Le vert pourpoint (Clément 15)

Reprenons un peu. Vous n’avez toujours pas besoin de résumé… mais en voici un pour les nouveaux venus, ceux qui auraient la flemme de lire les quatorze articles qui précèdent dans l’aventure de Clément le Troubadour.

C’est facile.

Nous avons le héros, Clément.

Il est fils de François-le-ciseleur, un maître-orfèvre très réputé. Sa mère, Aude-la-silencieuse, est morte à sa naissance, naissance mouvementée dans la nef de la cathédrale de Metz. Son père a donc de nouveau pris épouse et sa seconde femme, Menehould, est une vraie marâtre, à la mode de celles des contes de fées.

Heureusement, Clément a un ami, un protecteur, de douze ans son aîné.

Jehan, l’apprenti-ciseleur, est un vrai compagnon pour cet enfant sans mère. Il l’accompagne partout et reçoit souvent les coups à sa place.

Lorsque François décide qu’il est temps pour son fils d’apprendre son métier pour lui succéder plus tard, Clément ne l’entend pas de cette oreille et fugue en compagnie de son ami Jehan. Un chien les accompagne quelque temps, puis ils tombent dans un guet-apens. L’aventure aurait pu mal s’achever pour eux. Clément et Jehan sont sauvés grâce à l’intervention d’une dame…

Ah ! Les femmes ! Elles joueront un grand rôle dans la vie de Clément.
Mais n’anticipons pas…

Nous avons maintenant tout le temps nécessaire…

…et nous devons parler du pourpoint vert.

Ne me dites pas que vous ne savez pas ! Clément-le-Troubadour est le plus souvent appelé “Le Troubadour-au-vert-pourpoint”… Ce n’est pas sans raison…

Voici donc comment Clément a mérité son surnom.

“Lorsqu’il était plus jeune, Clément portait souvent des vêtements un peu trop neutres pour lui. On lui interdisait la moindre fantaisie. Il se vengeait en revenant souvent tout crotté de l’école.

Eh oui ! Ce n’est pas parce qu’on est à la fin du Moyen Âge qu’on échappe à l’école quand on est fils de maître ciseleur. Clément devait se rendre chaque jour à l’évêché où l’un des chanoines faisait classe à quelques enfants riches du voisinage et à quelques enfants pauvres que l’on destinait à la tonsure… Ils remplaceraient bientôt les moines trop vieux pour continuer à orner de leurs enluminures les beaux livres d’heures que les dames s’arrachaient.

Clément ne serait jamais moine, il le savait déjà à sept ans. Il serait ciseleur comme son père. C’est du moins ce que disait le petit sacristain qui était son ami. Ils faisaient tous deux les pires bêtises quand ils étaient ensemble. La journée se finissait rarement sans que le maître eût fait appel aux verges et que les deux enfants eussent leur compte de coups, sur l’endroit le plus charnu de leur individu.

Son ami fondait tout de suite en larmes et ses cris finissaient toujours par fléchir le bourreau. Mais Clément ne pleurait jamais. Ce qui faisait que le chanoine se laissait facilement aller à quelques coups de plus que ce qui avait été prévu à l’origine. Cela ne servait à rien et le vieil homme n’avait jamais réussi à tirer la moindre plainte de ce maudit enfançon.

Bref, Clément allait donc à l’école afin de pouvoir ensuite tenir le livre de comptes… mais tel n’était pas son dessein. Vous vous souvenez ? Même petit enfant, Clément n’avait que faire des comptes ou des comtes… Il préférait les contes, contes de toutes sortes, et il était d’ailleurs tellement doué en la matière que sa marâtre Menehould ne l’appelait plus que Clémenteor… elle fondait en un même mot le nom de son beau fils et le mot « menteor » qui comme chacun sait signifie « menteur » en ancien français.

Mais Clément ne mentait pas, il imaginait !

Il ne pouvait pas se limiter aux choses vues, il les embellissait. La moindre damoiselle devenait une reine, un petit écuyer devenait chevalier et il bâtissait déjà de longues histoires où les chiens devenaient griffons et les oiseaux dragons ailés prêts à lui porter secours. Il était … soûlant ! Menehould, le plus souvent, l’envoyait au diable – et ceci sans dîner – pour lui apprendre qu’il y a des règles à respecter.

Cela ne nous dit toujours pas pourquoi le gris de son pourpoint devint vert… c’est vrai !

À force de raconter toujours bien plus qu’il n’aurait dû, Clément attira l’attention. Le châtelain le fit un jour mander.

Nul ne pouvait refuser l’invitation du seigneur, à moins d’encourir ses griefs et de finir ses jours dans un cul de basse fosse… ce que personne ne souhaitait. Clément arriva tout penaud, il était encore bien jeune, il n’avait que dix ans… et peut-être un peu moins. Il n’en savait rien, à quelques saisons près ! À l’époque il n’y avait pas de gâteau d’anniversaire, ni pour les vilains ni pour les fils de marchands.

Le Duc de Lorraine (en ce temps ce devait être Louis) le convia à lui raconter une histoire (c’était pendant les moissons, Louis s’ennuyait de ne pouvoir aller guerroyer !)

Clément raconta le plus beau de ses contes, une histoire un peu folle où une princesse trop seule se promenant près d’une mare embrassait une grenouille…

(Image de mon amie Anne)

Bien sûr la grenouille aussitôt transformée en chevalier fringant emportait la belle sur un grand destrier !

Louis se mit à rire, à gorge déployée !

Il fut aussitôt décidé qu’en souvenir de ce bon moment qu’il avait fait passer à son seigneur, le tailleur du château confectionnerait pour lui chaque année un pourpoint vert, aux mesures de Clément et qu’il devrait en tout temps le porter…

Voilà comment Clément se retrouva pour longtemps affublé d’un pourpoint aux couleurs des grenouilles des marais !”

© Quichottine, Clément le Troubadour, 2007

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84 réponses à “Le vert pourpoint (Clément 15)

  1. christine

    merci Quichotine;maintenant je sais pourquoi ;on l’appelle le troubadour au vert pourpoint;  bonne nuit       bisous des îles

  2. Je voudrais que l’histoire de Clément ne finisse jamais…Merci Quichottine

  3. J’en ai mangé samedi dernier  lol

    Très jolie photo!
    Bises et bon samedi!

    • As-tu vérifié que ce n’étaient pas des princes déguisés ?

      Merci pour la photo.
      Bises et bon samedi à toi aussi.

  4. Belle histoire !! Mais dis moi, n’est ce pas de cette histoire, que l’Académie décida de vêtir ses « Hommes » en vert !!!!!  Bises de nous deux !!

  5. Il va falloir que mon chat s’occupe de Don, Quichotte mais il est très occupé en ce moment avec les contes, même s’il fait un détour chez Rabelais. A bientôt

    • Il en aura pour un moment, s’il s’y met… Moi, cela fera deux ans en juin que je m’en occupe (par intermitence il est vrai…)

      J’ai encore quelques pages à lire chez vous, mais je sais que j’aurai bientôt rattrapé mon retard. Merci d’être passé.

  6. Tout petit Clément était déjà doué pour raconter des histoires. Son maître était un peu sadique. Je comprends mieux le pourquoi du pourpoint vert.
    J’aime bien suivre ses aventures.
    Merci pour ta réponse Quichottine, je me demandais ce qui se passait.
    Bon week-end.
    Gros bisous

    • Merci…

      Je pense que j’ai du perdre aussi des commentaires chez moi et que tu n’es sans doute pas la seule à te demander pourquoi je n’étais pas venue. Normalement, je passe toujours sur les pages auxquelles je suis abonnée.

      Bon weekend à toi aussi. Gros bisous.

  7. vert comme la nature et l’espoir mais si le vêtement sera le prix de ses contes il va avoir du travail le pauvre !!
    bises

  8. j’espère qu’il aime le vert Clément, sinon le pauvre  cela risque de lui gâcher la vie!! en tous cas il est bien sympa  ce  jeune troubadour;
    cela me rappelle qu’il était toujours difficile de faire comprendre à un parent que son enfant ne mentait pas mais faisait parler son imagination  : jusqu’à 6, 7 ans un enfant ne fait pas top la différence entre ce qui est ,et ce qu’il voudrait que ce soit  .
    bon week ed  bisous

    • Pour l’instant je ne sais… Mais il est difficile d’échapper au surnom que le destin vous a donné.

      Les enfants ont beaucoup de chance…

      Bon weekend à toi aussi. Bisous.

  9. Si c’est un aussi joli vert que celui de la photo!!!Bises   VITA

  10. Je viens te souhaiter un bon weekend accompagné de gros bisous

  11. C’est pas laid vert, c’est l’espérance. J’aime ta manière de raconter les histoires. Passe une belle fin de semaine.

  12. Bonjour Quichottine, encore un bon moment passé chez toi en attendant ta visite pour la crème brûlée, la photo est très belle et j’imagine tout à fait Clément en vert, c’est si joli. Bon week-end

    • Je n’ai pas réussi à mettre en marche le téléporteur ! J’aurais pourtant bien voulu goûter à ta crème, moi, elle était bien appétissante !

      Merci… Bon weekend à toi aussi !

  13. Je passe te souhaiter un bon Weekend

    bises

  14. pas étonnnat que j’aime ce chamant Clément, j’adore le vert, et j’avais jamais pensé aux grenouilles en choisissant cette couleur, lol. je ne suis pas chez moi et pour pouvoir être sur le net, le clavier de l’ordi est sur mes genoux, c’est pas le top du top de l’informatique chez notre fille LOL. J’ai programmé des articles et comme mon hébergeur photos s’est envoyé en l’air, je crains fort que les articles suivants soient vierge de photos. J’en suis désolée mais on verra cela dans 8 jours, car je n’ai pas mon ordi avec moi. Bonne soirée, ici c’est la pluie et il fait de nouveau bien frais. Bisous

  15. Bravo Anne!

  16. Un coucou en passant.
    Bon week end Quichottine.
    Bises

  17. Belle histoir, belle photo…que demande le peuple ? la suite de l’histoire !

  18. Aude la Silencieuse
    en sortant de la chapelle
    avait pris l’habitude
    chaque dimanche matin
    de compter les pavés bleus
    qui couvraient la ruelle des Sans Soucis…
    Ad’a

  19. A Pau nous avons eu le Vert-galant. A+

  20. Tout travail mérite salaire…et le métier de troubadour est un métier comme les autres! Clément aura eu sa première « paye »comme récompense bien méritée! Au moins n’ira-t-il pas cul nu!!!!
    Bon Dimanche Quichottine :-))

    • Tu as raison, Nickyza. Tout travail mérite salaire…

      Et c’est certainement un honneur que d’être vêtu par son seigneur… enfin, je le suppose. C’était une sorte de mécénat…

      Merci ! Bon dimanche à toi aussi.

  21. une belle imagination  😉     merci pour cette  histoire   que je lis avec plaisire biz

  22. Bigornette

    Que j’aime ta façon de nous conter les choses… j’ai faillit rater ce morceau…Heureusement que j’ai fait une marche arrière…. bisous mon amie..

  23. Ça me fait penser (l’habit vert) à un livre dont j’ai oublié le titre et où le jeune héros avait été surnommé « le lézard vert » par ses camarades parce que ses parents lui avaient confectionné un vêtement taillé dans un coupon de toile de billard.
    La différence c’est qu’ici au moins Clément est content de son vêtement (tout sauf gris).

  24. Imagines qu’il ait raconté l’histoire du roi qui se fait entourlouper et est persuadé de porter un habit somptueux invisible pour lui mais pas pour les autres (ce qui n’est évidemment pas le cas) on aurait un Clément-cul-nu à la place, ça se serait un rien moins classe (et surtout, comme trouvadour parcourant les contrées, c’est mauvais pour la santé )
    J’avais lu (un peu en diagonale, désolée,  mais manque de temps) le début de ces aventures, heureusement que tu sois mimi au point de nous en faire un résumé un chouillas plus clair que ce qu’il me restait en mémoire (valàààà c’que c’est de lire en diagonale, la rigueur narrative en souffre )
    Bonne journée ma grande !

    • C’est vrai… il aurait pu raconter « Les habits neufs de l’empereur »… Pauvre Clément ! Il aurat eu bien du mal ensuite à être pris au sérieux !

      Bonne soirée à toi… Merci.
      (le résumé, c’est quasiment obligatoire, pour ce feuilleton du samedi. )

  25. Voilà ce qui arrive lorsqu’on rencontre une fée prêt d’une mare. Le vert devait bien lui aller. J’aime ces petites bêtes. Et les écouter à la tombée du jour. C’est bon pour ma maladie…
    Je te souhaite plein de gentilles choses.
    Bises
    Sonia

    • Merci, Sonia. Tu sais, cela me fait très plaisir que tu sois allée « dépoussiérer » mon Clément.

      Il faut que je reprenne sa publication, bientôt.
      Je t’embrasse, prends soin de toi.

  26. Le pauvre, j’espère que le dénouement sera en se faveur
    Amitiés, Flo

  27. ben oui, mais franchement je n’y aurais point pensé !!!

  28. chez nous on dit (je ne sais pas pourquoi du reste)
    vert  tu  espères
    tard tu l’auras
    lui l’a eu tout de suite son bel habit vert, c’est la couleur du renouveau et du printemps qui passe si vite!
    j’espère que ses écrits au moins nousresteront
    bises quichottine

    • C’est vrai qu’il n’a pas eu besoin de passer par l’Académie…

      Merci Azalaïs. Clément est encore jeune et il est plein d’espoir.
      Je ne sais ce que deviendront ses écrits.

      Bises à toi aussi.

  29. ~~ Kri ~~

    A chacun ses vers…heuuu verts

  30. Je viens de tomber amoureuse… »Il ne mentait pas, il ImAgInAiT ». Quel merveilleux chapitre, quel enchantement et par mes mots, mon préféré avec celui des loups…
    biz belle Quichottine

    Dis Clément, demain il serait pas libre pour un déjeuner en tête à tête…

    • J’en suis contente… Tu sais, Clément serait sûrement amoureux de toi s’il te rencontrait, alors, je vais éviter… Pas tout de suite. J’ai encore un peu besoin de lui ici !

      Merci d’être là.

  31. Elle est très belle ta grenouille, elle mérite bien un prince tout de vert vêtu!

  32. Académicien avant l’ heure notre Clément ?????
    Bises Quich’ et bonne journée

  33. En ce dimanche d’avril, j’essaie de rattraper mon retard; plein d’obligations qui m’ont éloignée des blogs.
    Mais c’est avec grand plaisir que je viens de lire ce passage où notre Clément se voit habillé de vert et reconnu dans son art de conteur, même si ce n’est qu’un début.

    Gros bisous, fidèle Quichottine!
    Je serai fidèle matelot demain; là, il se fait tard.

    • Pas de souci… Il ne faut surtout pas que tu te sentes obligée à quoi que ce soit…

      Gros bisous et bonne journée, Alrisha !

  34. jean-marie

    c’est toujours un délice, ma chère Quichottine…
    réalité et fable dans une langue si belle…
    merci
    gros bisous d’amitié
    bien à toi
    jean-marie

  35. J’adore toujours autant les pérégrinations de ton Clément.
    Et je l’accompagne vraiment dans ses polissonneries, cela va sans dire.

  36. J’amerai que l’on revienne aux soirées d’antan où tous assis par terre ou sur des tabourets , les enfants écoutaient les histoires racontées, et pas seulement les enfants…. Alors, ce soir, assise, seule dans un petit coin de France, j’ai écouté la conteuse Quichottine, qui a pendant un moment pris la voix e Clement pour nous parler d’une jolie grenouille, me^me que cette grenouille a été prise en photo, on faisait des photos à cette époque? magie de l’histoire et du rêve qui font que tout devient possible…. ( et Bravo à Anne pour cette photo, elle est superbe!)

    • Tout est possible, souviens-toi !

      … même la grenouille de Clément immortalisée par un photographe d’aujourd’hui.

      Je suis sûre que tu m’as entendue. J’avais la voix un peu fluette d’un petit garçon de douze ans.

      C’est vrai que la photo d’Anne est jolie ! Merci pour elle.

  37. arghhhhh  ne me dis pas ça je vais pas en dormir….

  38. je n’ose plus fermer… rire… sinon, je perd le fil et la possibilité de me promener chez toi…. alors, comment vais-je dormir? tu n’as pas pitié de mes « vieux yeux »???

  39. jean-marie

    Bonsoir, ma chère Quichottine…
    un piètre aveu : je suis largué,  je n’arrive pas à retrouver la suite !
    « bien fait, » vas-tu dire… »tu n’avais qu’à être plus fidèle ! »
    c’est vrai, de menus problèmes m’ont tenu éloigné de ton manoir…
    je viens vers toi, pieds nus, en chemise, la corde au cou, la tête recouverte de cendres…
    vise un peu le tableau !
    trêve de plaisanteries : ce matin, j’ai réussi à retrouver notre chère Clo !
    bien arrivée à Béziers (près de chez moi) chez sa fille…
    elle va bien et va reprendre contact
    gros bisous amucaux
    bien à toi
    jean-marie

    • Il n’y a pas eu de suite depuis cet épisode-ci.
      Trop de soucis autres.

      Ne t’en fais pas. Je sais que le temps n’est pas extensible, pour aucun d’entre nous. Ne te mets surtout pas dans la position du pénitent, je devrais en faire autant, moi qui me suis faite aussi rare chez toi.

      Merci de me donner des nouvelles de Clo. Je suis contente qu’elle soit là. Moi, je prépare mes valises.
      Gros bisous à toi aussi.

  40. Alain-Julien BENITEZ

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    – Vert comme moi ! ……………..lecture

  41. Hélène, le-calame-et-la-plume.

    Je commence à savoir bien des choses sur Clément…

    Demain, j’irai faire un tour à Yeur, pour le plaisir, et pour rester à côté de toi…

    Je t’embrasse,