La mer, avec Alrisha

Ce jour-là, il y avait une image chez Alrisha.
La mer, une falaise, un homme solitaire… des galets.

170516_Alrisha

Dans le ciel des nuages, si gris… comme un chagrin qui n’aurait pas su éclater au grand jour.

Pourtant, ici et là, des accrocs de lumière, de quoi rêver à un ciel autre, tout bleu.

Main dans la poche, l’homme scrutait le paysage autour de lui.

“Viens-tu ?” écrivait Alrisha.

Et moi… moi, je savais bien qu’elle ne viendrait pas. Elle lui avait laissé un mot, deux peut-être, ou bien trois. Un message griffonné sur un simple morceau de papier.

Il le froissait dans sa poche, n’osant plus l’en sortir.

Ces mots-là, il les savait par cœur, mais il avait du mal à les croire.

Des mots, comme une chanson sans musique, un poème sans rimes ni raison, un écrit inachevé.

“Le bruit de la mer, de ses vagues,
Le bruit du sable dans le vent,
Et tes yeux dans un reflet vague,
Ta voix qui me dit le printemps…

Mais après tout…
Moi, je m’en fous !”

Il était impossible qu’elle s’en moquât.

Impossible qu’elle ait laissé ce poème inabouti, comme leur amour, en somme.

Il triturait les mots, retouchant un tableau dont ils étaient les couleurs inattendues.

“Le bruit de la mer”… c’est plat, cela ne traduit pas ce que l’on ressent en l’écoutant. Et puis, ces répétitions ! Ça ne va pas du tout !

La mer crie, raconte, chante parfois, hurle aussi dans la tempête… elle ne fait pas de bruit, il suffit de l’écouter !

Le sable… ma foi, je me demande bien ce que l’on pourrait dire de ce sable qui vole, qui pénètre partout lorsque le vent se lève. Rit-il de nous voir le fuir alors que nous nous prélassons sur la plage au grand soleil ?

“Le chant de la mer, de ses vagues,
Le rire du sable dans le vent…”

Ce serait mieux, non ?

Le poème fuyait, il préférait décidément le bruit qui recouvrait les pleurs, qui effaçait les cris, la peine aussi.

S’en moquait-elle vraiment ?

Et lui ?

Lui qui faisait de sa page une boule qu’il lancerait au loin… Lui ?

Celui qui se serait approché sans bruit, invisible, aurait lu sur son visage plus que l’attente silencieuse, plus que la colère, plus que le chagrin.

L’absence.

© Quichottine, juin 2017 pour le texte
© Monique Guay (Alrisha) pour l’image.

Merci à Monique pour son image. Merci à vous qui me lisez.

73 réponses à “La mer, avec Alrisha

  1. Il a l’air bien seul au monde sur ce bout de plage… parfois la vie vous laisse en points de suspension, d’interrogation, il aura beau chercher du regard, elle a mis fin à leur histoire… merci Quichottine, bises

  2. Jolis photo et texte. Belle semaine. Bises

  3. Très joli texte, il est seul, j’espère pour lui que le soleil va se lever à nouveau
    très belle journée, bises

  4. Quel meilleur endroit trouver pour crier silencieusement son désespoir et diluer le sel de ses larmes dans celui de la mer ?

    • je n’en connais pas d’autre… mais un champ pourrait aussi faire office, si j’en crois Clerval. 🙂

  5. Coucou
    Que c’est beau de te lire ce matin , je crois que c’est l’endroit idéal pour partager peine , joie , tristesse
    Je pourrais tout partager avec cette mer qui sait m’apaiser …
    Merci Quichottine
    Très belle photo d’Alrisha ..

    • Merci, Claudine.
      Quelle chance tu as d’habiter tout près…
      Je suis heureuse que ça t’ait plu.

  6. Il est si jeune, et si son amie l’attendait bien à l’abri un peu plus loin car elle n’a pas osé se mouiller les pieds?
    C’est un très joli texte pour une très jolie photo
    bises

    • Je crois que nous pourrons l’espérer… mais je ne peux rien affirmer.
      Merci pour tout, Azalaïs.
      Bises et douce journée.

  7. Belle photo et beau texte, que dire d’autre?
    Moi, je ne le vois pas seul, je le sens relié à tout ce qui vit et palpite maisil est trop soucieux pour le ressentir et s’en réjouir

  8. Bon jour Quichottine,
    Très belle image, j’aime beaucoup moi aussi. Comme toujours tu as trouvé les mots, et comme toujours j’ai aimé te lire.
    Bisous et bonne journée

    • Merci pour tout, Pascale. Je suis contente que ça t’ait plu.
      Bisous et douce journée à toi aussi.

  9. je me souviens de cette image j’ai pensé à un tableau de Monet…
    tes mots s’accordent merveilleusement Quichottine

  10. L’écho est là.
    J’en suis tellement touchée, tu le racontes avec tant de justesse et de poésie.

    « Le rire du sable dans la mer et je m’en fous » comme le dernier des désespoirs.

    Qu’il en soit ainsi! ajouterais-je, la vie va, qu’elle aille.

    Tendresse infinie pour toi.

  11. falaises de Picardie si mélancoliques sous les ciels gris (pour Monique, si tu veux, je les ai peintes ici ( http://emmabarbouille.eklablog.com/la-falaise-a108116548 ) –
    c’est toujours saisissant le « dialogue » d’un humain, si petit, seul, avec l’immensité de la nature et du ciel

  12. Bonjour Quichottine. Jolie broderie autour de ce jeune homme face à la mer et son chagrin ! J’aime ton évocation du sable. Bonne journée et bisous

  13. une photo qui inspire de la solitude- voir de la tristesse-
    dommage il ne lui reste pas d’espoir il me semble-
    l’espoir qui fait vivre– survivre-
    bonne semaine- gros bisous-

    • Je ne sais pas… il y a le désespoir, l’absence… demain seul connaît la réponse.
      Gros bisous et douce semaine à toi aussi.

  14. C’est beau et triste à la fois… Une histoire qui se termine ? Pas si sûr ! La mer renvoie souvent ce qu’elle prend, alors ces mots envolés, volés, délavés seront peut-être retournés, essuyés et transformés…

  15. Plus que l’attente, plus que la colère, plus que le chagrin ! Pour d’autres raison tu m’as tout de suite envoyé à la photo du mois sur notre calendrier et qui représente notre belle-fille numéro un.
    Sinon, te dire que tout colle : la photo et tes mots. Il n’a seulement pas encore compris qu’on peut faire comme la mer : crier, hurler evant elle. Elle comprend tout.
    Bonne journée Quichottine
    J’espère que tu n’as pas eu de problèmes avec le temps.
    Gros bisous

    • Aucun problème avec le temps, si ce n’est que je n’aime toujours pas les grosses chaleurs. 🙂
      Merci pour tout, Pimprenelle.
      Gros bisous et douce journée.

  16. Magnifique ode à la mer avec cette jolie photo et ce non moins joli texte, les mots s’envolent et coulent comme le sable entre les doigts…
    Bises et belle journée

  17. C’est comme le jeu d’une bouteille qu’on jette sur une vague et qui s’en va vers le large… Crois-tu que son poème est dans sa poche encore? Gros bisous, Quichottine, et douce journée

    • Il l’est… mais il ne ressemble plus à grand’chose.
      Merci pour ta présence et tes mots, Nell.
      Gros bisous et douce journée.

  18. une solitude dans un lieu grandiose

  19. La marée basse laisse souvent cette impression de solitude.

  20. Il se sent un peu perdu et un peu seul face à l’immensité ou peut-être a-t- il besoin de sentir la force des vagues pour y puiser du courage…Je la trouve très belle cette photo de ton amie mais très triste et encore une fois tu as trouvé des mots qui lui vont à ravir et un beau poème. J’entends le chant des vagues et le bruit du sable…Bisous Quichottine

  21. Voilà encore une belle complicité entre tes mots et une photo
    Bon début de semaine

    • Merci, Kri.
      Je suis toujours contente quand ça vous plaît.
      Bisous et douce semaine à toi aussi.

  22. Salut,
    J’aime bien la douceur de ton texte,
    bonne journée

  23. Des mots qui s’harmonisent bien avec cette photo.

  24. Des mots qui traduisent la solitude dans le chagrin devant une immensité à l’écoute .Un joli tandem , bravo à vous deux.
    Belle soirée, bises Quichottine

  25. C’est toujours si mélancolique, quelqu’un qui regarde la mer tout seul. Tu as bien exprimé cela, en rendant hommage à cette belle photo.

    • Je l’ai souvent pensé, et je le crois toujours. 🙂
      Merci, Carole, pour ta présence et tes mots.

  26. Bonjour Quichottine,

    C’est ainsi que je préfère voir la mer…dans la solitude et en automne…c’est ainsi qu’elle stimule le + les émotions je trouve..
    La vie est une succession d’histoires d’amour….chacune nous apporte, nous enrichit…oui, les séparations font mal mais sont souvent nécessaires pour nous faire évoluer…rien n’est statique dans la vie..

    Très joli texte…!!
    Bon après-midi !! Bisous !!

    • J’aime la mer en toute saison, mais je ne vis pas près d’elle… 🙁
      Rien n’est statique… c’est vrai. Il nous faut avancer ou mourir.
      Bisous et douce journée Cassandre. Merci d’être là.

  27. l’absence ….s’il y a un endroit ou on doit pouvoir l’oublier pour un temps, c’est dans ce paysage et pour moi nul part ailleurs. La mer me manque …pas tres loin mais pas assez près…imagine …d’abord l’odeur…elle t’enivre
    ensuite la musique du sac et du ressac qui met un pansement sur ta douleur tout doucement
    et qui sait … peut être, sur un rocher une sirène 🙂
    grosses bises du soir

  28. Merci Quichottine. J’adore la mer… Une jolie photo avec autour une histoire un peu triste… Mais parfois les choses s’arrangent… Il faut toujours espérer.
    Belle après-midi. Gros bisous.

    • Je le crois… même si je sais que c’est parfois bien difficile.
      Gros bisous et douce journée à toi.

  29. L’absence
    La solitude
    L’attente

    Un texte nostalgique qui complète bien cette photo!
    Bonne soirée

  30. on imagine son regard face à la mer, seul

  31. Ton texte est poignant ! la mer sera-t-elle consolatrice ou indifférente ?
    Bises Quichottine .

    • Je ne sais pas, je crois qu’elle peut être les deux…
      Mais je la souhaite consolatrice malgré tout.
      Bises et douce soirée Zoé.

  32. Parfois on croit que tout est fini, puis non, la vie remet les choses en place pour que l’histoire continue… Ce n’est pourtant pas toujours le cas et les ruptures sont parfois nécessaires, même s’il faut passer par la souffrance et la solitude…
    Belle fin de journée Quichottine ; Bises

    • J’aime ta sagesse, Chris.
      Merci pour ta présence et tes mots.
      Bises et douce soirée à toi aussi.

  33. Comme tout cela est triste mais très bien exprimé dans ton texte !

  34. Comme à ton habitude, tu as su sublimer, grâce à tes mots, une simple photo et en faire une histoire qui émeut chacun ou chacune d’entre nous. La solitude, la tristesse de l’absence, le chagrin, …

    Moi qui étais présente, je ne l’ai pas ressenti ainsi, car comme l’a écrit Azalaïs, sa compagne était un peu plus loin à hésiter à venir le rejoindre en se mouillant les pieds. Il n’était effectivement pas seul et les deux se sont rejoints.

    Toutefois, sachant qu’ils jouaient, tous les deux, à se chercher, j’ai anticipé ce moment. J’ai vite cadré alors qu’il était seul et qu’il tournait son regard vers le rivage. Je savais déjà que je mettrais, un jour, cette photo sur mon blog afin d’avoir les sensations de chacun face à ce tableau que j’ai volontairement retouché pour l’assombrir et le rendre plus angoissant et mélancolique.

    Merci à tous pour vos compliments sur la photo et surtout à toi Quichottine de m’avoir fait cet honneur dans tes pages !
    Gros bisous et bonne soirée !

    • Ainsi donc, mon récit correspond à ta transformation… mais je suis heureuse de savoir que tout va bien pour eux.
      Gros bisous et douce soirée. Merci encore pour ton image.

  35. Un grand infini pour lui tout seul;il doit se sentir petit devant la mer et cette falaise menaçante … Cette image t’a inspiré un beau texte … Bisous

  36. belle photo qui ne pouvait que t’inspirer … l’absence ou la solitude respire dans cette photo, aussi la petitesse de l’homme. Merci pour ton texte. Bises.

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