes et qui ne disent mot, se regardant en chiens de faïence, guettant sur les visages de leurs interlocuteurs le moindre signe de contentement.

Adrien Monk, leur a tendu des sacs plastiques pour qu’il y soufflent la fumée, mais ils les ont refusés en le regardant comme s’il était un extraterrestre fraîchement débarqué d’un OVNI.

Alors, il ouvre la fenêtre en bousculant sans le vouloir Jane Marple, qui s’y était réfugiée. D’ailleurs, qu’allait-elle faire dans cette galère ? Une femme, dans cette atmosphère enfumée ? On n’a pas idée !

L’inspecteur Gadget2 choisit ce moment d’intense réflexion pour surgir avec fracas. Comme à son habitude, le moindre de ses déplacements est accompagné de catastrophes qui s’enchaînent telle une cascade de dominos.

Il arrivait avec une pile de livres empruntés à la Bibliothèque, et il a buté sur la lisière d’un tapis. Badaboum ! Les livres volent, certains s’échappent par la fenêtre ouverte, d’autres, se réfugient sous les meubles. Il ne sera pas dit qu’ils resteront à la merci de ces briseurs de rêves !

Trouver le pourquoi et le comment aidera sans doute ces enquêteurs à trouver qui… mais cela aidera-t-il notre héroïne à sortir de ce mauvais pas ?

Miss Marple se glisse sans bruit dans l’ombre épaisse de la pièce, ils ne voient rien, n’entendent pas la porte s’ouvrir… (sans grincements, on en avait graissé les gonds récemment)

Elle a deviné, depuis longtemps, que seules les femmes sont en mesure de résoudre certains problèmes.

L’une d’entre elle est en péril ? Forcément !

Elles ont, depuis toujours, une curiosité démesurée, soulignée dans de nombreux contes de fées.

Il lui faudrait la clé de Barbe Bleue… peut-être ?

Mais ce serait encore faire intervenir un homme…

–“Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?”

La jeune fille de la muraille scrute encore l’horizon. Aucun prince, aucun chevalier, pas même un petit lutin malicieux pour lui donner la clé de cette étrange prison.

Rien ne poudroie dans la prairie qui verdoie !

Jane s’est approchée, le doigt sur les lèvres…

– Ne fais donc pas tant de bruit ! Tu vois bien que tu es condamnée à rester là tant que tu ne décideras pas, toi, de quitter cette prison !

– Mais…

– Il n’y a pas de mais… Tu es maîtresse de ton destin. Ne crois pas ce qu’ils disent, même si c’est toujours plus facile de les écouter et de te soumettre.

– Mais…

– Allons ! Ferme les yeux, imagine l’endroit où tu voudrais être… à la Source peut-être, ou ailleurs, sur une plage de sable chaud, devant la cheminée d’un chalet bien caché, là-haut, sur la montagne, là où nul randonneur n’est jamais allé, ou, peut-être, sirène au fond de l’océan… qui sait ?

– Euh…

– C’est à toi de choisir ! Nul ne peut le faire à ta place !

Jane se retira, elle avait fait son devoir de femme, elle pouvait retourner dans sa maisonnette, si coquette, dans son petit village aux parterres fleuris, reprendre son tricot en cours, et rêver à son tour de paysages incroyablement beaux, d’une immensité qu’elle pourrait parcourir juste en fermant les yeux.

Lorsque tous les enquêteurs se mirent enfin d’accord pour se rendre sur place et – si c’était possible – unir tous leurs talents pour délivrer, ensemble, la femme emmurée, il ne trouvèrent sur place qu’un creux, un grand vide, dans la façade de pierres taillées.

180403_Quai des rimes2

1. Merci Mireille29 pour ta suggestion.
2. Merci Marité pour ce personnage de série animée télévisée.

33 réponses à “L’enquête (2)

  1. Mais qui a enlevé enfin libéré la femme coincée ?

  2. Libérée, délivrée…! Il faut que j’y réfléchisse… Se serait-elle fondue dans la masse ? J’en connais qui ne vont pas apprécier du tout de s’être déplacés pour rien !

  3. La force de la pense aura été la plus forte !!!!!!
    Bizes

  4. Mince alors ….elle aura écouté Miss Marple ….toujours de bon conseil cette petite dame ….
    Bises Quichottine

  5. Je crois que c’est le passe-muraille de Marcel Aymé qui est est venu la délivrer…
    Très amusant la réunion de tous ces personnages, j’ai un faible quand même pour Maigret;)

  6. jolie idée que de convoquer nos limiers préférés, il fallait bien une femme pour trouver la solution, connais tu cette chanson de Piaf qui dit à peu près la même chose ? https://www.youtube.com/watch?v=axv_PnNBd4I
    « Je sais comment.
    Comment scier tous ces barreaux
    Je sais comment.
    Comment faire sauter les verrous
    Entre la liberté et nous. »

  7. C’est la fée de neige puisque elle est délivrée libérée….Merci Galet qui en com la cite sans la citer….Est-on jamais délivré des murs que nous érigeons?…Bisous Quichottine

  8. Excellent me voilà replongée quelques années en arrière à emboîter le pas d’Hercule Poirot et à m’accrocher aux volutes de la pipe de Maigret pour essayer de découvrir le coupable .
    C’est vrai que Miss Marple est une professionnelle de la psychologie , un bon coup de pouce donnée aux hommes dans cette histoire .
    Merci Quichottine pour ce voyage dans le monde du polar qui voulait ignorer encore les nuisances du tabac .
    Bonne journée
    Bisous

  9. Eh bien, il en fallut du monde pour dénouer les fils de cette énigme, qui malgré tout n’est pas clair du tout!
    Belle après midi avec ton lutin bleu

  10. Que de monde pour parvenir à ce dénouement.
    C’est vrai que personne ne peux faire nos choix à notre place, et franchement, quelque part, c’est tant mieux 😉
    Merci pour ce nouveau partage toujours apprécié me concernant.
    Bises et bonne soirée

  11. Ouch ! Une libération qui va sembler bien mystérieuse à tous ces limiers chevronnés !
    La Force de la Pensée est redoutable, paraît il !
    J’aime bcp ! très drôle et alerte ….
    Merci Quichottine
    Bisous

  12. avec Emma je lui ai dit:
    « je sais comment faire tomber en poussière ce mur énorme d’énormes pierres
    je sais comment avoir le coeur libre et heureux »
    Il suffit de te souvenir que pour les âmes poétesses chaque fermeture est une ouverture qui coulisse pour délivrer la musique du vent.
    La femme coincée a compris le message, c’ était donc bien une femme poète.

  13. Elle s’est évaporée à la barbe de tous ces personnages ; je soupçonne Miss Marple , de , non seulement lui avoir donné des conseils avisés, mais aussi, de l’avoir aidée à s’éclipser à l’anglaise (solidarité féminine oblige ).
    Saura-t-on un jour , si elle s’est vraiment libérée ?
    J’aime bien cette enquête qui réunit exceptionnellement un beau panel de fins limiers! Bisous

  14. Coucou ma Quichottine,
    Il a fallu que je me remette dans le bain en lisant de 1er volet que j’avais loupé.
    Que du beau monde pour intervenir sur cette enquête dans cette ambiance enfumée où une seule femme se trouve présente …. Déception pour ces talents de trouver la place vide, la pensée ayant été plus forte pour délivrer Jane de ses démons !
    Belle enquête ma douce amie.
    Bises et bon mercredi.

  15. le choix comme son nom l’indique est toujours personnel n’est ce pas

  16. Beaucoup de monde pour cette enquête.. La femme a disparue elle nous fait le coup de Belphégor qui disparait et réapparait quand elle veut.. Bonne et douce soirée Quichottine..

  17. Si avec tout ce beau monde le mystèe n’est pas élucidé il va fallir s’en remettre au Capitaine Marleau …

  18. Si le mystère de la disparition n’est pas levé par ce panel d’enquêteurs hors pair, on pourra encore faire appel au club des cinq ou à Alice. Ne désespérons pas !

  19. Si même Maigret ne s’y retrouve pas où va-t-on ? Je savais qu’on ne pouvait pas compter sur l’inspecteur Gadget non plus…Mais l’important n’est-il pas qu’elle soit enfin libre ! Elle n’a pas attendu qu’on l’aide et elle a bien fait. Merci pour la suite de ces aventures 🙂 Bisous et une douce journée

  20. Bonjour Quichottine. une fin amusante à cette histoire de femme passe-muraille. Bon après midi et bisous

  21. Bonjour ma douce Quichottine, voilà une équipe qui va élucider le mystère…mais où est donc la demoiselle emmurée? mais il y a emmuré et emmuré !!!
    Cela me fait tout drôle de me rappeler le commissaire Bourrel… tout une époque!
    Bonne fin de semaine avec plein de bisous
    chatou

  22. Merci Quichottine pour cette drôle d’histoire de disparition ! 🙂
    Bonne fin de journée !

  23. Oh !! Chouette, Quichottine ! j’aime ce billet sous forme de minutieuse enquête policière ou tu convies le lieutenant Colombo , Hercule Poirot et le commissaire Maigret avec une réjouissance nostalgie qui évoque une époque (le vingtième siècle) ou cigarettes et pipes n’avaient pas encore été bannies de nos écrans et ou l’on ne pratiquait pas le politiquement correct a tire larigot ! Le Lutin Bleu est comble et je le suis également !

  24. Ouf! Elle a pu enfin s’échapper. Qu’a t-elle fait au juste? A t-elle rêvée de l’endroit où elle voulait se rendre? Ce serait génial, rien qu’en fermant les yeux, hein Quichottine. Tiens, moi, je suis en train de le faire…Zut! je n’y vois plus rien… Merci pour cette singulière histoire. Gros bisous et douce fin d’après-midi

  25. coucou bravo pour cette page d’écriture qui nous mène à la décision que tu as prise ; te voici libérée ; tu feras ce que tu veux réellement faire 🙂

  26. Je ne suis pas douée pour suivre des enquêtes policières. Tout ce petit monde le fait si bien.
    Je suis plutôt rêveuse, et me vient une réflexion en voyant la photo … depuis la disparition de la mystérieuse dame, les murs ont perdu leur âme …
    Même si j’ai du mal à suivre, j’ai aimé te lire, ta sensibilité ressort même dans des récits emmêlés d’intrigues
    Bisous et douce nuit Quichottine

  27. Disparaître pour être libre!
    Je vais y penser sèrieusement

  28. Salut
    Tous les inspecteurs de la télé y passent.
    Avec tous ces grands détectives l’histoire est sûre d’être découverte.
    Bon week-end

  29. Un beau panel de cerveaux malins mais qui finalement sont bien impuissants!
    C’est une métaphore très forte de nos prisons intérieures et de notre liberté , mais aussi , je ne peux m’empêcher de penser à ces femmes « emmurées » au nom de principes obscurantistes ou/et de violences . Voilà un beau sujet de réflexion derrière l’histoire .
    Bises Quichottine

  30. Ah, voilà la suite de l’enquête…
    Je trouve la métaphore excellente, car j’aimerais vraiment, en ce moment, dégager « un mur » qui s’érige peu à peu vers un horizon inquiétant… J’espère y arriver…
    Douce journée ma Quichottine et gros bisous.

  31. C’est sympa d’avoir intégré tous ces détectives à ton histoire !
    La femme a écouté miss Marple, et ça a marché ! On ne saura jamais où elle est partie
    bisous et bonne journée

  32. je suis contente qu’elle ait réussi à se libérer … bises

  33. Tous les enquêteurs de séries réunis. Tu as fait fort. Mais il fallait au moins cela pour essayer de délivrer cette femme. Oui, oui, juste petite miss Marple et le tour est joué. Enfin, il a quand même fallu que la dame emmurée sache ce recentrer sur ce qui était pour elle le plus important. La force de la pensée, c’est quelque chose de formidable et quelque part d’incompréhensible même lorsqu’on pratique.
    Où a-t-elle choisi de partir, comme le dit lilwenna, on ne le saura jamais et c’est tant mieux.
    Bisous et bonne soirée Quichottine