Novembre (Le Voyage, 11)

Novembre

Photographie © AA

La Toussaint était arrivée.

Clément et son ami étaient sortis de bon matin. Le moine ne lui avait rien dit de leur destination. Clément n’avait rien demandé non plus. Il se laissait guider à travers la montagne, marchant d’un pas tranquille.

Tranquille ? Non, pas vraiment. Clément se rendit compte que le moine avait changé d’allure. Il se hâtait, comme s’il avait un rendez-vous qu’il ne voulait pas manquer.

Quelle nouvelle ruse le vieillard avait-il inventé pour le faire parler ?

Il comprit lorsqu’ils sortirent des bois qui les avaient abrités depuis leur départ.

Au-delà de la montagne, il y avait le lac. Au-dessus du lac, les nuages s’amoncelaient, lourds, menaçants. Pourtant, plus haut encore, un oasis lumineux parvenait à éclairer le ciel.

Clément resta sans voix, mais c’était ce Clément muet qui était désiré.

Regardez, le ciel est ici à l’image de ce que vous étiez en arrivant chez nous. Les tourments et la grisaille avaient envahi votre cœur, vos pensées étaient telles que plus personne ne pouvait vous atteindre, même pour vous aider.

Imaginez-vous sur les rives du lac, comme au mois de juillet. Vous ne verriez que ces nuages sombres, lourds, tourmentés et menaçants.

Pourtant, même cachée par la grisaille, la lumière était là. Il suffisait de se hisser au-dessus des nuages, de franchir l’espace qui sépare la douleur de l’espoir.

L’espoir est là, Clément. Dans ce nuage un peu plus clair qui subsiste malgré tout, promesse d’un ciel bleu qui reviendra bien vite. Tout n’est pas que tristesse, il y a aussi toutes ces petites joies que vous avez su peindre, ces fleurs que vous avez décrites, ces frêles animaux qui se battent, mieux que vous ne le fîtes, et que vous observiez pendant votre voyage.

Réfléchissez Clément. Je vous laisse ici. Il faudra que vous décidiez seul de la suite que vous donnerez à votre vie. Je resterai votre ami, quelle que soit votre décision. L’amitié est comme ce nuage lumineux, elle survit à la tempête, il suffit de la chercher pour la retrouver, intacte. À plus tard, Clément, vous serez toujours le bienvenu.

Clément regarda son ami partir. Il se demanda s’il devait le suivre de loin pour l’aider en cas de besoin. Le vieil homme marchait à présent doucement, précautionneusement, comme s’il craignait de tomber en glissant sur les cailloux du chemin. Sa démarche avait perdu de l’assurance, comme s’il l’avait laissée au côté du jeune homme pour l’aider à voir clair en lui.

Clément fit quelques pas sur le chemin, s’arrêta indécis. Que devait-il faire ?

Réfléchissez Clément.

Tout était trop compliqué ! Fallait-il qu’il abandonne son ami alors que ce dernier entreprenait une descente difficile ? Fallait-il qu’il reste vraiment là, devant ce paysage qu’il avait déjà vu maintes et maintes fois dans ses rêveries éveillées ?

Il dévala soudain la pente. Il avait perdu trop de temps ! Il réfléchirait ensuite. Son ami avait besoin de lui, maintenant, pas plus tard.

Un peu plus bas, guère plus, le vieillard l’attendait en souriant.

J’étais sûr que vous viendriez !


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