Daniel-Rops, Mort où est ta victoire ? (2)

J’imaginais le château de Barterand… celui qui abrite le prologue du roman de Daniel-Rops : Mort où est ta victoire ?

Il faudrait un vieux film en noir et blanc, une atmosphère étrange, de vieux parquets qui craquent, ce parfum indéfinissable qui nous accueille quand on vient de la forêt si proche.

Ce pourrait être celui de la Dame Blanche à Commelles…

111017 Commelles 6

C’est à Barterand que tout s’est joué, une nuit.

« Ne pas perdre de temps, se dit Laure Malaussène. »

Première phrase du roman. De quel temps s’agit-il ? Pourquoi doit-elle se hâter alors que le silence n’est brisé que par les battements de son cœur ?

Le prologue nous fait revivre « l’avant ». Avant la fuite, ce départ qui la sauve et la perd à la fois.

Laure est jeune, belle, passionnée. Elle est orpheline. Ceux qui l’entourent posent sur elle un regard qu’elle ne comprend pas mais qui la gêne jusqu’à devenir oppressant.

Plus tard, j’apprendrai ce mot-là, un mot très laid : « concupiscent ».

Ici, elle n’a qu’une amie : Pia.

Une amie qu’elle chérit tendrement… à qui elle écrit chaque jour des lettres… d’amour ?

« Ainsi, quand revenues de pension, Pia avait voulu que l’habitude leur restât de s’écrire, sans qu’elles fussent séparées par rien d’autre que la lingerie, Laure avait souri en acceptant, mais elle s’était prise au jeu. Lorsqu’elle écrivait la lettre qu’elle glisserait sous la porte, en haut des quatre marches, était-ce vraiment à la Pia qu’elle connaissait ; n’était-ce pas plutôt à un être purement imaginaire, à un être plus violent, plus passionné, à quelque chose comme le reflet dans la glace de ce qu’elle était elle-même ? Les lignes s’accumulaient sur le vélin mauve qu’elle réservait à cet usage ; elle ne réfléchissait pas : elle laissait aller sa plume. »

(p.16)

Ces lettres seront la cause de sa perte : Thierry, le frère de Pia les lui vole, et, comme elle refuse de se plier à ses exigences, qu’elle refuse le moindre contact, puis sa demande en mariage, il se venge en les montrant à son père.

L’écrivain raconte, mais ce sont des images qui se forment peu à peu, au fil des pages.

Chaque scène se dessine, aussi précise que sous les plumes unies du scénariste et du réalisateur.

Laure se dresse devant nous, mélange de naïveté et de conscience – très précise – de ce que les hommes attendent d’elle.

Elle ne veut pas céder, ni à Thierry, ni à son père qui essaie de forcer sa porte, poussé par un désir trop longtemps refoulé.

Elle ne veut pas.

La fuite est la seule solution.

« Ne pas perdre de temps », il s’agit bien de cela. Partir pour ne plus revenir.

Laure fuit le château, à pied, avec une lourde valise, et nous la quittons à la fin du prologue sans savoir ce qu’elle deviendra mais avec la conviction que la force qui l’a poussée à marcher dans la nuit lui permettra de continuer d’avancer vers son destin.

« Le jour sourdait lentement, sale et gris, – et cependant réconfortant. Laure avança plus vite. Son bras, à demi déboîté par l’effort, était brûlant. Tout son corps était douloureux, épuisé ; elle n’avait plus aucune pensée consciente que celle d’avancer. Et elle n’éprouva jamais joie plus bouleversante que d’entendre, dans l’air calme du matin, encore bien faible, mais si consolant pourtant, si amical, le sifflet répété d’une locomotive qui manœuvrait en gare. »

(p.49)

(À suivre)

104 réponses à “Daniel-Rops, Mort où est ta victoire ? (2)

  1. Celui-là nous donne le goût de revenir pour la suite. Bonne journée.

  2. Un petit bonjour du matin, avant le petit déjeuner et la sortie matinal.

    Belle journée avec bises de nous deux

  3. Je reste sur ma faim …
    Bon mardi.
    Bisoux doux

    dom

  4. Je te suis, je la suis. à suivre…. Je ne me rappelle de rien.
    elle n’avait donc laissé que peu de traces en moi, cette Laure, ou bien j’étais très jeune, ou bien j’en ai tant lu…

    Je t’embrasse très fort.

    • Les trois, sans nul doute.

      Sais-tu que j’avais oublié aussi ? Et, pourtant, tout est revenu.

      Je t’embrasse très fort. Passe une douce soirée.

  5. Les extraits que tu nous donnes à lire évoquent toute une époque littéraire qui paraît très ancienne et qui n’est pourtant pas si loin de la naissance du nouveau roman : toute une atmosphère d’un temps passé (du subjonctif) …

    • Je souris… c’est vrai que nous ne sommes plus guère habitués à ce style… et pourtant, il a des côtés que j’aime redécouvrir.

      Passe une douce soirée. Merci pour ces mots.

  6. Tu es avec Daniel-Rops, je me suis resservi du Dostoïevski. Un moins connu que ses monuments littéraires. Je ne sais pas si j’irai jusqu’au bout. Suis je plus exigeant, ou moins patient ?? Les premières pages ont été indigestes, je me suis endormi à livre ouvert.

    Ce n’est pas la première fois qu’un auteur célèbre que j’ai du lire avec plaisir autrefois n’éveille pas le même enthousiasme aujourd’hui. Même le grand Hugo et sa Légende des siècles me laisse froid. ( je n’ai pas parlé des Misérables ou de Notre Dame de Paris)

    Bonne continuation, mais que Mort où est ta victoire ne devienne pas une purge pour toi !!

    Bises du grillon

    • Bonjour Christian,

      Je crois que nous nous sommes habitués malgré nous à d’autres lectures, à d’autres styles, plus légers, aux phrases courtes et moins alambiquées.

      Victor Hugo me plaît encore, mais par certains de ses poèmes qui éveillent en moi des émotions diverses et pourtant semblables à celles d’autrefois.

      Je crois qu’il est normal que nous aimions moins… et que certaines lectures nous laissent un peu décus.

      Tu te souviens de ce que tu m’avais dit du Grand Meaulnes ? J’ai profité de mes pauses pour le relire. Je dois avouer que tu avais en partie raison. J’ai failli ne pas terminer ma lecture… mais j’en reparlerai.

      En ce qui concerne Daniel-Rops… j’ai finalement été heureuse de l’avoir relu.

      Bises et douce soirée. Merci d’être là.

  7. Merci Quichottine de nous présenter les livres que tu aimes de cette façon, par extraits qui peuvent susciter notre désir de lecture…. Bon mardi à toi, bises de JB

    • Je vous présenterai celui-ci plus longuement.

      Je doute qu’il soit beaucoup lu aujourd’hui.

      Bisous et douce nuit, JB. Merci !

  8. Captivant ma Quichottine, j’attends la suite avec impatience. Bises et bon mardi. ZAZA

  9. Je te sens séduite ma Quichottine. Un bon moment d’évasion.
    Je t’embrasse très fort.

    • Je l’ai été… mais pas tout de suite.

      Merci pour ces mots… Prends bien soin de toi, ma Dame de la Prairie. Je t’embrasse très fort.

  10. Je ne me rappelle pas de cette jeune Laure…et pourtant j’avais aimé ce livre et j’aime bien les passages que tu cites, surtout le premier

    • Je crois que j’avais mis de côté ce personnage… mais je l’ai retrouvé très vite au fil des pages.

      Merci pour ta présence et tes mots, Gazou.

      Passe une douce soirée.

  11. Je grille d’impatience de connaître la suite…
    Bises et douce journée (humide et fraîche, une journée à rester chez soi. Je vais surveiller mes nids de tourterelles !)

    • Ce sera demain… mais peut-être pas cette nuit, car j’ai pris du retard.

      Les naissances attendues sont en cours… j’espère que tout se passera bien pour la suivante.

      Bisous et douce nuit à toi.

  12. Par sa décision de partir, Laure a fait la coupure. Il lui a fallu plus que du courage, alors on peut penser qu’elle va trouver un certain  » apaisement « , une satisfaction d’avoir dominé ses résistances et ses peurs,dans un avenir pourtant matériellement difficile …
    Le livre ne le dit pas. Ainsi, ça laisse la place aux suggestions …
    À suivre …
    Merci, Quichottine. Je t’embrasse.

    • Il ne donne les clefs qu’au fil des pages. Au lecteur de ne pas oublier ce qui est important, tout en savourant les descriptions et la recherche des sentiments.

      Merci à toi, Midolu.

      Je t’embrasse. Passe une douce soirée.

  13. Comme d’habitude tu écris si bien les choses qu’on aurait envie de lire tout de suite ce dont tu nous parles ..
    Bises Quichottine

  14. Il est toujours dangereux de jouer à mélanger les cartes…
    Amitiés, Quichottine

  15. salut
    je te souhaite une bonne semaine

  16. Jeune mais avec du caractère , la jeune Laure .On a envie qu’elle s’en sorte .Et puis tu racontes si bien .. Bonne soirée

  17. Une bien jolie façon de parler de ce livre… L’envie de le lire qui s’éveille en moi grâce à ces quelques extraits si bien choisis ! Merci Quichottine, bonne soirée, gros bisous.
    Je ne vais pas arrêter mon blog mais je cherche où transférer, où déménager… J’aimais bien OB… J’ai comme l’impression de quitter mes amis. De plus, je suis nulle en informatique et tout réinstaller va me poser des problèmes sans doute…

    • Merci pour ces mots en partage.

      Tu sais, d’autres sont partis, sur Ekla, où le déménagement ne semble pas poser de problème majeur, ou sur Blogspot, ou WordPress.

      Pour l’instant, je n’ai pas encore pris de décision.

      Quitter OB serait très difficile pour moi. J’aime bien la plateforme comme elle est aujourd’hui.

      Mais demain ?

  18. cuando un libro te hace imaginar es un logro
    besos
    tilk

  19. Je n’en ai aucun souvenir même avec ce que tu racontes du livre mais je comprends pourquoi il m’a plu à l’époque. Je ne sais pas s’il me plairait aujourd’hui. Bises

    • Je me suis posé la même question. Ma réponse est oui… Même si j’ai peut-être forcé ma lecture au début du livre.

      Bises et douce soirée.

  20. Bon mercredi.
    Bisoux doux

    dom

  21. oui envie de le lire ce livre
    belle journée

  22. J’avais raté une note et retrouve Laure Malaussène dans le bon roman. Pour les mots, j’adore les mots comme ça : concupiscent, converger, abominable,urticaire,truculant, évanescant…je trouve qu’ils sont peu utilisés et ça leur confère un coté désuet qui modère leur force…outre qu’ils donnent de beaux jeux de mots. A part ça ton rappel de ce roman me fait dire que j’ai fait une impasse mnésique dessus,ou bien mon prof de français était malade et remplacé?
    Bonne journée.

    • Je ne l’ai pas étudié à l’école… ni au lycée.

      Je viens d’ailleurs de vérifier… Daniel-Rops n’était pas non plus parmi les auteurs présentés dans le Lagarde et Michard du XX e siècle.

      Je pense qu’il devait être de ces auteurs dont on ne savait pas encore que faire et qui ont disparu sans laisser de trace dans nos anthologies.

      Douec et belle soirée à toi.

  23. Me voici rentrée d’un long week-end et je découvre ton récit qui nous donne toujours envie d’en savoir plus… je te fais plein de bisous Quichottine et à très vite .

  24. Bon jeudi.
    Bisoux doux

    dom

  25. « Ne pas perdre de temps »… en gagner, en dépenser, en partager… Une phrase lourde de conséquences parfois.
    Douce journée ma Quichottine. Je t’embrasse.

    • C’est vrai… Il faut parfois en perdre un peu pour que la vie soit meilleure.

      Douce et belle soirée, Marité. Bisous.

  26. Un petit kikou ma douce Quichottine pour te rassurer.
    J’ai une amie à la maison pour deux semaines alors peu de temps accordé au net.
    tout plein de bisous et belle journée
    chatou

    • Merci ! Je suis contente que ce soit parce que tu es trop occupée.

      Tout plein de bisous à toi.

      Passe une douce soirée.

  27. La tour de la belle dame blanche…

    Merci pour ton très aimable commentaire Quichottine, il me touche vraiment… Il est des êtres que l’on n’oublie jamais, nous avions eu le plaisir de nous retrouver à Loctudy en 2009 après une longue absence et d’aller marcher le long de la baie et de dîner ensemble avec son mari, ils étaient venus nous retrouver chez nous en Pyrénées l’année suivante, en allant au Pays Basque pour régler des problèmes de famille, mais l’éloignement était là… Et n’avoir pu l’accompagner dans sa difficile lutte me désole… La vie est ainsi faite…
    Je t’embrasse bien fort Quichottine

    • Il y a des moments comme ça, où l’on voudrait que la vie soit autre…

      Mais nous n’y pouvons pas grand chose, et parfois rien du tout.

      Prends bien soin de toi, Marine.

      Bisous et douce soirée.

  28. Un petit coucou en passant à ma tisseuse de liens préférée, bisous tout plein Quichottine et bonne fin de semaine à toi

  29. Je n’ai jamais lu Daniel-Rops; Et voilà que me démange l’envie de le connaître, grâce à la magie que tu fais naître en nous présentant « Mort, où est ta victoire? »! Tu ménages tes effets, nous nous questionnons comme toi, nous entendons le train siffler (trois fois?…) et nous attendons la suite. Merci, chère Quichottine,d’ouvrir ta bibliothèque à l’ignorante que je suis. Bises affectueuses.

    • Sourire… Je me demandais qui aurait entendu ce train siffler trois fois… comme je l’ai pensé aussi.

      Merci pour ces mots, ma Lorraine.

      Bises affectueuses et douce soirée à toi.

  30. j’ai de legers frissons en lisant ceçi !!!
    bonne soirée quichotine !!
    bisou

  31. Il faut que je découvre ce livre, je suis séduite par tes mots et ma curiosité s’éveille …

  32. Bonsoir Quichottine. Merci de nous faire découvrir ce roman et bisous

  33. Douce nuit, Amielle.
    Pas de lecture du livre, je suis épuisée par mes travaux des champs 😉
    Gros bisous, tout plein.

  34. Nathalie, je suis dans une presse terrible mais cette image m’a fait un peu peur!
    Bonne soirée à toi,
    Gigri

  35. tu me donnes envie de le relire!
    mais, il faut que je le retrouve dans ma bibliothèque…
    les livres de poche sont sur plusieurs rangées en profondeur!
    bisous…

    • Les miens aussi… mais seulement deux rangées. Ce qu’il y a, c’est qu’il faudrait que j’en fasse l’inventaire, ils sont partout chez moi…

      Bises et douce soirée, Annick. Merci !

  36. Je reste sur ma faim …
    Bon mardi.
    Bisoux doux

    dom

  37. Bon mercredi.
    Bisoux doux

    dom

  38. Bon jeudi.
    Bisoux doux

    dom

  39. katara C.Néri

    J’aime bien découvrir un roman à travers tes écris bises

  40. FéeLaure ♥

    J’aime beaucoup la façon dont tu nous fais découvrir ce livre, on « rentre » dedans, vite la suite 🙂
    Douce journée Quichottine & gros bisous de nous deux

  41. Anniclick

    Ouf, « à suivre » ! alors vivement la suite car là, tu me donnes follement envie de connaître la suite de cette histoire !
    Merci et bonne journée à toi
    Gros bisous

  42. Il ressemble au château des « Hauts de Hurlevent c’est sur.
    Bisous ma Quichottine

  43. Mamy ANNICK

    captivant ton histoire, car aura certainement une suite – douce journée et bises Mamy ANNICK

    ADRESSES = http://gerardstacy.eklablog.com/

    ou http://lagrande1950.over-blog.com/

  44. je suis l’avancée de ta lecture et cela me donne envie … bises

  45. Tu es palpitante ….. j’ attends que tu poursuives.
    Belle soirée, bises Quichottine

  46. Tu es palpitante ….. j’ attends que tu poursuives.
    Belle soirée, bises Quichottine

  47. Celiandra

    Bisous tout plein ma belle et bonne nuit

  48. katara C.Néri

    Ha quand même j’ai la photo ce matin (pas hier) bises Quichottine belle journée

  49. annielamarmotte

    Tite Quichottine les marmottes viennent de quitter OB mais ton lien flottera haut chez Eklablog…..!

    • Merci… je me suis inscrite à ta news là-bas.

      Bisous et douce soirée, Annie. Prends bien soin d’elles… je les aime infiniment.

  50. On emporte toujours un peu de la terre de son pays collée à la semelle de ses chaussures, ma belle amie !
    Bises

  51. Est-ce que Laure va trouver l’amour avec un cheminot ? 🙂
    Bonne soirée Quichottine Bisous (:-*

  52. celiandra

    merci de m’avoir fait, par ton recit decouvrir cet auteur
    bonne nuit bisous tout plein

  53. Sonya972

    elle a du caractère Laure
    et elle a bien raison de mettre en avant sa façon de voir les choses
    au moins on respectera ses choix
    merci de nous l’avoir présenté
    ti bo et doux weekend
    .•°•.Ś Ő Ń Ŷ Á.•°•.

    • Elle trouvera sa voie, c’est certain. Mais il va lui falloir du temps, comme pour toutes choses.

      Bisous et doux week-end à toi aussi. Merci !

  54. Superbe… j’aime ta manière de nous inviter à ‘rentrer’ dans ce roman… je poursuis ma visite! ….