22 avril

De aquel querer mío
¿Qué queda en el aire?
Sólo un traje frío
Donde ardió la sangre.

(Miguel Hernández)

 

Regrets

Maman ta fille a bien changé…

L’enfant est assise dans un coin, il n’y a pas de lumière, il n’y a pas de feu… Il est nuit, il fait froid… Le rêve s’est enfui, on ne sait plus pourquoi… Il n’y a plus rien dans cette pièce, cette pièce anonyme où son âme est perdue… Il n’y a plus rien, rien que des gouttes d’eau brûlante qui coulent lentement sur les joues de l’enfant.

L’enfant est assise dans un coin, au loin il n’y a rien. Il n’y a que le vent qui souffle… Il a éteint le soleil… Novembre est là, peut-être, on ne sait plus comment… Il n’y a plus rien dans cette pièce, cette pièce anonyme où l’enfant s’est perdue… Il n’y a plus rien, rien que ces sanglots contenus qui déchirent le cœur de l’enfant.

L’enfant est assise dans un coin, le silence désespère. Ici, il n’y a rien, après, c’est le néant et dehors, l’infini… Il n’y a plus rien dans cette pièce, cette pièce anonyme, où l’enfant ne sait plus… Il n’y a plus rien, rien que ces couleurs trop sombres qui se fondent dans la robe noire de l’enfant.

Maman ta fille a bien changé…

Tu vois, je suis là devant toi… Les années ont passé, on ne sait plus pourquoi et novembre revient une dernière fois.

Tu vois, il y a trop de choses qui se passent en quatre ans. On vieillit sans savoir ni pourquoi ni comment… Et l’oubli vient parfois nous apporter la joie.

Tu vois, bientôt je vais avoir vingt ans… Vingt ans c’est si joli quand on trouve l’amour ! Je n’y crois plus maman ! J’ai égaré ma foi !

Tu vois, ce soir il pleut… et dehors il fait froid… J’ai voulu t’oublier, mais tu n’as pas changé, tu es là, devant moi. Il y a trop de tendresse dans ton regard… Mais il y a trop de détresse en moi !

Maman ta fille a bien changé…

L’enfant est assise dans un coin, il n’y a pas de lumière, il n’y a pas de feu… Il est nuit, il fait froid… Le rire s’est enfui, on ne sait plus pourquoi… Il n’y a rien dans cette pièce, cette pièce anonyme où l’enfant sanglotait… Il n’y a plus rien, rien qu’un carton glacé où survit le visage de celle qui n’est plus, un dernier souvenir entre les mains de l’enfant.

© Quichottine, 18 novembre 1971

Maman_1

(22.04.1922 – 06.11.1967)

 

J’ai retrouvé ce « poème » entre les pages d’un vieux livre…
Peut-être n’aurais-je pas dû le relire.

34 réponses à “22 avril

  1. Juste un mot…
    Espoir…
    Car son sourire est porteur de joie et d’espoir… alors, pourquoi ne lui offrir que regret et tristesse…

    Je reviendrais te laisser un mot un peu plus long,
    Bises,

  2. et en plus j’ai fait plein de fautes…
    Mais, comme je l’ai dit, je reviendrai…
    Yvon

  3. Je ne sais pas si tu as eu tort. Ce texte me touche infiniment :-*)

  4. Difficile quand on retrouve de vieux souvenirs de  ne pas les regarder .

     Mais que ce texte est touchant , magnifique aussi… .

  5. ce poème est magnifique, vraiment beau. Je comptais le lire en « diagonale », je n’ai pas pu, chaque mot m’a happé, retenu, imprégné…quichotine que j’avais un peu délaissée dans mes visites et commentaires…j’avais tord. 

  6. C’est toujours par novembre que passe le chemin de l’hiver, le chemin de la nuit…. Un très grand merci pour m’avoir permis ce voyage dans tes souvenirs, et de lire un si bel écrit

  7. C’était il y a …plus de 50 ans.

    Il ne me guiderait plus, sa main rêche dans la mienne, à travers la campagne corrézienne.

    Il ne me dirait plus viens « petit faon ». 

    Je ne sentirais plus cette bonne odeur d’écurie sur son veston de velours.

    Il ne rajusterait plus sa casquette les jours de grand froid.

    Il ne viendrait plus jamais venu m’attendre devant l’école…

    Si tu savais combien je comprends ce matin Quichottine.

    Je t’embrasse fort.

    Sophie

    • Quel joli surnom… Petit faon ! Quelle tendresse en ces deux mots !

      … Merci Sophie.

      Merci pour ce partage, émotion.

  8. Je lis…mes yeux sont emplis de larmes…je ne les essuie pas, elles coulent jusqu’à toi en vive émotion partage.
    Je t’embrasse

  9. J’essaye de me remettre car mon émotion est trop forte, accentuée en lisant les dates dessous ce visage souriant…jeune si jeune et sa fille jeune…tout est trop jeune.
    Je voudrais te prendre la main.

    • Cette nuit, tu étais avec moi, longtemps. Nous avons passé un moment, main dans la main, ou presque.

      Le temps a passé… je n’oublie pas.

      Merci d’avoir été là.

  10. « Tu vois, bientôt je vais avoir vingt ans…
    Vingt ans c’est si joli quand on trouve l’amour !
    Je n’y crois plus maman ! J’ai égaré ma foi ! »

    Avec le temps, as-tu retrouvé ta foi…
    Et je crois que toute une vie peut être jolie quand on peut s’appuyer sur l’amour des autres..

    Bises

    • Tu avais dit que tu reviendrais… je suis heureuse que tu l’aies fait.

      J’aime ceux qui tiennent leurs promesses, même celles qui n’en sont pas…

      Je crois qu’avec le temps, j’ai appris qu’il y avait des personnes que l’on pouvait aimer sans crainte d’être rejetée. Aimer, en sachant que cet amour n’est pas à sens unique, c’est important je crois.

      La vie est si jolie ainsi… Je suis d’accord.

      Bises à toi aussi, et merci d’être là aujourd’hui, cela me touche beaucoup.

  11. « Tu vois, bientôt je vais avoir vingt ans…
    Vingt ans c’est si joli quand on trouve l’amour !
    Je n’y crois plus maman ! J’ai égaré ma foi ! »

    Avec le temps, as-tu retrouvé ta foi…
    Et je crois que toute une vie peut être jolie quand on peut s’appuyer sur l’amour des autres..

    Bises

    • Ces bugs obéiens nous rendent la vie dure parfois. Je sais combien il t’a fallu de constance pour poster ce commentaire.

      Je l’ai reçu deux fois, et c’est bien…

      Je peux te dire deux fois merci…

  12. Il y a des fils invisibles sur la toile, sans doute … ma maman, la midinette de l’Arc de triomphe, je la fais penser à la sienne, disparue 4 à 5 ans plus tôt.
    Merci pour ce beau texte, il parle avec le coeur. L’émotion revient, certes, mais la vie prend le dessu et apporte l’apaisement, mais jamais l’oubli. J’ajouterais heureusement !
    bien à toi

  13. Ton poeme me touche beaucoup Quichottine. Il est beau et vrai .
    J’ai toujours du mal avec les  » départs » et je me dis toujours que c’est un rappel au fait qu’il faut toujours vivre le présent et s’aimer VIVANTS.
    Cela permet de relativiser les petits ( ou grands) soucis du quotidien.
    Cela n’empeche pas le souvenir toujours tres présent de ceux qui comptent pour nous . 

    • Merci, Felix.

      Je sais que tu as raison, il faut profiter de la vie et montrer aux vivants qu’on les aime avant qu’ils ne soient plus là.

      … Mais je sais aussi que ce n’est pas toujours possible.

      Passe une belle journée.

  14. mon com n°14 est signé bizarement de Jeanne Fadosi
    alors que c’est bien Felix qui ecrit  .

    encore un tour d’OB 

    • Tu as écrit le 15e, mais les informations du 14e, qui est bien de Jeanne, étaient restées dans le « cache ». C’est un bug obéien. Il suffit de « recharger » la page pour que tout s’arrange. J’ai bien reçu ton commentaire avec la bonne signature.

      Merci encore d’être venu jusque ici.

  15. Je n’ avais rien pu dire à la parution de cet article, et aujourd’ hui encore, j’ ai du mal à le lire ….
    Je t’ embrasse très très fort ma Quich’

  16. Comme elle était belle… Je comprends ton chagrin de ce matin…
    Tu vois, là, je n’ai pas de mots… Je suis venue pousser ta porte tout doucement… c’est tout…
    Bisous Quichottine.

  17. dche tribill

    belle photo d’époque comme c’était la mode de les faire…cette photo me rappel ma mère et me génère malgré moi un momment de chagrin…